Mes parents me trouvent trop jeune pour être trans


Bonjour Adam!
Je te remercie de nous faire confiance à nouveau. Tu as 13 ans et ton identité te semble de plus en plus claire. Tu crois de plus en plus que tu est trans et que la transition est pour toi. Je vois que tu te poses pleins de questions, et que tu fais face à de l’incompréhension de la part de ta famille.
Ta première question aborde les soins à apporter après une chirurgie de réassignation sexuelle. Bien sûr, il s’agit d’opérations majeures qui nécéssitent, dans les mois qui suivent, des soins quotidiens de nettoyage afin d’éviter infections et complications qui risqueraient de nécessiter une chirurgie de correction. Chez la femme transsexuelle, il faut procéder à des dilatation vaginales plusieurs fois par jour. Chez l’homme, la phalloplastie nécessite un certain nombre d’exercices afin de favoriser la circulation sanguine, tant au niveau du pénis que du bras où ont été pris les tissus de la greffe. Mais après quelques mois, les soins se font de moins en moins nécessaires. Quant la cicatrisation est complété, les soins d’hygiène deviennent les même que pour n’importe quel homme ou femme. Quant aux exercices, il demeurent souvent nécessaires pour la vie mais peuvent être faits moins fréquement, une fois par semaine par exemple.
Ta deuxième question porte sur la possibilité d’obtenir des hormones avant d’avoir 18 ans. La réponse est loin d’être simple. Les Standards of Care du WPATH, qui sont le document de référence pour le traitement des personnes trans, indiquent que si le diagnotic de transsexualité est bien établi, on peut administrer les hormones dès l’âge de 16 ans. Mais dans la pratique, tout dépend du médecin traitant. Ainsi, certains sont très conservateurs et vont préférer attendre la majorité afin d’éviter des problèmes d’ordre légal. D’autres au contraire vont même aller jusqu’à débuter la prise d’hormone à 15 voire 14 ans. Malheureusement, la France a la réputation d’être du côté plus conservateur sur ces questions. Je peux toutefois te dire que dans bien des cas, même si il faut attendre pour les hormones, il y a possibilité de prendre des bloqueurs de puberté. Ces médicaments empêchent l’apparition des caractéristique sexuelle secondaires, et ont un effet tout à fait réversible si jamais tu changes d’avis. Si jamais tu vois un médecin dans les prochaines années, ce sera une option à discuter avec lui.
Pour l’instant, le mieux, c’est d’entrer en contact avec une association d’aide qui saura te guider vers les bonnes ressources, psychologues et médecins. Un homme trans français à qui j’avais parlé il y a deux ans m’avais parlé en grand bien du MAG Paris (http://www.mag-paris.fr/). Même si tu n’habite pas près de Paris, ils sauront sûrement te référer à une association régionale. Et puis tu sais, ces associations font plus que référer. Elle peuvent te permettre de trouver des jeunes qui vivent une situation semblable à la tienne et avec qui tu pourrais partager ce que tu vis. Mieux encore, ces associations ont souvent des spécialistes qui peuvent intervenir auprès des familles afin de bien expliquer ce qu’est l’identité de genre et le processus de transition. Peut-être que tes parents ont simplement besoin de mieux comprendre cette réalité et d’entendre une autre voix que la tienne.
Je sais à quel point ça doit être frustrant pour toi de les voir se fermer les yeux devant ce qui pour toi est une évidence. Ne te décourage pas, continue de leur en parler très régulièrement même si ça leur casse les pieds. Imprime leur des articles et des témoignages positifs sur la transsexualité. Chose sûre, tu n’as pas à attendre 18 ans pour commencer un processus de transition, car l’âge de consentement médical en France est de 15 ans. Ça veut dire que dans 2 ans, tu pourras commencer à obtenir des services psychologiques et médicaux sans leur consentement, en tout confidentialité. Je sais que c’est difficile pour toi d’attendre, mais d’ici là tu peux faire des grands pas pour découvrir, cerner et affirmer ton identité, par ta façon d’être, par ton apparence, par les activités que tu fais, en demandant à tes amis de te donner un nom ou un surnom qui te plait, etc. Ainsi, quand viendra le temps d’en parler avec le psy, tu aura une idée bien plus claire de qui tu es et de ce que tu veux.
N’hésite pas à nous réécrire si tu as d’autres questions!


About Élyse Vander

Élyse est enseignante au secondaire depuis 2005, ce qui l’a amené à développer sa capacité d’intervention auprès des jeunes. De plus, elle a une expertise dans le domaine de la transsexualité, ayant œuvré dans le milieu dans divers organismes depuis 2007.

Mon implication à AlterHéros me donne confiance que dans les prochaines années, les jeunes pourront de plus en plus assumer et vivre harmonieusement leur homosexualité, bisexualité ou transsexualité, particulièrement à l’école secondaire.

Leave a comment