Est-ce normal pour un homme de pleurer depuis que j’ai admis mon homosexualité?


Bonjour,
Voilà je viens d’admettre que je suis gay récemment en psychothérapie parce que je me suis retrouvé pied au mur et en détresse psychologique face à mon homosexualité.
Le matin au lever ou le soir, je me mets à pleurer parce que je suis gay depuis toujours, depuis que j’ai l’âge de 11 ans.
Je fus même très gay durant mon adolescence, mais je ne suis jamais arrivé à l’admettre, j’ai fait comme si j’étais hétérosexuel pendant toute ma vie alors que je savais et j’étais pleinement conscient que j’étais homosexuel au fond de moi. C’est émotionnellement très dur parce que cette homosexualité a toujours fait partie de moi et n’a jamais voulu me lâcher et m’épargner et n’a pas arrêté de reprendre le dessus sur moi alors que j’ai toujours voulu être hétérosexuel ….
Est-ce normal de pleurer pour un homme depuis que j’ai admis mon homosexualité ? Est ce que ça va passer ? Et au bout de combien de temps ?

​Bonjour Poppy !
Merci de nous faire confiance.
Vous avez révélé le fait d’être gay pour la première fois en psychothérapie récemment et depuis, vous pleurez beaucoup. Vous vous demandez si c’est normal et si ça va passer.
D’abord, je tiens à vous féliciter pour cette étape qui semble très importante pour vous. Elle est difficile, libératrice, ou un peu des deux. Du moins, elle suscite beaucoup d’émotions chez vous… et c’est tout à fait normal. Je crois comprendre que vous vivez un deuil puisque vous avez toujours voulu être hétérosexuel. Vous l’expliquez vous-même dans votre message : l’homosexualité a toujours fait partie de vous et vous avez caché cette partie de vous depuis la puberté. Une chose est sûre : on n’a pas de contrôle sur notre orientation sexuelle, n’est-ce pas ?
Vous demandez plus spécifiquement si c’est normal de pleurer pour un homme. La réponse est oui ! C’est normal de pleurer, point. Les hommes apprennent dès le plus jeune âge que pour être “un vrai homme”, il ne faut pas pleurer. Il s’agit d’un stéréotype lié au genre. Il a été démontré par de nombreuses recherches menées un peu partout dans le monde que ces stéréotypes sont nuisibles pour les personnes de tous les genres, y compris les hommes. En effet, pourquoi les hommes devraient-ils s’empêcher de pleurer ? Pourquoi serait-il anormal pour un homme de ressentir de la tristesse ?
Le tout va même au-delà de ce genre de questionnements. Lorsqu’on ne correspond pas aux stéréotypes liés à notre genre, il arrive que l’on subisse des violences ou de la discrimination consciente ou non. Par exemple, une femme ayant une apparence (expression de genre) plus traditionnellement masculine peut subir des moqueries. Un homme imberbe peut questionner / se faire questionner sur sa masculinité. Pourtant, il s’agit de modèles de femme et d’homme tout aussi valides que d’autres !
Il peut être très intéressant de se pencher sur l’impact des stéréotypes de genre sur nos vies. Comment nous ont-ils affectés à l’enfance ? À l’adolescence ? À l’âge adulte ? Lorsque nous sommes critiques envers nous-mêmes, est-ce que certaines de ces réactions proviennent de stéréotypes de genre qu’on a intériorisés ? De même, quels sont les messages qu’on a entendus en lien avec l’orientation sexuelle au cours de notre vie ? Vous dites que vous avez toujours su que vous étiez gay, mais que vous avez souhaité toute votre vie être hétérosexuel. Est-ce que vous savez pour quelles raisons ce souhait est resté présent ? Avez-vous appris que l’hétérosexualité était supérieure à l’homosexualité ou encore que l’homosexualité ne devrait pas exister ? Est-ce que pour vous, être gay ne peut pas être combiné avec le fait d’être à l’aise avec sa masculinité ? Quand on se penche sur nos apprentissages et les messages qu’on a reçus au fil du temps, ça aide parfois à comprendre d’où viennent certaines pensées et certaines attitudes. Et le fait de faire ces constatations ne constitue que le début de notre cheminement… nous avons tellement de choses à déconstruire pour être complètement authentiques et bien avec nous-mêmes et les autres !
Tout garder à l’intérieur, ça pèse, à long terme… peut-être que le fait d’avoir enfin révélé à haute voix votre homosexualité a fait sauter un bouchon d’émotions accumulées pendant des années. La thérapie peut faire de grandes choses, comme nous libérer de certains poids. J’espère que dans cette émotion qui vous envahit souvent, il y a aussi une part de soulagement.
Je vous propose de parler de cette situation avec votre thérapeute. C’est la personne la mieux placée pour continuer d’explorer vos émotions et sentiments avec vous. Si jamais ces pleurs sont liés à une détresse importante et continue, il s’agira aussi de la meilleure personne pour vous aider à trouver des solutions pour que vous vous sentiez mieux.
Pour l’instant, je vous propose de vous donner le temps de laisser aller toutes ces émotions. Vous vivez quelque chose de très intense. C’est normal que ça déborde ! C’est un splendide cadeau que vous vous faites de vous permettre d’être un peu plus authentique, même si pour le moment c’est une période plus difficile.
Je vous souhaite bonne route et suis avec vous de tout coeur.
N’hésitez surtout pas à nous réécrire si vous en ressentez le besoin.
​Cordialement,
Marie-Édith, B.A. sexologie, M.Sc. travail social
Pour AlterHéros

About Marie-Édith Vigneau

Marie-Édith est Acadienne et lesbienne. Elle est grande fan de la mer, de féminisme, de santé sexuelle, de justice sociale, de musique, d'espresso, de bières de microbrasseries, de bas de laine et de grilled-cheese.

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