J’ai plusieurs questions entourant la dysphorie, le coming out trans et l’inscription à l’école!


Bonjour,

Je me présente, je m’appelle Léo et je suis en tout début de transition. J’ai toujours été catégorisé en tant que “garçon manqué”, et il m’a fallu presque 25 ans pour comprendre que c’était plus que ça. Quand je me regarde dans le miroir je vois un corps, qui ne m’a jamais réellement appartenu… J’ai un style très masculin et j’aime voir quand les gens ont du mal à savoir si je suis homme ou femme (le petit plus, c’est quand ils m’appellent monsieur!)

Après plusieurs mois/années à me questionner, j’ai enfin décidé d’entamer une transition pour que je devienne mon vrai moi. Mais j’ai maintenant des nouvelles questions qui sont sans réponse, et j’espère que vous pourrez m’aider un peu.

Tout d’abord, je me demandais si c’était “normal” que je n’ai pas de dysphorie par rapport à mes parties génitales (elles ne me dérangent pas plus que ça, alors que ma poitrine c’est toute une histoire pour la cacher…). Je me pose également des questions sur les coming-out à venir. En faite, pour le moment, j’ai juste un premier rendez-vous chez le médécin (qui me connaît depuis longtemps, et en qui j’ai confiance ++, avec qui je pourrais discuter du parcours de transition qui va se faire). En faite j’ai essayer de faire une lettre (pour mes parents nottament), mais je ne vois pas trop par où commencer et je me vois mal lacher une bombe en disant dès la première phrase que je suis trangenre. Pareil pour en parler à ma meilleure amie, je ne sais pas trop quels mots utilisés…

Dernière question, je vais passer le concours pour devenir prof des écoles, et je suis donc inscrite en tant que femme, et en commençant ma transition j’ai un peu peur des retours des jurys…Pensez-vous qu’il faille que j’explique avant ma “situation” ou pas?!

 

Juste le fait d’écrire ces lignes et d’oser poser ces questions me fait du bien! Merci d’avance pour votre réponse!

 

Léo

Bonjour Léo!

 

Merci de faire confiance à AlterHéros pour tes questionnements, et félicitation d’enfin comprendre et affirmer qui tu es! 🙂 Je me retrouve beaucoup dans les expériences que tu nommes (moi aussi j’aime bien que les gens hésitent à me catégoriser comme feminin·e ou masculin·e ^^) et ça me ferait grand plaisir de te partager mon point de vue et quelques conseils!

 

Alors, dans un premier temps, tu expliques ressentir de la dysphorie envers ton torse mais pas particulièrement concernant tes organes génitaux, et tu aimerais savoir s’il s’agit d’une expérience commune. J’aurais tendance à dire que oui! Il est important de garder en tête que chaque parcours est différent et unique, il y a des personnes qui vont avoir beaucoup de dysphorie pour leurs organes génitaux, d’autres aucune, certain·e·s seulement dans des contextes précis, etc. Il y a une grande diversité d’expériences ici! Étant donné que la plupart du temps les parties intimes ne sont pas visibles lorsqu’on est en public ou avec des gens, elles peuvent ne pas causer de dysphorie en soi. La forme (ou l’absence de forme) peut parfois déranger selon le type de vêtement que l’on porte ou que l’on ne porte pas. Si dans ton cas elles n’ont pas d’impact particulier sur tes sentiments envers ton corps et ton apparence, c’est totalement valide et ça n’enlève rien à ton identité. Je suis dans la même situation, et je connais plein d’autres gens trans et non-binaires qui sont parfaitement heureux·euse·s et confortables avec les diverses caractéristiques de leur corps et qui ne désirent pas entamer de modifications à ce niveau.

 

Maintenant, concernant le coming out. L’option de le faire par écrit à ses avantages, tu peux vraiment prendre le temps de penser aux informations, aux mots et aux tournures de phrase que tu souhaites utiliser. Par contre, c’est facile de tomber dans le piège de questionner chaque formulation et de se mettre de plus en plus de pression pour tout écrire parfaitement jusqu’à ce que cela deviennent une tâche incroyablement difficile. Mon premier conseil plus général serait donc de juste te faire confiance et d’y aller avec les mots qui te viennent le plus instinctivement possible. Il n’y a pas vraiment de coming out “parfait”, le plus souvent c’est un mélange de positif et de négatif. Concrètement, ça serait possible d’amener le sujet en annonçant que tu aimerais parler de quelque chose d’important pour toi, que tu leur fait confiance et/ou que c’est une bonne nouvelle. À un moment ou à un autre, la phrase-bombe de type “je ne suis pas une fille, je suis un garçon trans” devra finir par sortir. C’est aussi possible de parler du prénom, des pronoms, des titres, surnoms affectueux et tout autres termes que tes interlocuteur·ices devront utiliser à présent. Ça peut sembler intimidant, surtout la première fois, et on ne peut pas toujours prévoir les réactions et les questions des gens, mais j’ai confiance que tu seras capable. 🙂 Pour t’aider à te préparer je te proposerais aussi de consulter ces modèles de lettres de coming trans de WikiTrans et cet article sur les réactions les plus fréquentes lors d’un coming out de l’association française C’est comme ça. On a aussi beaucoup de réponses avec des techniques et des outils dans la section coming out – identité de genre de notre site.

 

Puis, pour ton dernier point, je t’avoue ne pas connaître tous les détails du concours pour devenir prof des écoles en France, considérant qu’AlterHéros est une association canadienne! S’il existe des formulaires, des procédures ou des chaînes de communication spécifiques, je ne les connaîs pas. Toutefois, je crois que les deux options, de clarifier d’emblée ton identité de genre au jurys ou d’attendre et de faire semblant d’être un femme pendant un certain temps sont possible, mais chacune ont leurs risques. Premièrement, si tu leur annonces, iels pourraient être reconnaissant·e·s pour ton authenticité et s’adresser à toi correctement, mais la transphobie existe et il est possible qu’iels ne comprennent pas ou ne veulent pas comprendre. Il n’est pas impossible de penser que tu puisses subir une forme de discrimination à l’emploi, bien que cela soit illégal. Ne pas en parler pourrait possiblement éviter cela, mais cela demandera de subir qu’iels te traitent au féminin, et une révélation plus tard pourrait être vu de leur part comme “une surprise” et/ou un signe de manque d’honnêteté ou de loyauté. Je tiens vraiment à préciser que la décision t’appartient, et que si tu décides de garder cela pour toi c’est ton droit et cela ne veut pas dire que tu serais un moins bon employé ou un moins bon professeur. Sinon, je connais aussi ce guide sur le coming out pour les employé·e·s scolaires qui aborde des pistes de réflexion intéressantes, bien qu’il fût rédigé en contexte québécois et semble viser davantage un coming out d’orientation sexuelle.

 

Néanmoins, je crois fortement à l’expertise de nos propres communautés pour nous guider dans nos réflexions et nos processus. En ce sens, je t’encourage à prendre contact avec d’autres personnes trans qui travaillent dans le réseau scolaire ou qui sont enseignant.e.s afin de prendre le pouls de leurs avis et recommandations au sujet de ce concours. Tu peux par exemple écrire à différentes associations membres de la Fédération trans et intersexe de France ou contacter diverses associations étudiantes LGBTQ+ françaises.  

 

Voilà! J’espère que ma réponse pourra t’être un moindrement utile, n’hésite surtout pas à nous réécrire si tu en ressens le besoin! Je te souhaite la meilleure des chances dans tes démarches et tes décisions à venir.

 

En solidarité,

 

Maxime, intervenant·e pour AlterHéros

Iel/they/them, accords neutres


About Maxim-e

Impliqué‧e dans le milieu communautaire 2SLGBQTIA+ depuis plusieurs années, Maxim·e a une place spéciale dans son coeur pour les jeunes de la diversité sexuelle et de genre. C'est ce qui l'a poussé à entamer un Baccalauréat en sexologie à l'UQAM. Iel s'engage à améliorer l'inclusion et la célébration des diversités, des trajectoires atypiques et de touste celleux qui ne rentrent pas dans les cases. Plus récemment, iel commence à s'intéresser à la santé mentale, au self-care, à l'abolition du capitalisme et au repos une fois de temps en temps. Fervent‧e amateur‧e de pluie, ses couleurs préférées sont le gris et les arcs-en-ciel.

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