Je n’en peux plus, je pense que je suis un homme


Bonjour!

Je te remercie pour la confiance que tu nous accordes. J’espère qu’en faisant le tour des sections du site, tu as pu constater que tu n’es pas la seule personne à ressentir ce que tu ressens. En résumé, tu as un sentiment intérieur très fort d'être un homme. Ton corps et le rôle social de femme qui t'es imposé te dégoûte et te rend honteux. Tu exprimes beaucoup ta masculinité et cela t'apporte regards désapprobateurs et insultes. Tu songes à la transition mais tu t'inquiètes des différentes démarches et tu te poses de nombreuses questions.

Selon ce que tu m’as écrit, il est très possible que tu vis ce qu’on appelle le transsexualisme. C’est le sentiment profond que son identité de genre (homme ou femme) de correspond pas au sexe physique (mâle ou femelle). Les personnes transsexuelles ressentent une frustration comme celle que tu décris, et cette frustration empêche de vivre sa vie à 100%. Pour la très grande majorité des personnes transsexuelles, la seule solution est de faire la transition de genre, c’est à dire de changer son corps et son rôle social afin qu’il corresponde à son identité intérieure. Ce qui, dans ton cas, pourrait être une transition de genre afin de devenir un garçon.

Tu te décris comme anormal dans ta lettre. Que trouves-tu anormal? De te sentir comme étant un homme? Pourtant, la moitié des êtres humains se sentent ainsi! Non, ce qu'il y a d'anormal, c'est qu'un homme ait à vivre dans un corps et un rôle social de femme. C'est pourquoi ce sont ces deux choses qui changent durant une transition. Ce que je veux dire, c'est que peu importe si tu es trans ou non, tes sentiments ne sont pas anormaux, le problème n'est pas dans ta tête. Il est dans le rôle social que tu dois vivre ainsi que dans la perception que les gens en général ont des personnes de la diversité sexuelle. Les regards et insultes que tu subis présentement sont dues à de l'incompréhension des gens de ta réalité, et malheureusement ils continueront peut-être. Mais en te fortifiant dans ton identité, tout cela t'affectera beaucoup moins.

Évidemment, il n’est pas en mon pouvoir de te dire si tu es vraiment trans et si la transition est la bonne voie pour toi. Pour t’aider à voir tout cela au clair, je te conseille fortement d’en parler avec un(e) psychologue, sexologue ou intervenant(e) communautaire spécialisé en questions de genre. Assure-toi de bien choisir les personnes avec qui tu travailleras, afin d’avoir un cheminement le plus facilité possible.

Tu as peur de l'opération, car elle n'est pas encore au point. C'est effectivement et malheureusement le cas, car la phalloplastie laisse de sévères cicatrices en plus de ne pas toujours donner un résultat satisfaisant points de vue esthétique et sensibilité. D'un autre côté, cette opération s'améliore d'année en année et elle a amélioré la vie de milliers d'hommes trans. C'est une décision que tu auras à prendre éventuellement, mais pour le moment tu es loin d'en être là. La transition sans opération est possible, une grande partie des hommes trans choisissent cette option et vivent très heureux ainsi. Ce n'est pas les organes génitaux qui font que tu es un homme ou pas. La testostérone provoque des très grands changements physiques (poils, voix, ossature et musculature) qui permettent à la plupart de hommes trans de mieux se sentir dans leur peau et de bien s'intégrer dans la société, dans leur rôle masculin.

Pour ce qui est de l'aspect « thérapie » de la transition, voici comment ça marche. Selon les Standards of Care de Harry Benjamin (le protocole standard mondial de traitement des personnes trans), tu dois obtenir une lettre de référence d'un psychologue, psychiatre ou sexologue afin de commencer la thérapie hormonale. Or, ce document ne spécifie qu'une durée de 3 mois de thérapie, et nulle part il est écrit qu'il faut que le thérapeute fasse partie de l'école psychanalytique. La psychanalyse n'est qu'une partie de l'ensemble des types de thérapies en psychologie. Tu peux donc choisir le type de thérapie qui te convient le mieux. Le but de l'évaluation psychologique est d'établir si tu es bel et bien transsexuel et si tu as d'autres problèmes de santé mentale. Ça ne prend pas 2 ans! Malheureusement, le système public français, moulé dans la vieille école, est probablement la pire option à choisir. Encore une fois, je te conseille de contacter un organisme communautaire qui te donnera les meilleurs thérapeutes dans ta région.

Il serait également très important pour toi de prendre contact avec une association qui te permettra de rencontrer d'autres personnes qui vivent ce que tu vis. Le secret d’une transition heureuse c’est de côtoyer d’autres hommes trans afin d’en apprendre sur le vécu et de pouvoir partager le tien, dans les bons moments autant que dans les moments difficiles. Je te suggère de contacter Le MAG (www.mag-paris.fr), une association dont l’objectif est d’aider les jeunes gais, bi, lesbiennes et trans à sortir de leur isolement et à partager leur vécu. Si tu habites près de Paris, je crois qu’il s’agit là de la meilleure ressource. Même si tu n’habites pas à Paris, je t’invite à les contacter afin qu’ils puissent te rediriger vers une association régionale.

Je te suggère également le livre « Mauvais Genre » de l’auteur et photographe Axel Léotard. À mi-chemin entre la fiction et l’autobiographie, ce roman raconte le processus de transition d’un homme transsexuel en France. L’auteur, que j’ai eu l’occasion de rencontrer, est impliqué depuis de nombreuses années dans les milieux trans… je n’ai aucun doute que son livre pourrait te venir en aide.

Bonne chance dans tes prochaines démarches. N’hésite pas à nous réécrire si tu as d’autres questions sur la transition.

Élyse


About Élyse Vander

Élyse est enseignante au secondaire depuis 2005, ce qui l’a amené à développer sa capacité d’intervention auprès des jeunes. De plus, elle a une expertise dans le domaine de la transsexualité, ayant œuvré dans le milieu dans divers organismes depuis 2007.

Mon implication à AlterHéros me donne confiance que dans les prochaines années, les jeunes pourront de plus en plus assumer et vivre harmonieusement leur homosexualité, bisexualité ou transsexualité, particulièrement à l’école secondaire.

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