Comment accompagner mon fils dans son cheminement d’acceptation de son orientation sexuelle?


Bonjour,
Mon fils de 11 ans pleure parfois depuis quelques semaines, portant un lourd secret. Il m’a avoué ce jour qu’il était amoureux de son meilleur ami. Il sait qu’il peut se confier à moi et que je suis ouverte d’esprit. Il a annoncé à son ami qu’il est amoureux de lui. Je ne sais pas si ce dernier a changé de comportement vis-à-vis de lui depuis cette annonce… je n’ai pas encore abordé le sujet en profondeur avec lui car j’ai peur d’utiliser les mauvais mots… il a eu 3 amoureuses pendant son enfance. A 11 ans, peut-il encore confondre amitié et amour ou est-ce déjà clair pour lui? A lui de me le dire sans doute… bref, je suis un peu désemparée, je ne sais comment le soutenir ni comment aborder le sujet sans être trop “lourde” mais je crains aussi qu’en faisant comme si de rien n’était, il se sente abandonné. Je n’ai pas les armes pour affronter cette situation. Comme beaucoup de maman, j’ai surtout peur qu’il souffre de moqueries durant toute sa vie. Et que faire vis-à-vis de son papa qui est musulman et pas prêt à accepter cette situation? Comment gérer le fait de dire à mon fils de ne pas le crier sur tous les toits pour le préserver et en même temps ne pas lui faire ressentir la honte d’être homosexuel? D’avance, merci.
LN

Bonjour LN !
Merci énormément pour votre confiance envers AlterHéros! Je tiens également à m’excuser du délai de réponse : je dois vous admettre que, sachant que votre enfant était en sécurité avec une mère bienveillante comme vous, votre question n’a pas été considérée comme urgente. 
 
Cette phrase place un peu le ton de cette présente réponse : je tiens d’abord et avant tout à vous remercier. Tout d’abord, le simple fait que vous nous écriviez aujourd’hui prouve l’ensemble de votre volonté à vous outiller afin d’accompagner votre fils dans les peines et les amours qu’il vit en ce moment. C’est, honnêtement, tout à votre honneur! Si l’ensemble des parents, tuteurs, tutrices ou adultes significatifs étaient autant bienveillant.e.s que vous, je suis certain que les jeunes de la diversité sexuelle et de genre ainsi que tou.te.s ceux et celles en questionnement se porteraient grandement mieux!
 
Si je comprends bien votre situation, votre fils expérimente présentement beaucoup de peine liée à un garçon dont il vous a avoué être amoureux. Vous vous sentez désemparée, du fait qu’il s’agit de la première fois que votre fils vous partage son attirance envers un autre garçon. Devant ce dévoilement de son orientation non-hétérosexuelle, vous vous sentez un peu désemparées. Vous affirmez n’avoir pas les armes pour naviguer cette situation, c’est pourquoi vous nous avez écrit (ce qui est un merveilleux réflexe!). En tant que parent, vous craignez d’une part que votre fils souffre de moqueries au courant de sa vie. D’autre part, vous craignez la réaction de son père qui, de par sa spiritualité, pourrait mal réagir à l’orientation sexuelle de son enfant. Vous vous demandez comment accompagner votre fils dans ce processus, tout en l’outillant de prudence sur la façon qu’il communiquera son orientation sexuelle, mais sans pour autant recréer un sentiment de honte de ne pas être hétérosexuel. Est-ce bien cela?
 
D’abord, je crois que vous possédez beaucoup plus d’armes que vous le pensez pour naviguer cette situation! En effet, vous avez un amour inconditionnel pour votre enfant, un désir de protection ainsi qu’une volonté de voir votre fils heureux. C’est déjà un immense début! Maintenant, je vais profiter de cette réponse pour vous aiguiller un peu.
 
Premièrement, les orientations sexuelles et romantiques ne sont pas nécessairement fixes dans le temps. En d’autres mots, nos attirances peuvent parfois fluctuer dans le temps. Même si celles-ci peuvent fluctuer, nous ne choisissons pas nos attirances. Ce que l’on choisit toutefois, ce sont d’une part les mots pour parler de ces attirances. D’autre part, on peut également choisir de dévoiler ou non cette partir très intime de nous-même. L’important, c’est d’accueillir les émotions de votre fils, ici et maintenant, et de lui laisser l’espace nécessaire à ce qu’il puisse nommer par lui-mêmes ses émotions et ses attirances. Si votre fils ressent une peine d’amour liée à des attirances pour un de ses amis, c’est que ses propres émotions sont valides et ses attirances, bien réelles. Il est d’ailleurs lui-même la meilleure personne pour définir ce que représente l’amour et l’amitié. Je comprends néanmoins votre questionnement à savoir s’il est possible que votre fils puisse confondre l’amitié et l’amour. Vous avez vous-même répondu à ceci en précisant que c’est à lui de vous le dire : vous avez entièrement raison! Pour citer une ancienne réponse au sujet de l’amour vs l’amitié :

Alors, qu’est-ce qui différencie l’amour et l’amitié? D’abord, dans les deux cas, le dénominateur commun entre les deux est le verbe aimer. Peu importe si l’on ressent des sentiments amicaux ou amoureux envers une personne, dans les deux cas, on aime. La différenciation peut donc parfois être difficile entre les deux. En amitié, on ressent un bien-être à partager du temps et du bonheur avec l’autre. On jase, s’écoute, s’entraide, rit. La présence de l’autre nous rend en confiance, nous rend bien. L’amour, pour sa part, reprend toutes ces caractéristiques de l’amitié tout en complémentant avec d’autres. L’amour, c’est le sentiment de vouloir partager un peu plus avec quelqu’un.e. Qu’est-ce qu’on entend par un peu plus? Ça, c’est subjectif à chaque personne. Parfois, on peut ressentir le besoin de plaire à l’autre. L’envie de séduction (au sens large, pas qu’au sens physique!) peut donc être un indice à distinguer le sentiment d’amour et d’amitié. Il est aussi possible de vouloir se projeter dans le futur avec la personne ou les personnes envers qui on ressent des sentiments amoureux : une envie de bâtir des projets ou de planifier des plans d’avenir avec. La question des attentes peut également être différente entre l’amitié et l’amour. On s’attend par exemple à ce que notre partenaire amoureux.se nous tienne informé.e de ses plans, des attentes que nous n’avons pas systématiquement avec nos ami.e.s. (…) Finalement, l’amour se consolide également entre partenaires qui partagent le même sentiment. Est-ce que les sentiments et les émotions ressentis sont réciproques?

 
En résumé, je suis certain que si votre fils a pris la décision de communiquer ses sentiments vers ce garçon, c’est qu’il était certain de ses sentiments et attirances à son égard. Il faut beaucoup de courage pour communiquer ce type d’informations qui peuvent nous faire sentir très vulnérable! En d’autres mots, votre fils semble effectivement vivre une certaine peine d’amour, qui est loin de ressembler à une peine liée à de l’amitié. Qu’en pensez-vous?
 
Deuxièmement, la seule personne qui peut définir l’orientation sexuelle de votre fils est… votre fils lui-même! En effet, l’orientation sexuelle est quelque chose de très personnel et subjectif à chaque personne. Il est possible que votre fils utilise le terme homosexuel pour se décrire, car c’est ce qui correspond le mieux à ses comportements, ses désirs et son identité. Il est aussi possible qu’il utilise le terme bisexuel, dans l’optique où il a la capacité d’être attiré par certains garçons et certaines filles. Il est finalement possible que votre fils utilise d’autres termes pour parler de ses attirances. Demeurons à l’écoute! Il sait mieux que n’importe qui d’autre qui il est. 🙂
 
Troisièmement, il est normal de ressentir une crainte de voir votre fils recevoir des moqueries au courant de sa vie. Même si les mentalités sociétales changent tranquillement, il est vrai que les personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles ou trans (LGBT+) sont davantage propices à expérimenter différentes formes d’oppressions au courant de leur vie que des personnes hétérosexuelles et cisgenres (c’est-à-dire des personnes qui s’identifient au même genre qu’on leur a assigné à la naissance, des personnes qui ne sont pas trans). En effet, nous vivons dans une société dite hétéronormative. Cela signifie que la société fait encore la promotion que tout le monde est hétérosexuel jusqu’à preuve du contraire, que le seul modèle de couple valide est celui hétérosexuel et que l’hétérosexualité est la norme à suivre. L’hétéronormativité engendre l’homophobie, la biphobie, la transphobie… ainsi que toutes les différentes formes de violences que peuvent expérimenter les personnes LGBT+ du fait de ne pas correspondre aux attentes sociales hétérosexuelles de notre société. Je tiens toutefois à vous rassurer : bien que le sexisme existe, on réagit collectivement de plus en plus pour dénoncer les violences faites à l’égard des femmes. La même chose s’applique envers l’hétérosexisme : nous sommes de plus en plus nombreux et nombreuses à se lever pour défendre les personnes issues de la diversité sexuelle et de genre, au Québec comme en France. Ce sont des mamans comme vous qui peuvent participer à ce grand mouvement en créant, notamment, un environnement sécuritaire pour votre fils afin qu’il puisse s’exprimer et qu’il puisse savoir que vous êtes une alliée pour le soutenir dans les moments où il en aura de besoin. 
 
Quatrièmement, j’aimerais aborder votre dernier point qui aborde la tension entre ne pas encourager votre fils à crier sur tous les toits son orientation sexuelle, tout en ne recréant pas une forme de honte liée à ne pas être hétérosexuel. Je comprend entièrement vos réserves : vous désirez protéger votre enfant, c’est qui est entièrement normal! J’aimerais néanmoins apporter certaines nuances à ce discours. Votre enfant déterminera par lui-même le rythme avec lequel il désire s’exprimer sur son orientation sexuelle et il choisira lui-même les personnes avec qui il se sent en confiance d’aborder cette partie intime de sa vie. Il se peut malheureusement qu’il reçoive des moqueries par rapport à ses attirances, mais l’important, c’est qu’il ne soit pas seul, c’est-à-dire qu’il puisse avoir la possibilité de se sentir en confiance avec un.e adulte de confiance pour parler de ces événements et aller chercher de l’aide au besoin.
 
Cinquièmement, en ce qui concerne la réaction de son père, je peux comprendre vos craintes. Toutefois, la réceptivité de la diversité sexuelle et de genre parmi les communautés musulmanes est très variante! En effet, il n’existe pas de consensus auprès de la communauté musulmane au sujet de l’homosexualité et de la bisexualité. Certaines personnes vont considérer ces orientations sexuelles comme un pêché, alors que de plus en plus de personnes musulmanes prennent paroles pour célébrer l’amour entre êtres humains, et ce peu importe leur identité de genre. C’est le cas, par exemple, de Ludovic-Mohamed Zahed, un imam ouvertement homosexuel qui a participé aux inaugurations des premières mosquées ouvertes aux personnes lesbiennes, bisexuelles, homosexuelles et trans (LGBT). Je te propose notamment cette entrevue de Ludovic-Mohamed Zahed au sujet de son interprétation du Coran et de la diversité sexuelle. Je vous propose également la version française d’un documentaire, Je suis gay et musulman, abordant aussi le sujet de l’articulation entre notre identité culturelle et notre orientation sexuelle. Ceci étant dit, ce sera à votre fils de déterminer si et quand il souhaitera avoir cette discussion avec son père. Les différents liens que je viens de vous transmettre concernant l’ouverture de l’islam à la diversité sexuelle pourraient faire partie de discussion avec votre fils lorsque ce dernier vous communiquera son désir d’en parler avec son père. Cela pourrait préparer votre fils à une future discussion avec lui!
 
Finalement, bien que nous avons peu d’impacts individuels sur la société hétérosexiste, nous avons toutefois un grand impact sur les discours et les valeurs que l’on tient à défendre au sein même de notre maison ou de notre cercle social rapproché. Conséquemment, je vous invite simplement à demeurer à l’écoute de votre enfant, à le remercier pour la confiance qu’il porte à votre égard pour vous avoir partagé ses sentiments envers ce garçon de son entourage, à lui préciser que vous demeurez présente pour lui, peu importe les personnes envers qui il se sent attirées. Vous pouvez aussi lui préciser que votre maison est un endroit sécuritaire où il pourra, en temps et lieu, emmener son amoureux ou amoureuse du moment, sans crainte de jugement négatif. J’aimerais également préciser que ça peut arriver que l’on se trompe, que l’on utilise les mauvais mots, que certains propos peuvent être blessants pour des personnes LGBT ou en questionnement… Et c’est correct de se tromper! L’important, c’est de s’excuser si cela arrive, de prendre notes, et de s’adapter. Tout simplement. 🙂 Et puis, puisque votre fils est en peine d’amour présentement, pourquoi ne pas lui partager vos propres petits astuces concernant le rétablissement de peines d’amour? Après tout, une très grande majorité de personnes auront, au cours de leur vie, expérimenter une peine d’amour : c’est peut-être également votre cas. Ça peut être l’occasion de discuter de s’informer à savoir s’il ressent l’envie de parler des récents événements, de la réaction de son ami suite au dévoilement de ses sentiments ou si quelque chose de précis lui ferait du bien présentement. Et surtout, n’oubliez pas de lui dire que vous l’aimez! Votre enfant a peut-être hésité longtemps pour vous en parler. Il se peut qu’il souhaite être rassuré un peu à ce sujet. Qu’en dites-vous?
 
J’espère que cela a pu répondre à certaines de vos questions! N’hésitez pas à nous écrire de nouveau au besoin. Vous pouvez également parler de nos services à votre enfant lui-même s’il ressent le besoin, un jour, de parler de ses attirances et de sa sexualité de façon anonyme. Finalement, il existe également l’association jeunesse C’est Comme Ça pour les jeunes LGBT+ en France. Vous pouvez également les contacter pour diverses questions concernant les ressources ou les services en France : étant au Québec, nos connaissances de votre territoire sont un peu plus limitées!
 
Je vous remercie encore une fois pour votre bienveillance. Il fait chaud au coeur de voir des mamans comme vous!
 
Cordialement,
 
Guillaume pour AlterHéros
 
 


About Guillaume Perrier

Parcours universitaire en Développement social à l'Université du Québec à Rimouski (UQAR), Guillaume (il/lui) est passionné par la représentation de la diversité sexuelle et de la pluralité de genre en contexte de ruralité. Militant de défense de droits des travailleurs et travailleuses du sexe et de prévention VIH, il adore également déposer ses orteils dans l'eau salée du fleuve et passer des heures sous ses couvertures à chaque matin.

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