Comment interpréter un Œdipe inversé chez le garçon?


Comment interpréter , un oedipe inversé chez le garcon ?

Remi64

Bonjour,

 

Merci de nous contacter à ce sujet. Juste pour m’assurer de te répondre adéquatement, vous faites référence au concept freudien du complexe d’Œdipe, soit d’un désir pulsionnel chez certains enfants de tuer un parent et de marier l’autre. Plus spécifiquement, tu mentionnes un complexe d’Œdipe inversé chez le garçon?

 

Selon Freud (1899), le complexe d’Œdipe est phénomène qui se produirait entre 3 et 5 ans, durant la phase dite phallique associée à un intérêt pour les organes génitaux et une peur intense de perdre son pénis ou de ne pas en avoir et une ambivalence face aux rôles parentaux. C’est à ce moment que le garçon commence à voir son père comme un rival à éliminer pour gagner l’affection de sa mère. Dans la version “inversée”, aussi nommée “négative”, le garçon s’identifie à sa mère et cherche l’attention de son père. Freud trace un lien entre ce soi-disant phénomène et le développement de l’orientation sexuelle.

 

Cette théorie psychodéveloppementale hautement problématique et datant de plus d’un siècle fut critiquée pour de très nombreuses raisons.

  • Elle est extrêmement phallocentrique : elle ramène presque tous les processus psychosociaux à l’enfance et leurs explications au pénis. 
  • Elle est empreinte de misogynie : les filles et les femmes sont réduites à un désir inconscient de pénis et à un rôle passif de soumission.
  • Elle normalise des violences sexuelles : l’inceste et la pédophilie sont incorrectement utilisées comme des métaphores en lien avec le développement.
  • Elle est profondément pathologisante : elle associe l’homosexualité masculine à un échec de masculinité, à un symptôme non résolu ou encore à de l’immaturité.
  • Elle ne considère que la famille nucléaire : les réalités des familles monoparentales, homoparentales, adoptives et/ou recomposées ne sont pas prises en compte.
  • Elle propose une vision essentialiste et binaire du genre : les expériences des personnes trans, non-binaires et intersexes ne sont pas du tout incorporées.

 

Un des aspects les plus importants à ne pas oublier lorsqu’on parle de Freud, et tout particulièrement du complexe d’Œdipe, est que ces théories ne reposent sur aucune données empiriques. En effet, Freud a arbitrairement inventé des concepts à partir de sa propre réflexion et les a universalisés à l’ensemble de la population sans jamais ne les avoir véritablement vérifiés ni testés.

 

Dans ce même ordre d’idées, voici un pertinent extrait d’une réponse de ma collègue :

Freud est un homme très ancien avec des croyances très anciennes qui sont pour la majorité abandonnées dans la psychologie actuelle. D’ailleurs, Freud a même été accusé de fraude scientifique pour avoir inventé de toute pièce la rencontre ou le traitement de certains patients. De plus, aucune preuve scientifique légitime ne lie l’homosexualité à une relation fusionnelle ou conflictuelle mère-fils, ni aux expériences de violences sexuelles, ni d’avoir vu un pénis adulte. Je te suggère de ne pas te culpabiliser à travers des théories analytiques, car ça n’en vaut pas la peine.

 

Il existe de bien meilleurs modèles théoriques pour comprendre la pensée et le comportement humain, particulièrement en termes de psychologie du développement psychosexuel. Si c’est un domaine qui t’intéresse, tu peux regarder les approches biosociales, cognitivo-comportementales, de l’apprentissage social, du behaviorisme, interactionnelles, multidimensionnelles, etc.

 

Donc pour revenir à ta question, comment interpréter un complexe d’Œdipe inversé, je pense qu’en fonction des critiques associées à ce concept, il m’est tout simplement impossible de le faire. 😉

 

J’espère que ça répond au moins partiellement à ce que tu cherchais. Tu peux en tout temps nous écrire pour plus de détails ou à propos d’un autre sujet.

 

Cordialement,

 

Maxime, intervenant.e pour AlterHéros

Iel/they/them, accords neutres


About Maxime-iel

Impliqué.e dans le milieu communautaire 2SLGBQTIA+ depuis plusieurs années, Maxime a une place spéciale dans son coeur pour les jeunes de la diversité sexuelle et de genre. C'est ce qui l'a poussé à entamer un Baccalauréat en sexologie à l'UQAM. Iel s'engage à améliorer l'inclusion et la célébration des diversités, des trajectoires atypiques et de touste celleux qui ne rentrent pas dans les cases. Plus récemment, iel commence à s'intéresser à la santé mentale, au self-care, à l'abolition du capitalisme et au repos une fois de temps en temps. Fervent.e amateur.e de pluie, ses couleurs préférées sont le gris et les arcs-en-ciel.

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