Mes parents n’ont jamais compris que cela pouvait être douloureux de ne pas comprendre que je suis homosexuelle.


Bonsoir,
Mes parents n’ont jamais compris que cela pouvait être douloureux de ne pas comprendre qui l’on est, que cela pouvait impacter notre vie. Ma mère me dit souvent que j’utilise le fait de faire partie d’une minorité comme excuse mais… ce n’est pas vrai, en tout cas je ne crois pas ou je ne le fais pas exprès. Cela m’a toujours fait souffrir depuis le plus longtemps que je m’en souvienne, je n’arrive même pas à en parler sans fondre en larme car je n’arrive pas à assumer ce que je suis. Mes meilleures amies m’ont lâchées quand elles l’ont appris et ne m’ont jamais reparlé, mes grands-parents ne l’assument, je leur ai déjà dit plusieurs fois que j’avais une petite amie mais à chaque fois, ils me redemandent quand je leur présenterai un garçon. Même si cela fait quatre ans que cela dure, je n’arrive toujours pas à m’y faire, je n’arrive pas à aller de l’avant et à vivre “normalement”. Je suis sans cesse en train de pleurer pour un rien, j’ai tout le temps le moral à zéro et n’ai plus aucunes envies. Mes amies actuelles me disent que je devrais consulter un psy mais n’étant pas majeur et n’ayant pas de salaire puisque je suis étudiante je serais obligée de passer par mes parents… le problème c’est qu’ils voient les psys comme quelque chose de mauvais… comme une punition ou une faiblesse.
Comme je l’a déjà dit, je n’arrive pas à parler de moi, je fonds en larme quand on parle de responsabilités, d’avenir, de mon orientation sexuelle ou des choses du style et je me bloque lorsque je dois parler de ma vie amoureuse, professionnelle ou familiale, j’en suis même arrivée à un point où je m’invente une vie auprès des gens car ça fait moins mal de mentir que de parler vraiment de moi.
Je ne sais vraiment plus quoi faire, tout ça impacter tellement sur ma vie que je n’arrive plus à sortir, m’amuser, travailler pour les cours (alors que j’adorais ça avant) ou même manger.

Désolée de ce dérangement avec mes problèmes surement mineurs à côté d’autres,
Bonne fin de soirée en espérant tout de même avoir des réponses,
Raphaëlle.

Bonjour Raphaëlle!

 

Merci beaucoup de te confier à AlterHéros. Premièrement je tiens à te dire que tes problèmes sont importants et que tu ne nous déranges pas du tout! En fait je suis très content.e que tu nous aies écrit aujourd’hui. On est là pour t’aider. 🙂

 

Si je comprends bien ce qui t’arrives, tu es une fille qui aime les filles. C’est très bien comme ça! J’irais même plus loin et je te dirais que l’amour, l’affection, la complicité et la solidarité entre personnes du même genre sont des choses spéciales et extraordinaires, et ce dans le meilleur sens possible. Toutefois, tu ressens beaucoup de douleur, car ta famille et tes amies ne comprennent pas ou n’acceptent pas ton orientation sexuelle. Cette situation fait en sorte que ton moral est très bas et que tu perds l’intérêt pour tes activités quotidiennes.

 

Ce n’est définitivement pas une situation facile à vivre, et je te crois quand tu dis que les impacts touchent plusieurs sphères de ta vie. J’aimerais aborder quelques points pour te rassurer et te donner des pistes de réflexion.

 

En premier lieu, par rapport à tes amies. Si ça te va, je vais te parler un peu de mon expérience personnelle. J’ai moi-même déjà fait partie d’un groupe d’amis auxquels je tenais beaucoup et à un certain moment ils m’ont laissé tomber. J’étais très triste pendant les premiers temps, mais après y avoir plus réfléchi, j’ai fini par réaliser qu’ils ne m’offraient pas de support, d’écoute ou d’encouragements. Au final, notre relation était plus superficielle et performative que sincère. Ta situation n’est pas exactement la même, mais ce que je veux communiquer par cette anecdote-là est que tu mérites d’avoir des ami.e.s qui te respectent et qui veulent le mieux pour toi. C’est ce qu’on appelle des relations saines et égalitaires. Un bon endroit pour commencer pourrait être les magnifiques personnes qui forment les communautés LGBTQIA+. 🙂

 

Ensuite, tu nous écris que tes grands-parents te demandent depuis 4 ans (!) quand tu vas leur présenter un garçon, et ce malgré que tu leur aies dit que tu avais une petite amie. C’est très lourd comme situation. J’aimerais te dire que si tu continues d’insister, ta famille va finir par comprendre, mais je ne peux pas te le promettre. Quand mon amoureux a rencontré ma famille, iels ont longtemps insisté pour l’appeler “mon ami”, un peu pour éviter de reconnaître l’importance de notre relation. C’est le genre de réalités que vivent beaucoup de personnes qui ont des partenaires du même genre. 

 

Un truc qui pourrait peut-être t’aider serait d’écouter des films et des séries qui mettent en scènes des couples de femmes. Par exemple : Portrait of a lady on fire, I am not okay with this, One day at the time, The L word, The half ot it, etc. Je te recommande particulièrement l’épisode San Junipero de la série Black Mirror!

 

Si tu continues de ne pas bien aller, est-ce que tu crois que tu pourrais parler à tes parents pour voir un.e intervenant.e, comme un.e psychothérapeute? Pour les convaincre tu pourrais nommer les impacts sur l’école, ta santé, ta capacité à ressentir du plaisir ou à prendre soin de toi comme tu l’as fait ici ou encore expliquer que tu as simplement besoin de parler à une personne qui saurait comment t’aider. Sinon, sache qu’il existe d’autres alternatives! Il y a des lignes d’écoute et de clavardage gratuites, des organismes communautaires et des groupes sur les réseaux sociaux qui peuvent apporter un soutien essentiel. Ces ressources sont particulièrement importantes en temps de pandémie alors qu’il est plus difficile de rencontrer des gens et de socialiser. Tu peux lire cette réponse de mon collègue Hadrien qui recense les différentes opportunités de bénévolat au sein de groupes LGBTQ+ en Suisse et les différentes astuces pour rencontrer des thérapeutes et psychologues en Suisse. Note que plusieurs intervenant.e.s travaillent dans des associations LGBTQ+ en Suisse et peuvent t’offrir du soutien entièrement gratuitement.

 

Il est tout à fait normal que tu trouves difficile de penser à l’avenir, à ses responsabilités et à sa future vie professionnelle, amoureuse ou familiale. Ça arrive à beaucoup de gens, mais cela peut être particulièrement complexe lorsqu’on a d’autres problèmes sur les épaules. À l’adolescence, il peut aussi arriver que nos intérêts changent, d’être plus déprimé.e, de ne savoir pas ce que l’on veut réellement dans la vie. Évidemment, ton âge n’est pas la seule raison qui explique comment tu te sens, mais cela peut avoir un impact. Rappelle-toi que tu peux faire des expériences et prendre le temps de réfléchir.

 

Mais surtout, je veux que tu retiennes que tu es une personne incroyable et que tu mérites d’être heureuse et vivre une vie qui correspond pleinement à tes attentes. J’espère sincèrement que les choses vont bientôt commencer à aller mieux pour toi. 

 

N’hésite pas à nous réécrire si tu as d’autres questions, ou même juste pour nous donner de tes nouvelles. 🙂 

 

Bon courage et prends soin de toi,

 

Maxime, stagiaire pour AlterHéros


About Maxime-iel

Impliqué.e dans le milieu communautaire 2SLGBQTIA+ depuis plusieurs années, Maxime a une place spéciale dans son coeur pour les jeunes de la diversité sexuelle et de genre. C'est ce qui l'a poussé à entamer un Baccalauréat en sexologie à l'UQAM. Iel s'engage à améliorer l'inclusion et la célébration des diversités, des trajectoires atypiques et de touste celleux qui ne rentrent pas dans les cases. Plus récemment, iel commence à s'intéresser à la santé mentale, au self-care, à l'abolition du capitalisme et au repos une fois de temps en temps. Fervent.e amateur.e de pluie, ses couleurs préférées sont le gris et les arcs-en-ciel.

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