Comment obtenir une prescription pour poursuivre mon hormonothérapie en tant qu’étudiant étranger français au Québec?


Bonjour !

Je me permets de poser ma question ici, car elle trotte dans ma tête depuis un petit moment et ça commençait à devenir pesant. Je suis un gars trans hormoné depuis maintenant plus d’1 an 1/2, je vis présentement en France (je suis français), et cet été je pars à Sherbrooke étudier pendant 2 ans. Jusque-là, je suis suivi par un médecin généraliste qui a l’habitude de prescrire une hormonothérapie aux personnes trans qui le désirent. J’ai également une ALD auprès de la Sécurité Sociale pour le remboursement de la Testostérone.

Ma question est la suivante : Comment vais-je faire pour poursuivre mon traitement hormonal une fois arrivé au Québec ? Et questions dans la question : Quels seront les coûts de la T, sachant qu’en France j’ai une ALD ? Je prends de l’Androtardyl, en sera-t-il de même au Québec, ou est-ce que ça n’existe pas là-bas par exemple ?

Je ne suis pas attaché au médecin qui me suit en ce moment, et à vrai dire je préfèrerais être suivi sur place directement, plutôt que d’avoir à faire des allers-retours par mail etc. D’ailleurs, je suppose que je devrai prendre mon traitement dans ma valise pour les premières semaines, mais j’ai aussi peur vis-à-vis des douanes. Enfin bon du coup je n’ai pas réussi à trouver plus d’informations que ça au vu de ma situation…

Merci par avance pour l’aide que vous m’apporterez, passez une très belle journée !

Hélyo

Bonjour Hélyo!

 

Merci de la confiance que tu accordes à AlterHéros. Je suis intervenant pour AlterHéros, mais je suis également coordonnateur de l’organisme TransEstrie, qui est à Sherbrooke. Je suis donc particulièrement outillé pour répondre à ta question!

Alors, tu cherches à savoir comment poursuivre ton hormonothérapie en arrivant au Québec ainsi que les coûts qui s’appliqueront. C’est bien ça?

Comme il y a une entente de réciprocité entre la France et le Québec, tu pourras dès ton arrivée à Sherbrooke faire une demande pour être couvert par la Régie d’assurance maladie du Québec (RAMQ) ainsi que t’inscrire au régime public d’assurance médicament

Le concept d’ALD n’existe pas ici. En effet, tous les médicaments inclus sur la liste des médicaments couverts sont remboursés au même taux par l’assurance médicament publique, sans distinction de la cause derrière la prescription. Il y a une prime annuelle à payer, entre 0$ et 662$ selon le revenu annuel d’une personne. Puis, chaque mois, la personne assurée paie le premier 22,25$ de la prescription et ensuite 35% des coûts restants. C’est bien compliqué, mais au final, ce qu’il y a à retenir, c’est que le prix de la testostérone injectable est très faible. On parle d’environ 30$ pour une fiole qui peut durer plusieurs mois. 

Ici, le médicament que tu connais sous le nom d’Androtardyl est plutôt commercialisé sous le nom de Delatestryl et Depo-Testosterone. Le Delatestryl est souvent en rupture de stock, donc il est conseillé d’avoir une prescription pour les deux types ou encore pour le Depo-Testosterone.

 

Pour avoir accès à la testostérone ici, il faudra que tu aies une prescription d’un médecin autorisé à pratiquer au Québec. Mais d’abord, avant de partir, assure-toi d’expliquer à ta pharmacie que tu pars à l’étranger pour une longue période et que tu as besoin d’avoir une provision de testostérone pour quelques mois. En apportant avec toi les médicaments dans leur emballage d’origine et une copie de la prescription de ton médecin, tu ne devrais pas avoir de problèmes aux douanes. 

Ensuite, arrivé ici, et après avoir fait ta demande à la RAMQ et reçu ta carte d’assurance maladie, tu pourras prendre rendez-vous à la clinique de l’Université (je suppose que tu iras à l’Université de Sherbrooke, si ce n’est pas le cas, avise-moi et je vérifierai ce qu’il en est à l’Université Bishop’s). Encore une fois, je te suggère d’amener tes médicaments provenant de France et une copie de la prescription de ton médecin. Le médecin devrait être en mesure de te faire une nouvelle ordonnance pour que tu puisses continuer ton hormonothérapie.

Malheureusement, il arrive que les médecins généralistes ne comprennent pas qu’ils ont tout à fait le droit et les capacités de prescrire des hormones à des personnes trans et non-binaires. J’ai écrit à USherbrooke International pour les avertir de cette problématique et que cela pourrait causer problème pour les étudiants internationaux trans qui veulent poursuivre leur hormonothérapie au Québec. Je verrai ce qu’on me répondra et veillerai à faire un suivi auprès de toi.

S’il n’y a pas moyen de faire entendre raison aux médecins généralistes de la clinique de l’Université, il faudra alors leur demander de te référer à un.e endocrinologue. À Sherbrooke, c’est Dr Jean-Patrice Baillargeon qui est désigné pour prescrire l’hormonothérapie aux personnes trans et non-binaires. Il sera important de mentionner au médecin généraliste d’attribuer une cote de priorité assez élevée à cette référence, car sinon les délais d’attente peuvent aller jusqu’à 8 mois. 

J’espère que ma réponse t’aide à mieux comprendre comment avoir accès à l’hormonothérapie au Québec. N’hésite pas à me dire si un point de mon courriel n’est pas clair ou de poser d’autres questions si tu en as besoin. Et sache qu’une belle communauté trans t’attend à Sherbrooke, je t’encourage à suivre les médias sociaux de TransEstrie pour te tenir au courant des activités organisées dans la région. 

 

Bonne chance et prends bien soin de toi,

 

Séré, intervenant pour AlterHéros


About Séré

Séré est un.e activiste trans non-binaire de la région de l'Estrie qui adore expliquer la pluralité des genres avec des métaphores de crème glacée. Iel défend les droits des jeunes trans et non-binaires en contexte régional, tout en essayant de se laisser du temps pour coller son chien et son chat.

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