Comment aider ma meilleure amie qui est dépressive et se mutile?


Bonjour, je m’appelle Marie et j’ai 15 ans.
Ce message, je l’envoie à la place de ma meilleure amie qu’on va appeler Andrea. Je voudrai qu’on m’aide à pouvoir l’aider elle. Je vous explique: Elle rêve de faire carrière dans plusieurs milieux (artistique,…). Le problème est que son père contrôle totalement sa vie, excessivement, il l’oblige donc à faire lz métier de pâtissière. Je tient à préciser qu’elle souffre d’anxiété sociale et de dépression. Son père n’a pas l’air de se rendre compte que sa fille va mal. Je suis offusquée qu’il n’ai pas remarquer les cicatrices de mutilation qu’Andrea a sur sur tout le bas du bras gauche. Il m’a été très compliqué de pouvoir l’aidée car moi aussi je suis dans ce malheureux cas. Je souffre actuellement de dépression, d’anxiété et de stresse. J’ai toujours tout fait pour l’aider à aller mieux et elle me tient beaucoup à cœur. C’est une personne magnifique qui est toujours présente pour aider ses amis, mais malheureusement elle s’oublie elle. Je ne cesse de lui rabâcher qu’elle doit s’occuper de son cas personnel et qu’elle pense un peu à elle pour une fois, mais elle ne m’écoute pas. A chaques fois que je viens chez elle, je vérifie toujours son bras, et maintenant elle se mutile beaucoup moins, ce qui me rassure. Mais je sais qu’elle va toujours mal et qu’elle fais semblant. Comme moi. Je vous en supplie, dites moi comment je peux l’aider ? Je sens que je vais l’a perdre. Et si cela arrive, je ne m’en remettrais plus jamais. Merci d’avoir pris le temps de lire ce messages…
Marie

Bonjour Marie!
Merci de la confiance que tu portes envers AlterHéros. Je suis sincèrement heureux que tu nous écrives à ce sujet : il n’est pas toujours évident de trouver les pistes pour s’aider soi-même ou aider un.e proche qui occupe une place importante dans notre vie. Le fait que tu nous écrives aujourd’hui est donc un magnifique cadeau que tu t’offres à toi-même, ainsi qu’à ton amie dont ta question fait référence. En nous écrivant, ce n’est pas seulement pour ton amie que tu te demandes de l’aide, mais pour toi-même également! C’est tout à ton honneur! En effet, lorsqu’il devient temps d’offrir du support à quelqu’un d’autre, il est important de respecter ses propres limites et de pouvoir ventiler auprès de tierces personnes. Et cette tierce personne, cela peut être AlterHéros si tu le souhaites! Et AlterHéros est là pour t’appuyer, toi, dans tes démarches pour appuyer ta meilleure amie.
 
Si je comprends bien la situation que tu me décris, ta meilleure amie vit une situation difficile avec son père qui semble être très contrôlant concernant ses propres choix de vie, nuisant à son autonomie et, du même coup, à son émancipation. Elle souffre d’anxiété sociale et de dépression. Elle a également des gestes d’automutilation et tu t’inquiètes beaucoup pour elle. Tu crains en fait pour sa vie.
Concernant ses gestes d’automutilation, j’aimerais te citer un extrait de la réponse de ma collègue qui pourrait aussi bénéficier à ton amie. Tu pourrais également lui faire lire la réponse complète si tu le souhaites ou simplement lui communiquer les informations et astuces se trouvant dans cette réponse : «Quand on fait quelque chose, c’est habituellement parce que cela répond à un besoin. Qu’est-ce qui se passe dans ta tête quand cela arrive? Voici des suggestions pour répondre à ce besoin différemment. Tu peux aussi essayer différentes techniques de relaxation. En même temps, si tu as besoin de ressentir de la douleur pour t’apaiser, il y a des alternatives pour réduire les conséquences physiques et psychologiques à long terme. Par exemple, tu peux essayer de tenir des glaçons ou de te pincer au poignet avec un élastique.»
Maintenant, quoi faire par rapport à ton amie ? En fait, entretenir une communication honnête et authentique avec ton amie peut être une belle façon pour elle de se sentir validée. De plus, n’hésite pas à poser des questions claires : parler de suicide de façon franche et ouverte est efficace pour ouvrir un dialogue à ce sujet et désamorcer certains scénarios. Par la suite, tu peux lui proposer de l’accompagner vers une ressource d’aide adulte, en précisant qu’elle n’est pas seule et que des solutions existent pour elle.
 
Voici quelques énoncés pouvant éclairer la façon d’aborder le sujet avec ton amie inspirés du site internet français Infosuicide.org :
-Créer un climat de confiance en clarifiant la situation que ton amie vit et ne pas hésiter à aborder le suicide directement.
-Inviter ton amie à cibler quelles pistes d’action elle peut entreprendre pour trouver des alternatives aux différents problèmes qu’elle vit.
-Impliquer directement ton amie dans les différentes démarches que vous pouvez entreprendre ensemble pour prendre soin d’elle, ne pas agir à son insu.
-Lui proposer des pistes d’actions concrètes.
-Lui offrir un environnement sécuritaire dans lequel s’exprimer.
-Lui offrir de l’espoir.
-Établir ensemble un contrat de non suicide et un plan d’action.
-Impliquer un.e adulte de confiance dans votre processus, comme un.e intervenant.e qui travaille à votre école ou dans une association jeunesse de votre ville.
-Proposer des ressources d’aide à ton amie. Tu peux t’informer des différentes ressources de ta région (en téléphonant à l’association Suicide Écoute au 01 45 39 40 00 par exemple).
-L’encourager à parler ouvertement de sa situation.
-Lui demander d’ajouter à ses contacts téléphoniques le numéro de Suicide Écoute afin qu’elle puisse téléphoner rapidement si elle désire parler avec une personne de sa situation ou si elle a des idées suicidaires.
 
Aussi, il est primordial que tu sois à l’écoute de tes propres limites. Au même titre que tu nommes que ton amie est une personne magnifique qui est toujours présente pour aider ses amis, mais malheureusement elle s’oublie elle, cet énoncé peut peut-être s’appliquer à toi aussi. Tu as une magnifique sensibilité, présentement, à vouloir aider ton amie, il est tout autant important pour toi d’écouter tes propres limites et de prendre soin de toi à travers tout cela. Alors voici une petite liste de rappel provenant du site internet français Infosuicide.org lorsqu’il s’agit de porter un soutien à un.e proche qui vit des enjeux de santé mentale importants :

– l’on sera bousculé.e et même blessé.e !
– l’on a un pouvoir partiel, mais réel qui peut être déterminant.
– l’autre a une responsabilité dans ce qui le/la regarde.
– le suicide nous interpelle tou.te.s, chacun.e à sa façon.
– nous devons être patient.e.s et respecter les limites et le rythme de l’autre.
– nous avons des limites qu’il faut connaître et respecter.
– nous ne pouvons pas tout régler tout de suite.
– nous ne pouvons pas tout régler à la place de l’autre.
– on peut agir, mais qu’on ne peut sauver.
– l’on se bat contre la souffrance et la détresse et non contre la mort.
– il est absolument nécessaire de partager notre intervention (avec un.e adulte de confiance, comme un.e intervenant.e de ton école)
– nous devons rester à l’écoute de nous même dans cette démarche.
– nous devons consulter au besoin et briser notre isolement.
– nous ne pouvons pas changer l’autre, mais l’accompagner dans son cheminement.
– nous devons nous faire confiance.
– nous devons être réalistes et référer au besoin.

Par ailleurs, ton amie et toi semblez vivre des situations similaires. Il est rassurant et magnifique de savoir que vous pouvez compter l’une sur l’autre et que vous avez toutes les deux une personne de confiance qui est dans une position de comprendre la douleur que l’une et l’autre vivez. C’est une belle occasion de faire équipe dans ce type de situation et d’affronter, ensemble, les problèmes que vous vivez. Concernant la situation que ton amie par rapport à son père, est-ce qu’il a recourt à des formes de violences physiques ou verbales? Si c’est le cas, tu peux consulter cette page qui décrit le cheminement d’un signalement à la protection de l’enfance. Elle peut aussi les appeler soi-même en tout temps en composant le 119. Est-ce que ton amie a un deuxième parent ou un.e adulte de confiance avec qui elle pourrait partager sa détresse concernant sa trajectoire académique, que ceci ne correspond pas du tout à ses objectifs personnels? Est-ce que cette même personne serait en position d’ouvrir la discussion avec son père?
 
Je t’envoie tout mon amour pour la suite des choses. Il n’est pas évident d’accompagner une amie dans ce genre de moment, mais je suis convaincu que votre amitié ne sera que se consolider encore plus à travers ces expériences.
 
Tu peux aussi jeter un coup d’oeil à cette page de l’association québécoise Tel-Jeunes : Idées suicidaires. Cette page te propose plusieurs pistes de dialogue pour aider un.e ami.e ayant des idées suicidaires.
 
Solidairement,
 
Guillaume, pour AlterHéros


About Guillaume Perrier

Parcours universitaire en Développement social à l'Université du Québec à Rimouski (UQAR), Guillaume (il/lui) est passionné par la représentation de la diversité sexuelle et de la pluralité de genre en contexte de ruralité. Militant de défense de droits des travailleurs et travailleuses du sexe et de prévention VIH, il adore également déposer ses orteils dans l'eau salée du fleuve et passer des heures sous ses couvertures à chaque matin.

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