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21 février 2024

Pourquoi voit-on si peu de personnalités sportives hors du placard ?

Pourquoi n’y a-t-il pas de célébrités sportives gaies ou lesbiennes qui sortent du placard (avant leur retraite) qui pourraient nous servir de modèles ?
Lina

Élyse Vander

Bonjour Lina,

Merci de votre question, elle est fort intéressante car il est certain qu’une grande partie des gais et lesbiennes pratiquent un sport et y vivent un dilemme par rapport au dévoilement de leur orientation. Il ne faut pas se le cacher, le milieu sportif est homophobe, en particulier dans les sports d’équipe. Il ne faut pas généraliser car il est aujourd’hui possible de vivre son homosexualité dans un milieu sportif et les difficultés s’estompent au fur et à mesure que l’éducation se fait dans ce milieu. Toutefois, les peurs restent grandes : peur du rejet, peur d’être vu comme faible, peur d’être intimidé durant un match. Pour les entraîneurs, il y a également la peur d’être vus comme de potentiels abuseurs. Les préjugés et les mensonges à propos des gais et lesbiennes courent encore et toujours, et les meilleurs modèles pour les démolir seraient des athlètes professionnels célèbres faisant leur coming-out avant le retraite. Malheureusement, comme vous le faites remarquer, ceci est trop rare.

Bien des athlètes professionnels doivent craindre les répercussions qu’aurait un coming-out sur leur image publique. Plusieurs d’entre eux tirent d’importants revenus à partir de contrats de publicité et de vente de produits dérivés comme des chandails ou des affiches. Dans un marché où la clientèle cible sont les hommes adultes hétérosexuels, faire son coming-out aurait sans doute de sérieuses conséquences comme la perte de commanditaires ou la baisse de salaire… Pour les athlètes œuvrant dans des sports d’équipe, il y a aussi le risque d’avoir de la difficulté à trouver un contrat lorsqu’ils seront joueurs autonomes. Bien sûr, ces risques sont encore très hypothétiques puisque on n’a jamais vraiment eu d’exemple, mais le monde sportif semble figé dans un mode de pensée où l’on se dit : «pas la peine d’essayer de changer les choses».

Malgré tout, il est important de mentionner le nom de quelques athlètes qui ont eu le courage de révéler publiquement leur orientation sexuelle. Le tennis féminin semble être une exception à la règle, puisque plusieurs tenniswomen de très haut niveau n’ont pas caché leur homosexualité, par exemple Martina Navratilova, Amélie Mauresmo, Conchita Martinez ou Renée Richards (qui était aussi trans). Dans le basketball, mentionnons le nom de John Amaeci, un ancien de la NBA dont le coming-out et l’activisme ont beaucoup fait jaser en 2007. Dans le sport olympique, on pourrait souligner la performance du plongeur Matthew Mitcham, qui a remporté l’or au 10M à Pékin.

Au Canada, deux noms me viennent en mémoire : le nageur Mark Tewksbury, qui est devenu un porte parole actif de la communauté allosexuelle, et la cycliste Michelle Dumaresq, qui a fait l’objet d’un documentaire sur sa transition. Malheureusement, la situation des sportifs québécois allosexuels est aussi difficile que partout dans le monde, même si on se targue parfois d’être une société plus ouverte. Dans son rapport «De l’égalité juridique à l’égalité sociale» (2007), la Commission québécoise des droits de la personne note que même au Québec, «le fait d’être gai ou lesbienne diminue de façon importante les choix de carrière dans le domaine du sports. Cela a un impact notamment lors de l’embauche ou de la promotion en tant qu’assistant-e ou entraîneur ou entraîneuse chef, lors du recrutement des athlètes dans le sport d’excellence ou professionnel, et auprès des commanditaires.»

Toutefois, il faut rester optimiste car il ne fait pas de doute que le milieu sportif va graduellement s’ouvrir à la réalité homosexuelle, tout comme le font les milieux culturels, politiques et socio-économiques. Mais la responsabilité ne repose pas seulement sur les épaules des célébrités, mais aussi sur les sportifs récréatifs allosexuels qui s’amusent à pratiquer leur sport favori les soirs de semaine. C’est leur exemple et leur audace qui changera les mentalités de leurs coéquipiers et coéquipières. Hé oui, c’est par la base que viendront les plus grands changements!

Encore une fois, merci pour votre excellente question.

Élyse

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