Comment mettre un frein aux “blagues” homophobes ? Comment reconnaître une personne homophobe ?


Bonjour,
Je suis déjà passée par votre site quant à des questionnements sur mon orientation sexuelle, à l’époque j’avais coché “en questionnement” me cachait derrière un pseudo, aujourd’hui, grâce à vous, je peux sans honte mettre mon nom et cocher “homosexuelle”. J’ai également réussi à en parler à ma famille et mes amis les plus proches cependant je me pose encore une question. J’ai l’habitude de remarques pour le peu “homophobe” même si c’est pour “rire” je crois qu’on ne remarque pas que cela peut blesser des gens c’est pourquoi je me demandais comment expliquer à ces gens bornés que l’homosexualité ou tout autre genre de sexe est aussi normal que l’hétérosexualité.
De plus, je voulais vous demander comment reconnaitre des gens “homophobes” car même si j’aimerais en parler ouvertement je crains toujours une réaction négative sur mon genre ou alors un éloignement avec cette personne qui ne m’accepterait pas.
Merci de l’attention que vous porterez à mon message et bonne soirée !

Raphaëlle
Salut Raphaëlle !
Merci de nous écrire à nouveau ! On est super fières et fiers du cheminement que tu as fait. C’est génial ! Tu veux maintenant savoir comment expliquer à des gens qui font des “blagues” homophobes que ce n’est pas si drôle comme type d’humour, et tu souhaites savoir comment reconnaître des personnes homophobes.
Tu as bien raison, certaines personnes font des remarques homophobes sous le couvert de la blague… et c’est bien désagréable pour nous, les personnes gaies et lesbiennes, parce que nous savons que ce n’est pas toujours fantastique d’être homosexuel.le. Si nous n’avons pas eu d’expériences d’homophobie nous-mêmes, nous connaissons des gens qui en ont vécu (ami.e.s, famille, collègues, personnalités publiques, etc.) et nous savons qu’il n’y a rien de drôle là-dedans ! Les personnes hétérosexuelles peuvent aussi vivre de l’homophobie, c’est-à-dire qu’elles peuvent être identifiées à tort comme personnes homosexuelles et vivre de la violence pour cela. Évidemment, l’orientation sexuelle ne se lit pas dans le visage de quelqu’un… c’est donc dire que les blagues homophobes peuvent blesser absolument tout le monde !
Personnellement, quand j’entends des “blagues” homophobes, je m’adresse en privé à la personne qui a fait la blague (pour éviter de la confronter devant tout le monde ou de la ridiculiser) et je lui demande pour quelles raisons elle fait ces “blagues” – certain.e.s reconnaissent immédiatement que c’était une mauvaise idée, d’autres non. Ce genre d’humour vient parfois d’un manque de connaissances au sujet de la diversité sexuelle, d’un désir de “faire comme tout le monde”, de se distancier des personnes gaies et lesbiennes (“moi, je ne suis pas comme ça et je vais le prouver en riant d’elleux”) ou encore simplement pour provoquer… ou encore un mélange de tout ça. Quand j’interviens, mon objectif n’est pas de faire la morale, mais bien de rendre la personne consciente que ça pourrait blesser même ses ami.e.s proches.
Je dis aussi à la personne que de mon côté, j’évite de faire de telles “blagues” parce que je sais que ça peut être blessant pour des gens autour de moi – on ne sait jamais qui pourrait avoir de la peine ou vivre de la honte à cause de ces propos. Généralement, ça marche, mais il y a toujours des cas désespérés… dans ces moments-là, on espère que la personne apprendra par elle-même, qu’une autre personne aura plus de chance ou de patience que nous pour lui expliquer ou qu’un miracle arrivera. Dans les cas de force majeure, ça m’arrive de faire mon coming-out à la personne directement. Parfois, ça les fait réfléchir ! Toutefois, avant de faire ça, il faut s’assurer qu’on est en sécurité, parce que certaines personnes peuvent avoir des réactions violentes. Qu’en penses-tu? Et toi, as-tu une stratégie en particulier?
Pour répondre à ta deuxième question, il est difficile de reconnaître des personnes homophobes. La seule façon de savoir, c’est de questionner la personne, ou encore de l’écouter parler assez longtemps pour savoir si elle a des préjugés. L’homophobie vient rarement seule; le racisme, la xénophobie, la transphobie, le sexisme et autres font souvent partie du même discours, parfois alimenté par le manque de connaissances et la peur de l’inconnu. Si une personne émet des propos transphobes, par exemple, c’est bien moins tentant de lui parler de nos amours, n’est-ce pas? Pour tâter le terrain, il y a plusieurs façons de le faire. Par exemple, au lieu d’afficher directement ses couleurs (annoncer d’office aux gens que tu es homosexuelle), il peut être intéressant de demander l’avis de la personne à propos d’un.e artiste ou sportif.ve homosexuel.le, par exemple, sans aborder directement le sujet de son orientation sexuelle. Qu’en dis-tu?
Enfin, certaines personnes pensent que parce qu’on parle de notre amoureux.se, quand on est homosexuel.le, c’est comme si on étalait notre intimité au grand jour et qu’on essaie d’attirer l’attention. Rappelons-nous que nous voyons des couples hétéro tous les jours dans les médias, dans la rue, dans les transports en commun, qu’on entend souvent parler de sorties de couples hétéro à l’école, au travail, à la maison… alors pourquoi ne pourrions-nous pas faire de même, simplement vivre notre vie, sans désir d’attirer l’attention, mais bien d’exister comme tout le monde? C’est ce que j’en pense, du moins !
J’espère que ma réponse te donne un coup de pouce, Raphaëlle.
N’hésite surtout pas à nous écrire à nouveau si tu le souhaites !
Passe une belle journée,
Marie-Édith, B.A. sexologie, pour AlterHéros


About Marie-Édith Vigneau

Marie-Édith est une femme lesbienne acadienne étudiante à la maîtrise en travail social. Elle est grande fan de la mer, de féminisme, de santé sexuelle, de justice sociale, de musique, d'espresso, de bières de microbrasseries, de bas de laine et de grilled-cheese.