Est-il immoral ou anti-féministe de chercher à rémunérer une femme pour qu’elle soit intime avec moi ?


Bonsoir,
Je vous partage une question très gênante… J’espère que ça n’attirera pas d’ennuis. Je ne sais pas vraiment vers qui me tourner pour cette discussion.
Alors… voilà… Je suis une femme dans la trentaine. Je me suis toujours considérée comme une hétéro très timide, avec des expériences sporadiques et plutôt tièdes pour être tout à fait honnête. Après un long processus, je me dis qu’en fait peut-être que je serais mieux assortie avec une femme. Il m’arrive de plus en plus de regarder des femmes au quotidien et tout d’un coup un détail banal m’apparaisse délicieusement sensuel et réveille chez moi des sensations – et des sentiments – dont je ne me croyais pas capable…
Je suis aussi très très timide sexuellement parlant. J’ai osé tenter des rapprochements avec des femmes de mon entourage, hélas leur réaction a été mortifiante pour moi. Je songe de plus en plus à tenter l’expérience avec une travailleuse professionnelle mais je ressens beaucoup de culpabilité qui s’ajoute aux espoirs et aux fantasmes.
Je me demande s’il s’agirait d’un acte fondamentalement immoral ou anti-féministe de chercher à rémunérer une femme pour qu’elle soit intime avec moi.
Je me demande si ce serait illégal.
Je me demande si je mettrais ma santé ainsi que mon intégrité physique et émotionnelle à risque.
Je me demande comment faire pour éventuellement la mettre à l’aise alors que je suis moi-même extrêmement timide.
Je me demande comment faire pour qu’elle se sente respectée même si on introduit une dimension financière ou hiérarchique dans notre interaction.
Je me demande comment agir pour ne pas être condescendante ou impolie.
Je me demande comment être certaine que l’interaction corresponde à son orientation sexuelle et à ses envies – plutôt qu’à un extrême besoin d’argent ou à une situation précaire par exemple.
Je me demande comment trouver une personne et un endroit sécuritaire.
Je me demande comment faire pour que le plus d’argent lui revienne et qu’elle ne soit pas saisie par un proxénète ou un caïd.
Je me demande ce qui est acceptable à dire ou pas.
Je me demande si ce serait acceptable de passer une première rencontre à simplement discuter (évidemment je paierais pour le temps passé) des paramètres de la rencontre.
Je me demande si ce serait acceptable de demander à la travailleuse des rapprochements intimes d’abord d’ordre sensuels plutôt que sexuels – je ne sais pas si c’est utopique ou insultant.
Je me demande surtout si c’est absolument monstrueux et trahir les femmes et la dignité humaine…
Bref, je me doute que ma question vous laissera probablement assez démunis, je m’excuse et comprendrais si vous n’aviez rien à me répondre. Je ne connais aucun endroit bienveillant permettant de tenir ce genre de discussion… Simplement vous écrire, c’était soulageant déjà.
Merci
J.

Bonjour J!
Tout d’abord, merci de contacter Parles-en aux experts! pour ta question. Le sujet semble te rendre mal à l’aise et cela a dû te prendre beaucoup de courage pour nous écrire. Tu te questionnes premièrement sur ton orientation sexuelle et tu aimerais essayer d’avoir des rapprochement intimes avec une autre femme, sans succès. Tu as pensé que de faire appel aux services d’une travailleuse du sexe serait une bonne option pour tes besoins mais tu crains les répercussions sur ta santé, au niveau légal et sur la travailleuse du sexe en tant que telle. Tu nous demandes de te conseiller si tu devrais oui ou non faire le pas et quelles seraient les meilleures pratiques.
Sache qu’il existe différents courants de féminismes. En particulier deux courants : le féminisme radical et le féminisme libéral (dit pro-sexe). Pour l’un des courants, le travail du sexe est inhéremment une oppression des femmes alors que le deuxième respecte le choix de métier des femmes et souhaite leur donner le pouvoir politique nécessaire pour faire entendre leurs besoins. Chez AlterHéros, nous sommes plutôt dans le deuxième courant d’intervention. Dans les médias, l’image de la travailleuse du sexe est souvent négative et victimisante. Dans la réalité, il y a des travailleuses du sexe qui aiment leur métier, des travailleuses qui le font seulement pour survivre et certaines qui sont en situation d’oppression. En fait, il y a d’innombrables situations et les femmes qui décident de faire ce métier le font chacune pour leurs propres raisons. Faire appel à une travailleuse du sexe n’est pas anti-féministe si tu considère que ces femmes sont tes égales et qu’elles font un métier. Même qu’on pourrait dire que pour plusieurs travailleuses du sexe, ce métier est empowering et leur offre une indépendance financière et de l’État. Je t’encourage à visiter les médias sociaux de Stella qui est un organisme par et pour les travailleuses du sexe à Montréal qui luttent pour la décriminalisation du travail du sexe et qui partagent le point de vu de travailleuses du sexe de différents parcours. Tu peux aussi lire ces infos du projet L.U.N.E de Québec. C’est important de voir les deux côtés de la médaille car les médias ont tendance à donner tribune seulement aux femmes qui répondent à la trame narrative qu’ils veulent perpétuer : celle de la victime.
En parlant de décriminalisation, c’est effectivement illégal de rencontrer une ou un travailleur du sexe. En ce qui concerne la travailleuse du sexe en tant que tel, elle est dans un flou juridique où elle ne peut pas être arrêtée pour avoir exécuter le travail mais peut être arrêtée pour avoir solliciter des clients. En général, les personnes qui sont arrêtées sont souvent celles qui opèrent dans la rue et non les travailleuses du sexe dites de ‘’luxe’’. Il existe effectivement plusieurs types de travailleuses du sexe ainsi que différentes gammes de prix. Il y a des travailleuses du sexe indépendantes et des travailleuses du sexe en agence. Si tu veux discuter avec la travailleuse avant de prendre un rendez-vous pour lui expliquer tes insécurités et tes besoins, tu pourrais opter pour une travailleuse indépendante. AlterHéros ne fait pas de publicité pour des services sexuels, mais tu peux les trouver facilement sur le net. Concernant le respect, tu n’as qu’à appliquer le même respect que tu offres à d’autres travailleurs.euses autour de toi. Et oui, c’est valide de vouloir discuter seulement, c’est correct d’être timide et c’est valide aussi de demander seulement des échanges plutôt sensuels que sexuels !
Troisièmement, tu te questionnes sur les impacts que pourraient avoir cette rencontre sur ta santé. Comme dans toutes relations sexuelles, il y a des risques de transmission d’ITSS. Entre femmes cis, les risques sont diminués mais restent tout de même présents. Si tu veux limiter les risques de transmission, tu peux utiliser une digue dentaire (feuille de latex ou de polyuréthane) pour le sexe oral et bien vous laver les mains avant la masturbation. Il est possible d’utiliser des gants et il est important de vérifier qu’il n’y a pas de contamination croisée (l’une touche ses parties génitales puis touche celles de l’autre avec les mêmes doigts sans s’être lavé les mains). Il est aussi préférable de ne pas se brosser les dents avant le rapport sexuel s’il y a contact avec la bouche, pour éviter les micro-lésions. Les habitudes de sécuri-sexe ne sont pas différentes avec une travailleuse du sexe et tu n’as pas plus de risques de contracter une ITSS qu’avec une autre personne. En fait, plusieurs études s’entendent pour dire que les travailleuses du sexe dites de luxe sont souvent plus au courant des risques liés à leur santé sexuelle et se font dépister plus souvent que la moyenne.
Pour finir, le choix t’appartient. Ce n’est pas mal de voir une travailleuse du sexe mais tu devrais être discrète pour éviter des ennuis avec la loi. La loi a déjà permis l’esclavage et interdit aux femmes de voter, donc ce n’est pas la loi qui devrait te montrer si quelque chose est moral ou non, mais plutôt si la chose cause préjudice à autrui. Dans cette situation, si tu fais bien tes recherches, tu devrais trouver une personne qui correspond à tes besoins et qui sera contente de t’aider dans ton exploration.
Si tu as d’autres questions, n’hésite pas à revenir nous voir!
Bonne chance!
Amélie Bouchard


About Amélie Bouchard

Bachelière en Sexologie à l'UQAM. Passionnée de la sexualité alternative et des modèles amoureux modernes. Intervenante chez AlterHéros depuis 2017.


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