Je veux vivre en tant que fille tous les jours, que faire?


bonjour, j’ai bientôt 15 ans et je suis complètement affolée que mon corps subisse les effets de la puberté masculine. Je me sens fille depuis très longtemps, j’aime beaucoup porter en cachette (malheureusement trop peu car pas souvent seule) les vetements de ma soeur, me maquiller, m’admirer dans le miroir.. je me vois telle que je suis à l’intérieur! Toutes les nuits en reve je suis une fille, je fais les boutiques avec mes amis, j’attire les regards, je suis heureuse, j’existe! J’aimerais que mon corps devienne complètement féminin, avec des seins, des hanches et reste sans poils, avec ma voix aigue, et que je puisse vivre en fille tous les jours sans me cacher! Aidez moi svp, je ne sais pas comment en parler, à qui ?
Ana
Bonjour Ana,
Merci de ta confiance pour AlterHéros. Je comprends de ta question que tu te sens désarmée face à la puberté. Tu as sûrement déjà entendu le terme “trans” mais c’est le sentiment profond que le genre assigné à la naissance ne correspond pas à son identité de genre ressentie. Les personnes trans ressentent parfois alors une grande une frustration qui devient souvent très souffrante.
Tu dis dans ta question que cela fait longtemps que tu te sens ainsi, que tu portes des vêtements de fille en cachette, que tu t’imagines beaucoup en fille et que tu aimerais pouvoir vivre ainsi au grand jour. Ta façon de me décrire que tu te vois telle que tu es à l’intérieur, que tu peux exister, me touche. Je crois que ce n’est pas ta première réflexion sur le sujet. Mais voilà, par où commencer?
Premièrement, poses-toi vraiment les questions à savoir si actuellement ton sexe physique t’empêche de vivre, qu’il t’apporte de la détresse. Faire une transition de genre n’est pas une mince affaire et il est important de bien cerner ton identité de genre avant de faire toute cette démarche. Je t’inviterais à te référer à d’autres personnes. Par exemple, tu pourrais rencontrer d’autres personnes trans pour partager tes émotions, ton vécu. Ces personnes, si tu décides de faire la transition, seront un bon réseau de support et d’entraide. Contacter une association LGBT près de chez toi pourrait également t’aider, puisqu’ils pourront adéquatement te fournir une liste de ressources vers qui te diriger, sans que tu sois obligée d’avouer tes procédures tout de suite à ton entourage.
Tu peux également poursuivre ta réflexion avec l’aide d’un(e) spécialiste en la matière. Assure-toi que la personne possède les qualifications et l’expérience nécessaire pour travailler avec les personnes transsexuelles. Sinon, tu risques de perdre ton temps et/ou ton argent. En résumé, la personne avec qui tu fais ta thérapie devrait être un(e) psychiatre, psychologue ou sexologue et elle devrait connaître et appliquer les Standards of Care du World Professional Association for Transgender Health (www.wpath.org). Les Standards of Care, c’est un document qui encadre et régit le traitement des personnes transsexuelles. Alors peu importe quel spécialiste tu décide de consulter, tu devrais toujours avoir une copie de ce document et en discuter avec lui avant de commencer la démarche thérapeutique.
Je comprends que tu peux avoir peur, mais avec les bonnes ressources, la transition peut être une période merveilleuse, difficile mais pleine de libération et de redécouverte de soi. Beaucoup de personnes transsexuelles réussissent leur transition avec succès et vivent une belle vie dans leur genre identitaire. Je ne vois pas ce qui pourrait t’empêcher de réussir aussi si c’est la décision que tu choisis de prendre!
Tu peux être très nerveuse de l’annoncer à ton entourage. Si ta conviction d’être une fille est profonde et inchangeable, il n’y a pas d’âge pour commencer une transition de genre. Si tu as le soutien de ta famille, tu pourras commencer ta transition l’esprit en paix. Le moment le plus stressant, c’est les 10-20 premières secondes où il faut dire « je suis trans ». Il y a plusieurs façons d’y arriver. Certaines personnes vont y aller avec une lettre ou un texte écrit, ce qui est une bonne chose à condition d’être présente au moment où la personne lit la lettre. Peu importe la façon dont tu t’y prendras, il est important de rappeler à tes parents que tu les aimes et que tu vas rester leur enfant. Tu dois réaliser à quel point ce sera un choc pour eux et à quel point ils auront peur de te perdre telle qu’ils t’ont connue.
Il serait donc très important de te munir d’une liste de ressources qui pourraient les aider à traverser cette période. Il est fort possible qu’ils se sentent perdus et impuissants et qu’ils ressentent le besoin d’être guidés et de fraterniser avec d’autres personnes qui vivent la même situation qu’eux. Voici une liste des ressources les plus importantes :
– Une association de parents de personnes LGBT dans la région où tu vis.
– Laura’s Playground (www.lauras-playground.com/) . La mère d’une jeune trans a pu trouver d’autres mères avec qui parler sur ce forum de soutien.
– Si tes parents ont une compréhension correcte de l’anglais, je te suggère fortement d’imprimer le guide Families in TRANSition (http://www.ctys.org/about_CTYS/FamiliesInTransition.htm) et de leur donner lorsque tu feras ton coming-out. Ce document est une mine d’or d’informations pour les parents de jeunes trans et couvre toutes les étapes de la démarche (acceptation, aspect médicaux, accompagnement du jeune).
– Le site AlterHéros! Si tes parents ont des questions, il nous fera plaisir d’y répondre!
– Finalement, voici un excellent documentaire sur la réalité des jeunes trans (http://video.telequebec.tv/video/2750) . Cette émission prouve hors de tout doute qu’il est possible de faire une transition équilibrée et heureuse à l’adolesence. Je te suggère de l’écouter avec tes parents. Tu pourrais même l’écouter avec eux avant de faire ton coming-out afin de préparer le terrain!
Dernièrement, pour ton stress relié à la puberté, saches qu’il y a des traitements hormonaux qu’il est possible de commencer dès l’adolescence, pour éviter justement que certaines caractéristiques (comme les poils au visage par exemple) se développent. Par contre, tu dois savoir que cela nécessite un suivi et que tu ne dois pas envisager tout cela à la légère. Il est démontré qu’il y a des risques de conséquences émotionnelles et sociales lorsque les hormones sont prises à l’adolescence, mais même s’il y a des conséquences, il existe également des avantages, puisque tu empêcheras le développement des caractères sexuels secondaires traditionnellement reliés au genre masculin.
Toutes ces étapes sont tellement plus faciles avec du soutien alors pour le moment, pense à trouver une personne de confiance à qui tu pourrais en parler et exprimer et peurs et tes inquiétudes, comme tes désirs et tes joies!
J’espère avoir répondu à ta question et je te souhaite tout le bonheur du monde! N’hésite pas à nous réécrire pour toute autre question,
Valérie

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