Sortir de son cocon


Témoignage

Septembre 2004. Jusqu’à tout récemment, je me tenais dans mon petit cocon, bien à l’abri du monde extérieur. C’était pour me protéger, parce que j’avais peur du jugement des autres. J’avais peur du rejet, de l’isolement.
C’est étrange, car la manière dont je pensais me protéger de cela, c’était en cachant la partie de moi-même susceptible d’être jugée et d’être rejetée. Allez savoir pourquoi, je pensais que le fait de cacher cette partie de moi-même, me protègerait de toute attaque extérieure.
Ce que je ne savais pas, c’est que le plus grand mal ne venait pas de l’extérieur, mais de l’intérieur de ce même cocon. L’ironie, c’est qu’en pensant me protéger du rejet des autres et de l’isolement par ce fait même, c’est moi-même qui me suis isolé, seul, à l’intérieur de moi-même.
Je m’isolais, car je cachais un côté important de ma personne : mon homosexualité. Plus je cachais cette partie de moi, plus j’avais peur qu’on la découvre. Je croyais être heureux et vivre une belle vie, alors qu’en réalité, je n’étais pas heureux, j’étais content, tout au plus. Je me contentais de ce que j’avais, sans être réellement heureux.

Au tout début, au secondaire, je croyais que ce côté de moi était passager, qu’en regardant des filles, je finirais par être attiré par l’une d’elle. Je croyais qu’en regardant de la porno hétérosexuelle, je me découvrirais une attirance que je ne connaissais pas.
Par la suite, ne voulant toujours pas me l’admettre, j’ai caché mes sentiments au plus profond de mon cœur, en souhaitant qu’ils y restent éternellement.
Évidemment, ils ont refait surface. Parce que je ne voulais pas que ça se sache, et probablement aussi parce que je ne l’acceptais pas, j’expérimentais sur Internet, je découvrais la sexualité sur le Net, en me faisant passer pour quelqu’un d’autre. Je croyais réussir à vivre ainsi encore longtemps.

C’était sans compter le mal qui me rongeait de l’intérieur. Je n’en pouvais plus de m’enfermer dans mon petit cocon, à l’abri du monde menaçant à l’extérieur. J’étouffais!
Tout doucement, j’ai commencé à apercevoir un chemin vers la sortie. J’ai commencé par m’acheter une webcam. Équipé de ce gadget, je ne pouvais plus mentir aux personnes que je connaissais sur Internet et, ce faisant, je cessais de me mentir à moi-même. J’ai donc dit la vérité aux personnes avec qui j’avais créé le plus de liens sur Internet : Kevin, Rémi, et d’autres qui ne m’ont pas pardonné de leur avoir menti, et je les comprends bien.

Cette étape franchie, j’ai décidé de m’inscrire sur des sites de rencontre, de chercher sur IRC, des personnes de Sherbrooke avec qui parler, pour des rencontres éventuelles. J’en suis maintenant rendu à ce point : personne de mon entourage réel ne sait que je suis gay, mais je sens de plus en plus le désir d’aimer un gars, et d’être aimé en retour, d’être heureux, le désir d’avoir du plaisir.
Le désir d’avoir une personne qui m’attend le soir, qui est là lorsque ça ne va pas, une personne aux côtés de qui dormir, me sentir en sécurité. Une personne qui me comprendrais et que je comprendrais, qui m’aimerait et que j’aimerais en retour.
J’espère donc trouver la force en moi, de dire mon secret à une personne en premier, un ami, puis à un autre, puis à un autre encore. J’espère trouver le courage, avec l’aide des premières personnes, de le dire à tout le monde de mon entourage. J’espère avoir bientôt la facilité, lorsque quelqu’un me demandera si j’ai une blonde, de lui répondre que j’ai quelqu’un que j’aime, mais que c’est un chum.
J’espère accomplir tout ça d’ici la fin de l’année 2004. Afin de renaître, et de commencer une nouvelle vie, de commencer à vivre ma vie, et non seulement à y assister en tant que spectateur.

Avril 2005. Finalement, c’est une histoire qui se continue bien. J’ai rencontré quelqu’un en octobre 2004. Deux semaines plus tard, je l’annonçais à mon coloc.  Deux autres semaines plus tard, je l’annonçais à mon meilleur ami. Puis ensuite, à chaque semaine, il y avait une personne de plus de mon entourage qui le savait. Tout le monde l’a bien pris.

Je l’ai finalement annoncé à mon frère le 23 décembre, on fêtait Noël chez lui cette année. Puis à mes deux parents, le 24 décembre, avant la soirée du réveillon…
Mon père l’a mal pris sur le coup, mais il ne s’est pas emporté, il est plutôt allé marcher, seul, pour réfléchir. Ma mère semblait plus forte sur le coup, mais elle a évidemment pleuré par la suite. Elle se faisait surtout du souci pour moi, pour mon avenir.
Dans les jours qui ont suivit, je suis descendu chez mes parents en Abitibi, on en parlait un peu. Puis je suis revenu chez moi, à Sherbrooke, pour ma session d’hiver, en laissant deux livres à ma mère sur l’homosexualité.
Puis, par la suite, de plus en plus de monde commençait à le savoir, et je n’ai eu aucune mauvaise réaction. J’ai commencé à m’impliquer auprès de l’AGLEBUS, l’association GLB de l’université.

Aujourd’hui, je crois que l’idée a fait son chemin. Je sais que mes parents ont pris ça durement, mais ils ont passé au travers. Ils ont tranquillement commencé à le dire à d’autres personnes, et je crois que, par les réactions de ces personnes, ils se sont rendus compte que, finalement, ce n’est pas si pire.
À Pâques, mon chum et moi sommes allés chez mon frère, premier contact avec la famille. Tout s’est super bien passé. Cet été, il emménage avec moi, j’ai hâte. La première rencontre avec mes parents ne s’est pas encore faite, la faute est à mettre sur la distance qui nous sépare (Abitibi-Sherbrooke).

À suivre…

Maxime
mboisso@poolexpert.com


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