Suis-je à ma place dans mon couple et dans ma maternité ?


Bonjour Ève-Marie.

Merci pour la confiance que tu nous témoignes.

Dans ton message, tu nous dis que tu es en couple avec un homme, depuis plusieurs années, et que tu es enceinte de lui. Cependant, tu as peur de te « découvrir » lesbienne éventuellement et de quitter, à ce moment-là, ton conjoint et tes enfants.

Tu nous poses une question qui n’a rien d’évident… En effet, il ne m’est pas possible de te dire si tu es à ta place, actuellement, avec ton conjoint et si tu as bien fait d’accepter d’avoir des enfants de lui. C’est une situation beaucoup trop intime pour que je puisse trancher d’un côté comme de l’autre.

Selon ton témoignage, tu sembles être une personne ayant des tendances à la bisexualité. En effet, tu es amoureuse d’un homme – ton conjoint -, mais tu as déjà éprouvé de l’attirance pour des femmes étant plus jeune. Or, le propre de la bisexualité est de s’attacher d’abord à une personne, indépendamment de son sexe, puisqu’il peut s’agir d’un homme aussi bien que d’une femme. Si tu es amoureuse de ton conjoint et que cet amour s’inscrit dans la durée, à la fois parce que vous y croyez tous les deux et que vous investissez dans votre couple le temps qu’une telle aventure nécessite, je ne vois pas pourquoi, soudainement, tu aurais des regrets et souhaiterais faire plutôt ta vie avec une femme. Si tel est le cas, ce sera tout simplement parce que tu n’auras plus d’amour pour ton conjoint. Et ce genre de situation peut survenir dans la vie de n’importe qui, homo, bi ou hétéro. Autrement dit, même si tu étais « hétérosexuelle à 100% », ce qui est plutôt rare, rien ne t’immuniserait contre le charme d’une autre personne et rien ne garantirait que ta famille demeurerait unie dans les circonstances.

En fait, la seule véritable question que tu devrais te poser est la suivante : est-ce que je suis heureuse avec mon conjoint? Si oui, je ne pense pas qu’il soit bon de t’inquiéter avec des hypothèses que rien ne pourrait, de toutes manières, confirmer. À moins, bien sûr, que tes pulsions homosexuelles soient plus fortes que tu ne veuilles bien l’admettre et qu’il y ait là comme une espèce de manque qui occasionne des frustrations. À ce moment-là, il faudrait que tu te demandes si tu te sens prête à vivre ces désirs qui t’habitent. Avec toutes les conséquences qu’imposerait une telle décision…

Par ailleurs, ce que tu vis en ce moment s’explique peut-être, aussi, par un stress bien compréhensible face aux changements qui vont survenir dans ta vie. Avoir des enfants, c’est accepter de mener une vie plus rangée, c’est voir sa liberté se restreindre, c’est parfois, aussi, des sacrifices. Ainsi, je ne pense pas que tu devrais te sentir « anormale » d’éprouver des angoisses et des doutes à l’égard de ton avenir. C’est ce qui arrive le plus souvent quand on est confronté à des changements majeurs dans nos vies. Le plus important, c’est de ne pas tout garder pour soit, de pouvoir en parler à des amis, à des gens dignes de confiance, des gens qui ne nous jugeront pas. C’est très libérateur, crois-moi! Bien sûr, si tu en sens le besoin, n’hésite surtout pas à nous réécrire : nous sommes là pour ça.

En espérant, Ève-Marie, que mes commentaires ont pu contribuer à nourrir ta réflexion, je te souhaite de trouver le bonheur à travers ta vie de couple et ta maternité.

Bonne chance!

Benoît

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