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18 October 2007

Témoignage - Une parmi tant d'autres...

Un témoignage parmi tant d’autres aussi… cette fois, c’est le mien.

AlterHéros


Ce matin-là, devant la glace, je vous avoue, ça été un choc. Mais tout un! Depuis pas mal toujours j’évite de me regarder droit dans les yeux dans une glace. Pourquoi? Je n’ai jamais vraiment eu
de réponse concrète à ça je pense… mais selon moi, je crois peut-être que je voulais éviter la pure vérité sur mon orientation sexuelle que j’ai niée pendant 17 ans et demi.En fait, je me mentais à moi-même, pas capable d’assumer cette partie de moi, quelqu’un de DIFFÉRENT!

J’ai toujours senti une attirance pour les filles. Moi, enfant charmante, je ne rêvais pas du beau prince qui est en vedette dans les films de Disney, mais de la princesse (et non pas d’être la princesse, nuance!). Je voyais rien d’inoffensif à l’époque. Je trouvais ça normal. Remarquez, j’en avais jamais parlé non plus à qui que ce soit.   

Puis, en cinquième année… du primaire, j’ai été dormir chez une amie. Ce soir-là… Ben non y s’est rien passé! En fait, rien de concret, mais dans ma tête ça explosait de sentiments bizarres que j’avais jamais pu ressentir avant. La pauvre fille avait un géant lit double (moi j’avais un lit simple à ce moment) et elle avait pas de place pour mettre une petit matelas à terre, alors (et il avait de la place pas mal pour deux petites filles de genre 11 ans!) je vous jure, jamais j’ai été capable de dormir cette nuit-là! La présence d’une fille dans le même lit que moi me donnait une sensation vraiment étrange, agréable… mais qui me laissait pas indifférente non plus. Et j’ai pris peur. Dès le lendemain, je me suis mise à observer consciencieusement tout ce que je pouvais pour me prouver à moi-même que je n’étais pas « aux filles ». Suivi l’époque du déni de réalité.

En secondaire un, je me rappelle très bien, il y avait un couple de lesbiennes (qui étaient en secondaire 5), un couple assez ouvert. Imaginez le contexte, c’était une école privée, les pauvres étaient couvertes, ensevelies de jugements épouvantables, quasiment huées par tous. Tout le monde chuchotait : « regardez c’est les gouiiiiiiines… yark! » Évidemment, tout pour provoquer un coming out de ma part! Non, je me suis contentée d’observer les deux filles. Me demander si j’allais être aussi open que ça en public un jour… moi qui vivais tout ça dans le secret. Ça, ça prend un courage que je n’avais pas à ce moment-là. Puis j’ai réalisé que j’avais sous les yeux un vrai spécimen de lesbiennes… Vous devinez? Cheveux courts, allures masculines mais pas trop du type gars manqué… Ah! ça devait ressembler à ça une lesbienne typique! Ah ben physiquement je ne cadre pas du tout! Féminine à souhait, chevelure abondante et soignée… on est à des années lumières du garçon manqué!! N’empêche, dans ma période de déni, j’ai goûté un peu des paradis artificiels (car je n’étais pas vraiment très bien dans ma prison de chair… pour tout dire j’ÉTOUFFAIS).

Puis, après avoir cessé la consommation  (un temps assez court) j’étais toujours aussi pas bien dans ma peau, alors j’ai décidé de me transformer. Je suis devenue anorexique, pour finir boulimique. Ça non plus ça n’a pas duré, mais ça a eu le pouvoir d’alerter mon entourage qui s’apercevait de rien parce que je ne disais justement rien (peur de leur jugement), je me suis remise de ce court épisode lentement. Je vivais toujours dans le secret, en essayant d’oublier ça. (Je crois qu’en boulimique j’essayais d’éliminer ce qui me chicotait vraiment.)

Ensuite, j’ai investi mon énergie ailleurs, l’art a été une excellente thérapie si j’ose dire. Puis il y a eu le premier chum (ben quoi… on se teste un moment donné) mais ça n’a pas vraiment marché.
J’ai rencontré un autre gars. Vraiment différent celui-là. Il m’a fait oublié ma différence… et m’a amenée vers une autre voie que l’homosexualité si on peut dire. Le gars, plus vieux que moi de 5 ans, est génial, beau, fin, intelligent, mon homme bref. Mais notre relation a eu des hauts et des bas… causés en grande partie par mon inévitable attirance vers les femmes. C’est une relation platonique qui a duré près de cinq ans ( avec intervalles…)

Tout a changé au cégep.
Je me suis comme libérée mon école privée et je pouvais enfin être qui je suis, au grand jour … Enfin!

J’ai rencontré une fille géniale, Amélie, gaie elle aussi… mais qui avait une copine, n’empêche, c’est avec elle que tout a réellement pu commencer. Je l’ai vraiment aimée à sens unique… mais c’est en l’observant que j’ai pu réellement accepter d’être différente sans en avoir l’air non plus et vivre pleinement (en même temps) mon homosexualité. Et oui, elle n’avait pas les cheveux courts, et n’était pas masculine (ah oui j’ai aussi réalisé (il était temps!) que ça prenait pas ça pour être une vraie lesbienne!)… mais avait des cheveux longs et portait toujours des jupes styles hippies!

Puis un ami m’a avoué être gai. Occasion idéale pour répondre, ah ben moi je pense être bi… En fait, Germain, je suis bi. Ohaw! Libération! Totale. Sentiment indescriptible! J’oublierai jamais cette soirée… mon premier coming out! Et bon lui il me parle de Jeunesse Lambda et tout… wow.

Le lendemain, enthousiaste et totalement bien, je décide d’en parler avec ma mère. En voiture, je lui dit bonnement que Germain (le garçon d’une de ses amies, mais aussi mon ami) est gai. Étonnée, elle dit ah c’est bien, je suis contente pour lui…et c’est comme si je lui dis qu’il vient de gagner un prix d’une centaine de dollars: réaction positive. Je me lance: Pis, moi je suis bi maman… et bien avec ça. Erreurrrrrrrrrrrrrr N’essayez jamais… de faire votre coming out dans une voiture! Elle n’a rien dit. Puis, pendant deux semaines, me regardait étrangement, comme si elle fouillait dans sa tête ce qu’elle avait fait dans mon éducation pour que j’en vienne à une conclusion pareille. Puis, deux jours après les deux semaines, elle a accepté. Elle a accepté le fait que je ramène une fille dans un party de Noël. Accepté que je sois différente. C’est marrant, mon père lui était totalement heureux. Ils espèrent tous deux que ce n’est pas une passe…! Ah finalement c’était pas si pire. Plusieurs de mes amis sont au courant…et n’ont rien contre. C’est génial. Même mon frère trouve ça le fun d’avoir une soeur comme ça! Que demandez de mieux!…

En ce moment, au travail j’en ai parlé qu’à deux personnes.
Malgré les bonnes réactions de mes proches, je suis quand même terrorisée par toutes les mauvaises réactions homophobes du reste du monde. Mon bonheur est actuellement fragile (et a été dur à acquérir) alors je ne souhaite pas tant le casser maintenant.
À une de ces deux personnes, Sophie, elle m’a sorti: Ah j’ai rien contre ça… mais j’comprends vraiment pas comment tu fais!! Hmmm

C’est ça mon histoire.
Ah non c’est pas vrai… ça ne se termine pas là.
J’ai eu l’occasion d’aimer une fille. Encore à sens unique. Vraiment. Marilou. Elle est arrivée à un moment où moi j’étais plutôt bien avec mon orientation sexuelle et qu’elle était en période de questionnement (du genre début) alors ça pas vraiment marché… mais c’est pas grave, j’ai confiance.

Je ne suis pas sortie avec beaucoup de filles.
Vous l’aurez peut être deviné, je suis du type gênée
Mais je suis contente d’être bi ( lesbienne sur les bords, j’hésite un peu à me classifier moi même lesbienne à cause du gars d’en haut… en tout cas, je suis sûre à présent de ne pas être hétéro!) et de m’assumer comme quelqu’un de différent.
En fait pas si différent que ça.
1 personne sur 10 est gaie… Finalement je suis une fille gaie parmi tant d’autres.

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