6 February 2005

J'ai besoin de conseils pour mon fils!

J’ai un fils adolescent qui a toujours été différent des autres garçons de son âge ce qui m’a toujours porté à croire qu’il serait gai et ce j’accepte sans problème. Depuis quelques temps il accumule des erreurs de parcours qui l’ont mis dans l’embarras. Entre autre il a fréquenté un homme qui pourrait être son père. Ce n’est pas l’expérience qui nous dérange mais plutôt le fait que cette personne est beaucoup plus âgée que lui et de la façon dont ça s’est passé.
Nous sommes très inquiets pour lui. Il dit qu’il n’est pas certain d’être homosexuel pour le moment, ce qui me semble tout à fait normal. Il a usé de drogue, seulement de la marie et du H dans la dernière année, mais d’une façon un peu trop régulière à mon goût. J’ai peur qu’il ne s’enlise de plus en plus. Il a toujours été un bon garçon sans histoire, fonctionne très bien à l’école. Il n’a que des filles comme amies, qui sont très gentilles. J’aimerais juste trouver un moyen de l’aider pour qu’il cesse de commettre des erreurs. Il sait que nous le supportons dans son orientation sexuelle, mais a encore du mal à en parler et je le respecte.
Merci de me lire et de m’aider à l’aider.
– Une maman inquiète

Équipe -Pose ta question!-

Bonjour!
Nous sommes heureux que vous aillez pris le temps de nous écrire. Premièrement, nous désirons vous féliciter d’être une mère si attentive envers votre fils. Nous recevons habituellement des questions de jeunes qui nous racontent comment ils ont de la difficulté à approcher leurs parents pour faire leur dévoilement.
D’après ce que vous nous dites, vous êtes au courant de ce que votre fils fait et vous avez déjà une bonne idée de son orientation sexuelle. À ce sujet, chez AlterHéros, nous préférons ne pas apposer des étiquettes (gai, lesbienne ou bisexuel) aux gens qui s’adressent à nous. Ces catégories peuvent facilitent la compréhension, mais n’offrent pas beaucoup d’options pour explorer sa sexualité. Nous vivons dans une société où nous sentons obligé de nous mettre dans une boîte, de se « brancher » en quelque sorte. Il est important de noter que la sexualité est quelque chose de fluide qui peut change tout au cours de la vie.
Comme votre fils a seulement 14 ans, il est encore à l’âge de la découverte de la sexualité, de son orientation sexuelle et de l’expérimentation. Il est aussi possible que celui-ci, bien qu’il sache que vous soyez ouverte face à son orientation sexuelle, ressente un sentiment d’aliénation ou de honte face à son orientation sexuelle. Peut-être n’est-il pas prêt justement à s’apposer une étiquette et s’afficher, même auprès de vous. Il n’y a malheureusement aucun solution rapide, il faut lui le temps de se comprendre et se cheminer à son rythme. Sachant que vous êtes là pour lui est déjà beaucoup.
Bill Ryan, un chercheur canadien dans le domaine, à publier un document intitulé « S’accepter comme gai ou lesbienne : pour en finir avec la honte ». Dans ce document, il explique que le « coming out » est une démarche progressive personnelle qui implique trois tâches parallèles : développer son estime de soi, consolider son identité et apprendre des habiletés sociales. Cette démarche prend fin lorsque la personne en arrive à développer des sentiments favorables quant à son orientation sexuelle, à relativiser cette dimension parmi d’autres dans sa vie, et à établir des relations harmonieuses tant avec des pairs gais, lesbiennes ou bisexuels qu’avec son milieu de vie.
Un autre chercheur, Cass a développé une explication sur la formation de l’identité homosexuelle qui comprend six étapes de développement ou « points de croissance ». Malgré tout, il importe de ne pas voir ces étapes d’un point de vue linéaire ou évolutif : chaque gai ou lesbienne réalise son propre cheminement en fonction de sa personnalité, de son histoire et de son milieu de vie. L’exposé de ces étapes constitue néanmoins de bons points de repère pour vous qui accompagne votre fils qui s’interroge sur son orientation sexuelle. Elles permettent non seulement de comprendre les sentiments qu’éprouve le jeune, mais l’aident à traverser ses peurs et à construire une estime de lui-même débarrassée du voile de la honte. Nous republions ici un extrait du document « Le coming-out : une façon de vaincre la honte »

    • La confusion quant à son orientation: La personne commence à s’interroger sur son orientation sexuelle et à envisager la possibilité d’être homosexuelle, ou commence à percevoir cette possibilité comme acceptable ou non.

 

    • La comparaison quant à son identité: La personne éprouve davantage de sentiments d’aliénation quand elle entrevoit la dichotomie entre elle et les personnes hétérosexuelles. Elle peut songer à entrer en relation avec d’autres personnes homosexuelles, afin de diminuer l’aliénation qu’elle éprouve à ce moment-là.

 

    • La tolérance envers son orientation ou son identité: La personne accepte davantage son homosexualité, et sent le besoin de rencontrer des semblables. Mais le désir de se réaliser ne fait pas disparaître pour autant la crainte et la honte. À cette étape, la personne vit encore une certaine clandestinité. La qualité des relations qu’elle établit aura des conséquences importantes sur son développement.

 

    • L’acceptation de son identité: À ce stade, la personne continue de « passer » pour hétérosexuelle, mais elle peut commencer à divulguer son orientation à ses amis intimes et à sa famille, en leur faisant cependant promettre de garder le secret à ce sujet. Au fil du temps passé dans le monde gai ou lesbien, la personne peut aussi changer son image de soi et son identité, modifiant ses conceptions non seulement de sa propre sexualité, mais de l’homosexualité en général. Cass (1984) décrit le dévoilement de son orientation sexuelle comme un processus de développement au cours duquel les personnes gaies et lesbiennes reconnaissent leur orientation sexuelle, et décident de l’intégrer à leur vie personnelle et sociale. Cette divulgation devient parfois un acte de révolte contre la norme de la culture dominante quant à la définition sexuelle d’une personne.Dès qu’une personne franchit les différentes étapes de cette démarche, elle commence à considérer sa vie et sa situation de façon plus collective, d’où une certaine sensibilisation à la condition gaie ou lesbienne. La personne décide alors de s’intégrer à la société tout en développant un réseau de socialité gaie ou lesbienne. Elle continue de prétendre qu’elle est hétérosexuelle, mais uniquement dans les moments où elle se sent menacée, de violence par exemple.

 

    • Le confort, voire la fierté de son identité: La personne développe de fortes affinités avec ses amis gais ou lesbiennes et des sentiments de fierté quant à son orientation sexuelle. Elle peut blâmer la société qui l’opprime et chercher à faire valoir ses droits et libertés. Selon son statut socio-économique et le fait qu’elle travaille dans un milieu professionnel ouvert ou fermé peut l’amener à confronter les gens dans leurs préjugés afin de favoriser l’égalité des personnes homosexuelles ou perpétuer le sentiment de honte qu’elle ressent.

 

    • La synthèse de l’identité: À ce stade, les gais et les lesbiennes ont acquis une perspective nuancée quant à leur identité. Ils constatent qu’ils sont des personnes ayant de multiples caractéristiques, dont l’une est leur orientation sexuelle. Ils sont alors en mesure de voir qu’ils ont des points communs avec les hétérosexuels, qu’ils peuvent accepter leur orientation plus aisément, et vivre plus ouvertement. Ils éprouvent encore de la colère ou de la fierté, mais ils ont réussi à mieux intégrer ces sentiments à l’intérieur d’un tout. La personne est parvenue au dernier stade du processus lorsqu’elle développe un sentiment favorable envers son orientation, à laquelle elle accorde une importance relative ; elle a établi des relations confortables avec des pairs des communautés gaie ou lesbienne et avec des personnes qui ne partagent pas son orientation.

 
Ce schéma du « coming out », c’est-à-dire du processus de la révélation à son entourage et ses proches que l’on est gai ou lesbienne, vous a été présenté dans le but que vous compreniez mieux les réalités et de vous familiariser avec l’accompagnement d’un jeune. Bien entendu, chaque individu est différent et ce modèle ne peut être perçu comme une fin en soi ou un cheminement typique normal. Il est absolument normal de ne pas correspondre à ces étapes ou des vivre d’une manière non linéaire. De plus, des jeunes peuvent être complètement épanouis à différents stades de ce modèle, et ce, dépendamment de leur expérience de vie et de leur bagage culturel, familial, économique, social ou religieux.
Souvent les jeunes garçons sont actifs sexuellement ou ont des pulsions très fortes dès l’âge de 11 à 15 ans. Ces pulsions, combinées avec l’immaturité et le manque d’expérience (la notion de conséquences) de l’adolescent, vont le pousser à faire des choses qui ne nous semblent pas raisonnables où il y a des risques que le jeune ne voit pas. Les ados vivent souvent au jour le jour, et toujours dans le présent. De plus, il semble y avoir un phénomène dans la communauté homosexuelle masculine où la beauté des corps de jeunes hommes est primée. Le malaise que semble éprouvé votre fils face à sa propre orientation, le besoin de vouloir cacher sa sexualité, son manque d’expérience, ses pulsions et la disponibilité d’hommes gais qui valorisent les rapports avec les plus jeunes sont quelques raisons qui ont peut-être poussé votre adolescent à avoir une relation avec un homme plus vieux.
Il n’est pas facile de se créer un réseau social d’amis vivant des situations semblables ou vivant les mêmes questionnements. Souvent, les jeunes se sentent seuls et démunis. L’internet est un excellent moyen d’entrer en contact avec des jeunes du même âge. Vous pourriez le référer à AlterHéros.com où il pourra être en mesure de trouver des ressources pour l’aider ou d’autres sites web pour établir des liens avec d’autres jeunes, comme Ados Gais Québec(AGQ).
Le réseautage peut être une belle façon de s’affirmer et de rencontrer des gens qui vivent les mêmes réalités. Malheureusement, dans Les Laurentides, il n’existe pas beaucoup  de groupes connus qui sont populaires chez les jeunes. Par contre, il pourrait être bénéfique de regarder les programmes offerts par Jeunesse Lambda , à Montréal.
Voici quelques ressources pour les parents de jeunes LGBT qui pourraient vous êtres utiles:

Concernant l’utilisation de drogues de votre fils, lui en avez-vous déjà parlé? Avez-vous déjà eu une conversation à ce sujet, sans lui reprocher ou tenter de lui faire la morale? Lui avez-vous expliqué vos inquiétudes? Vous pourriez avoir une discussion avec lui à ce sujet. S’il fume un peu, mettez lui certaines limites. Si vous trouvez qu’il fume trop, informez-vous sur les options pour l’aider.
Nous vous souhaitons la meilleur des chances dans cette période difficile.
Bon courage!
Équipe AlterHéros

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