J’ai peur qu’on me rejette s’il s’avère que je sois non binaire ou demi girl…


Bonjour, j’ai 15 ans et ça fait plusieurs moi que je me pose des questions sur mon genre. Je ne sais plus vraiment quand ça à commencer à vrai dire, mais plus le temps passe moins je me sens à l’aise avec le genre que l’on m’a attitré à ma naissance qui est féminin. De même que pour mon prénom, je préférerai avoir un prénom mixte, je me sentirai plus à l’aise je pense. Le problème c’est que je ne sais toujours pas quel genre je suis, je sais juste que je ne suis pas une femme.

Mais parfois je me demande si je me sens comme ça juste parce que j’ai besoin d’avoir de l’attention ou de me démarquer des autres. Il y a aussi le fait que j’aime bien ce qui est féminin aussi, peut être que je suis vraiment une femme ou demi-girl… Ma mère n’arrête pas de me répété qu’il faut que je sois féminine, au point où à part pour dormir je n’ai plus le droit de porté de sweat car pour elle c’est trop masculin. Mais j’aime en porté parce que ça fait un peu garçon justement.

Il y a aussi le fait que s’il s’avère que je sois non binaire ou demi girl, j’ai peur qu’on me rejette. Je sais que les amis l’accepteront, contrairement à une bonne partie de ma famille, mon copain n’a pas de problème avec ça non plus mais j’ai peur qu’il me quitte parce qu’il ne voudrait pas sortir avec une personne agenre.

Enfin bref, tous ça pour dire que je suis complètement perdu, que je ne me sens pas à l’aise avec le fait d’être une femme même si j’aime ma poitrine et que j’ai besoin qu’on m’éclair sur le sujet si possible.

Merci d’avoir pris le temps de lire ce message.

Chloé

Hey bonjour à toi!

 

Merci beaucoup de t’ouvrir sur tes pensées et tes sentiments et de me partager les obstacles que tu rencontres. J’ai quelques informations et quelques conseils qui pourraient peut-être t’aider dans ton parcours. 🙂

 

Donc, premièrement, tu nommes quelques identités comme non-binaire, demi-girl et agenre, mais tu n’es pas sûr de quelle étiquette correspond le mieux à ton ressenti. Je vais te mettre des définitions pour organiser un peu tes réflexions :

  • Non-binaire : Ne pas s’identifier uniquement/exclusivement au masculin ou au féminin. Cela peut être les deux à la fois, quelque part entre les deux ou à aucun des deux. 
  • Genre neutre : Ressentir un genre qui n’est ni masculin ni féminin.
  • Agenre : Ne pas ressentir de genre, ressentir son absence.
  • Demi-girl : Un genre qui est partiellement fille et partiellement autre chose. Par exemple, féminin et de genre neutre.

 

Même si ces termes peuvent aider à structurer et communiquer ses expériences, il faut aussi faire attention. En effet, il n’y a pas de définition parfaite et universelle. Chaque personne a une expérience intime et personnelle avec son genre, ce qui fait qu’il y a une grande diversité de vécus. Et c’est vraiment très correct de ne pas du tout savoir, d’hésiter entre plusieurs options, de changer d’idée un jour ou de refuser de te limiter aux catégories disponibles. La seule chose qui rassemble toutes les identités trans est le fait que nous ne nous identifions pas entièrement à notre sexe assigné à la naissance. Tu dis que, tout ce que tu sais, c’est que tu n’es pas une femme. C’est un bon départ! Et en soi, c’est amplement suffisant afin que tu puisses dire que tu es trans et pour changer de noms et de pronoms si tu en as envie. Un bon article que je peux te recommander pour continuer de creuser est “Suis-je non-binaire ? (pistes pour les personnes en questionnement)” du blogue La vie en queer.

 

C’est aussi important de faire la différence entre identité et expression de genre. Tu peux ressentir au fond de toi que tu es un garçon ou une personne non-binaire par exemple, tout en exprimant par ton apparence et tes gestes une certaine forme de féminité, de la masculinité et/ou de l’audrogynie, à différentes intensités et dans différents contextes.  Dans ton cas, tu nommes qu’à la maison, ta mère te met beaucoup de pression pour que tu sois féminin. D’une part, c’est une attitude très toxique et dommageable d’essayer de contrôler et de réguler l’apparence et les choix de son enfant et je suis désolé.e que tu subisses cela. Je trouve que c’est un exemple très parlant quand tu dis que le seul moment où tu te sens libre de t’habiller comme tu aimes c’est quand tu dors la nuit. Mais je pense aussi que tu as un pouvoir d’action dans tout cela : tu peux garder un sweatshirt dans ton sac-à-dos et le porter lorsque ta mère n’est pas là pour te surveiller. Tu peux utiliser un prénom, des pronoms et des accords différents lorsque tu es avec tes ami.e.s et lorsque tu es à la maison. Il existe des petites stratégies que tu peux mettre en place pour survivre et même t’épanouir en attendant. Beaucoup de personnes trans et non-binaires attendent d’être pleinement autonomes et de ne pas dépendre de leur famille avant de faire un coming out à celles-ci.

 

Toujours sur l’expression de genre et la diversité, c’est certain que tu as le droit d’être confortable avec ton corps et de ne pas vouloir le changer tout en ne s’identifiant pas à ton genre assigné à la naissance. J’aime beaucoup l’explication de mon collègue Séré : 

En grandissant, j’ai toujours entendu parler des personnes trans d’une façon très spécifique : « né.e dans le mauvais corps », « la grande opération », « devenu.e un homme/une femme », « sa transformation », « changer de sexe », etc. Je ne me reconnaissais pas du tout dans ces mots. Oui, j’étais mal à l’aise avec certaines parties de mon corps, mais je ne me voyais pas avoir des chirurgies pour le changer. Et j’en aimais aussi d’autres aspects, je n’avais pas du tout l’impression d’être né dans le mauvais corps! Je ne voulais pas non plus « devenir » une autre personne.

 

Le problème avec ces phrases, c’est qu’elles nous font croire que le vécu de toutes les personnes trans est le même. Elles sont aussi très négatives, et nous laissent penser qu’être trans est une maladie dont il faut guérir en suivant un traitement médical précis, une expérience horrible dont on ne peut tirer aucun positif. 

 

La réalité est tout autre. Il y a autant de parcours trans qu’il y a de personnes trans. Certaines personnes trans font une transition médicale, alors que d’autres n’en font pas. Certaines personnes trans prennent des hormones, mais ne veulent pas de chirurgies, alors que d’autres veulent des chirurgies, mais pas d’hormones. Certaines personnes trans changent de nom et de pronoms, alors que d’autres gardent ceux qu’elles utilisaient déjà. 

 

Le reste de sa réponse contient également plein d’informations et de précisions super intéressantes, si tu veux la lire!

 

J’aimerais revenir sur une crainte que tu as formulée, que tu exprimais ton identité pour avoir de l’attention ou pour te démarquer. J’entends ce que tu dis, mais j’aimerais aussi le remettre en contexte. Il y a beaucoup (trop) d’articles, de reportages, de récits qui comprennent la diversité sexuelle et de genre comme une “phase” éphémère et temporaire, comme quelque chose qui est “à la mode chez les jeunes” ou encore le résultat d’influences externes malveillantes. Ces idées préconçues existent depuis longtemps et persistent malgré qu’elles soient régulièrement réfutées. On a toujours existé et on existera toujours. Les types de discours dont je te parle visent à invalider, minimiser, voire ridiculiser nos identités puisqu’elles divergent des normes de genre traditionnelles. Je t’assure que tes réflexions, tes sentiments et les significations que tu accordes à ton genre sont valides et réelles, peu importe quelles motivations ou explications auraient pu y participer ou non.

 

Tu dis que tu as peur d’être mis de côté si tu décides d’affirmer une identité non-cisgenre, notament par ta famille. Je peux comprendre ton inquiétude. Comme je disais un peu plus haut, tu n’es pas obligé d’en parler à ta famille si tu as un pressentiment que ceux-ci ne sont pas en mesure de comprendre et qu’un tel dévoilement pourrait compromettre ton bien-être et ta sécurité. Tu nommes que tes ami.e.s vont sûrement prendre si tu décides de leur en parler et c’est très encourageant je pense! La réaction de ton partenaire te fait douter et tu crois qu’il pourrait te quitter. J’aimerais te dire que si certaines personnes sont incapable de t’accepter, te soutenir et te célébrer pour qui tu es dans toute ta compléxité et tes nuances, c’est qu’iels ne sont pas très beinveillant.e.s et que tu mérites bien mieux. Je sais aussi que de terminer une ou plusieurs relations ainsi peut être un processus assez douloureux. En tant que personne trans, il arrive que nous ayons à nous reconstruire des cercles sociaux et des réseaux de support avec des personnes qui s’alignent davantage avec nos valeurs et nos visions. Je peux te dire qu’en tant que personne trans, il est possible de développer des liens interpersonnels et intimes qui sont intenses et authentiques.

 

C’est pas mal ce que je voulais te partager pour l’instant. Qu’en penses-tu? Est-ce que ça t’éclaire un peu? Tu peux toujours écrire à nouveau si tu aimerais plus de clarifications ou s’il y a autre chose que tu aimerais exprimer.

 

Très queerdialement,

 

Maxime (iel/they/them, accords neutres), stagiaire pour AlterHéros


About Maxime-iel

Impliqué.e dans le milieu communautaire 2SLGBQTIA+ depuis plusieurs années, Maxime a une place spéciale dans son coeur pour les jeunes de la diversité sexuelle et de genre. C'est ce qui l'a poussé à entamer un Baccalauréat en sexologie à l'UQAM. Iel s'engage à améliorer l'inclusion et la célébration des diversités, des trajectoires atypiques et de touste celleux qui ne rentrent pas dans les cases. Plus récemment, iel commence à s'intéresser à la santé mentale, au self-care, à l'abolition du capitalisme et au repos une fois de temps en temps. Fervent.e amateur.e de pluie, ses couleurs préférées sont le gris et les arcs-en-ciel.

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