Est-ce que je m’interdis de l’aimer ?


Bonjour Prisca,

Je te remercie de la confiance que tu nous portes. La réflexion que tu as présentement présentement est probablement bien difficile car tu es tiraillée entre le couple que tu forme actuellement avec ton copain et les pensées que tu as pour ton amie. À travers toute cette réflexion, le questionnement sur ton orientation doit occuper une grande place. Bien sûr, il est impossible pour moi de te dire si tu es lesbienne, bisexuelle ou bien hétéro. C’est à toi de parvenir à cette conclusion, avec de l’aide si tu en ressens le besoin (psychologue, sexologue, organisme LGBT, groupe de discussion). Toutefois, je peux tenter de faire sortir quelques questionnements de ta lettre qui pourraient aider ta réflexion.

La réaction de ton amie, qui s’est éloignée de toi lorsqu’elle a réalisé qu’une relation était impossible, est très compréhensible. À plusieurs reprise il y a eu rapprochement suivi d’un défilement. De te côtoyer régulièrement sans pouvoir accéder à l’intimité était probablement très difficile pour elle, et l’ambiguïté de tes réactions a dû empirer les choses. Toutefois, tu ne devrais pas te sentir coupable pour la façon dont tu as agi à travers cette situation. La culpabilité ne t’aidera en rien. En fait, ta réaction à l’époque était simplement due au fait que tu n’étais pas encore prête à vivre une relation comme ça. De te précipiter dans une relation sans te sentir complètement prête aurait pu avoir des conséquences bien plus graves dans ta vie. Mais depuis un an, tu as probablement réfléchi et peut-être commence-tu tranquillement à te sentir prête.

Tu me dis que ton amie hante tes pensées. Quel genre de pensées as-tu à son propos? Il est possible que ce soit seulement des regrets par rapport à la façon dont votre relation s’est terminée. De nombreuses personnes vivent avec une situation semblable, mais le ton de ta lettre laisse croire que le regret est mêlé à d’autres émotions encore plus fortes. T’arrive-t-il de t’imaginer en couple avec elle? T’imagine-tu en train de la tenir dans tes bras, de la caresser? As-tu des fantasme sexuels l’impliquant? Si c’est le cas, alors il est fort probable que tu es amoureuse de cette femme.

Tu semble également dire que vous n’as pas vraiment envie de ton conjoint sexuellement. Tu dis que ça « passe » une fois l’acte commencé mais une vie sexuelle et amoureuse saine se doit d’être plus que « passer ». As-tu eu des relations avec d’autres hommes? Si tes autres relations avec les hommes ressemblaient à celle-ci, c’est un autre indice que tu es peut-être lesbienne. Si en plus cette relation avec ton copain t’apporte honte et culpabilité, il serait peut-être temps de songer très sérieusement à son avenir. De cacher ce que tu ressens à ton copain est un manque de franchise autant envers toi qu’envers lui.

Peu importe le degré d’attachement que tu as envers ton amie, la première démarche à faire serait probablement de reprendre, graduellement, le contact avec elle. Parce que tant que tu ne le feras pas, ton sentiment de culpabilité par rapport à votre séparation t’empêchera d’y voir clair dans ton orientation sexuelle. Bien sûr, il y a une grande peur qu’elle te rejette. C’est une possibilité, mais je crois que si tu prends la décision de lui parler avec 100% d’honnêteté, de lui dire sans retenue ce que tu ressens pour elle, alors elle écoutera. Bien sûr, ça pourrait être un moment déchirant, mais ça pourrait être le début d’une renaissance. Car quand la culpabilité cessera de brouiller tes pensées, tu pourra voir clairement si tu as une attirance sexuelle pour elle. Et si tu en viens un jour à développer une relation avec elle ou avec une autre femme, sache qu’il n’y a rien qui devrait te faire peur ou te gêner là dedans, comme en font foi les millions de lesbienne dans le monde qui vivent une relation de couple stable, heureuse et épanouissante.

Bonne suite dans tes réflexions. N’hésite pas à nous réécrire si tu en ressens le besoin.

Élyse


About Élyse Vander

Élyse est enseignante au secondaire depuis 2005, ce qui l’a amené à développer sa capacité d’intervention auprès des jeunes. De plus, elle a une expertise dans le domaine de la transsexualité, ayant œuvré dans le milieu dans divers organismes depuis 2007.

Mon implication à AlterHéros me donne confiance que dans les prochaines années, les jeunes pourront de plus en plus assumer et vivre harmonieusement leur homosexualité, bisexualité ou transsexualité, particulièrement à l’école secondaire.

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