Comment faire comprendre à mes parents que je suis un garçon?


Bonjour,
voilà, je n’irais pas par 4 chemins, je dirais donc mon problème maintenant: Je suis une fille mais je voudrais être un garçon. Pourtant, cela choque mes parents car je suis pourtant assez féminin: je me maquille. Mais au fond de moi je sais, je le sens que j’en ai besoin.
J’ai déjà tenter de me suicider de nombreuses fois car je ne sais plus comment faire. J’aime les hommes, alors je crois que quand je serais un garçon, je serais gay.
Mais il faut m’aider, mes parents et surtout ma mère, je suis sur qu’ils ne comprennent pas que je serais prêt à tout pour le devenir.
Mais j’ai aussi besoin de réponses: à quel âge commencer le traitement de testostérone; pour me faire enlever les seins; me faire poser un sexe d’homme.
Mais pour sa, j’ai besoin que l’on me comprenne et surtout que mes parents le comprennent.
Aidez-moi, je vous en supplie.
William

Bonjour!
Je te remercie pour la confiance que tu nous accordes. J’espère qu’en faisant le tour des sections du site, tu as pu constater que tu n’es pas la seule personne à se sentir comme toi. Selon ce que tu m’as écrit, tu sembles avoir une identité masculine qui existe en toi depuis une longue période de temps et tu as des projets de faire une transition pour vivre à temps plein dans le genre masculin. C’est sans hésitation que tu parles de toi au masculin. Tu penses que la transition de genre (le changement de sexe) est la solution à ce que tu vis, mais tu as de nombreuses questions, en particulier comment faire comprendre à tes parents qui tu es.
La transsexualité masculine, c’est quand une personne qui est née femme a une identité intérieure masculine. Cette discordance a des conséquences dans toutes les facettes de la vie de la personne: psychologique, sociale, scolaire, amoureuse, etc. La transsexualité cause un mal-être constant et la seule façon de faire disparaître ce mal-être, c’est la transition, c’est à dire un changement physique, social et légal vers le sexe masculin.
Tu dis aimer te maquiller, et puis? Si on laissait le choix aux garçons de le faire, peut-être que plusieurs d’entre eux découvriraient qu’ils aiment ça. Et puis le Capitaine Jack Sparrow des films “Pirates des Caraibes” se maquille les yeux, ça ne l’empêche pas d’être un modèle de masculinité! Même chose avec ton orientation sexuelle. Tu est attiré par les garçon, et puis? N’y a-t-il pas des centaines de milliers d’hommes qui ont également cette attirance? Cela fait-il d’eux des femmes? Le problème, c’est que plusieurs gens mêlent l’identité sexuelle, ce qu’on est intérieurement, avec les comportements extérieurs stéréotypés qu’on associe aux hommes et aux femmes. Ces stéréotypes sont très profondéments ancrés dans la société. Quand les gens sont projetés en dehors de ces normes, ça les rend inconfortables et ils réagissent fortement. De là l’importance d’être patient et d’éduquer les gens autour de toi. Même si c’est difficile. Même si tu préfèrerais parfois t’enfermer et ne plus parler aux gens
Tu te demandes à quel âge on peut commencer les traitement médicaux de la transition. La réponse est loin d’être simple. Les Standards of Care du WPATH, qui sont le document de référence pour le traitement des personnes trans, indiquent que si le diagnotic de transsexualité est bien établi, on peut administrer les hormones dès l’âge de 16 ans. Mais dans la pratique, tout dépend du médecin traitant.  Malheureusement, la France a la réputation d’être du côté plus conservateur sur ces questions. Je peux toutefois te dire que dans bien des cas, même s’il faut attendre pour les hormones, il y a possibilité de prendre des bloqueurs de puberté. Ils ont un effet tout à fait réversible si jamais tu changes d’avis. Pour obtenir ces médicaments, il faut  obtenir une lettre d’évaluation d’un psychologue, d’un psychiatre ou d’un sexologue. En France, le consentement légal est à 15 ans. À cet âge, il sera possible pour toi de voir un médecin sans que tes parents le sachent. Un médecin pourrait t’informer sur les aspects de santé de la transition et te référer à des spécialistes. Mais, même lorsque ça sera fait, il est presque assuré que tu devras avoir le consentement de tes parents pour débuter tout traitement.
Par contre, rien ne t’empêche d’entrer dès maintenant en contact avec un psychologue à travers les ressources de ton école. Leur aide pourrait t’être très utile, afin de t’aider à commencer ton cheminement, afin de t’affirmer et de débuter un dialogue avec tes parents. Une autre option pour toi est d’entrer en contact avec une association d’aide qui saura te guider vers les bonnes ressources. Un homme trans français, à qui j’avais parlé il y a quelques années, m’avait parlé en grand bien du MAG Paris (http://www.mag-paris.fr/). Même si tu n’habites pas près de Paris, ils sauront sûrement te référer à une association régionale. Et puis tu sais, ces associations font plus que référer. Elle peuvent te permettre de trouver des jeunes qui vivent une situation semblable à la tienne et avec qui tu pourrais partager ce que tu vis. Mieux encore, ces associations ont souvent des spécialistes qui peuvent intervenir auprès des familles afin de bien expliquer ce qu’est l’identité de genre et le processus de transition. Peut-être que tes parents ont simplement besoin de mieux comprendre cette réalité et d’entendre une autre voix que la tienne. Finalement, si tu as le goût de discuter en ligne avec des gens vivant la même situation que toi, tu peux t’inscrire sur notre forum Trans power et ouvrir une conversation à ce sujet.
Tu sais, en attendant l’âge légal, c’est vraiment au niveau de ton affirmation auprès d’eux que tu peux travailler. Je sais à quel point ça doit être frustrant pour toi de voir tes parents se fermer les yeux devant ce qui pour toi est une évidence. Tes parents croient peut-être  que ça va passer, mais c’est pour eux une façon d’éviter de faire face à la réalité.  Tu sais, il ne faut pas baisser les bras. Il est important de parler de ton identité de genre tous les jours à tes parents, même si ça leur casse les pieds. Ainsi, tu leur montreras le sérieux de ton cheminement, et ils verront à quel point la situation est souffrante pour toi et peut-être décideront de t’aider à avoir le soutien dont tu as besoin!
Mais en même temps, tu dois faire preuve d’une grande patience et d’un grand cœur avec eux, car tu dois te rappeler qu’ils vivent quelque chose de difficile  aussi. C’est ta responsabilité de leur expliquer avec fermeté, mais douceur et compréhension également, ce que tu ressens. Imprime-leur des articles et des témoignages positifs sur la transsexualité. Laisse les sur la table de la cuisine. Si tes parents ont une compréhension correcte de l’anglais, je te suggère fortement d’imprimer le guide Families in TRANSition (http://www.ctys.org/sites/default/files/familiesintransition-a_resource_guide_for_parents-080608.pdf) et de leur donner. Ce document est une mine d’or d’informations pour les parents de jeunes trans et couvre toutes les étapes de la démarche (acceptation, aspect médicaux, accompagnement du jeune).
Et puis, il y a plein de choses que tu peux faire avant même de prendre des médicaments, pour affirmer ton identité. Procures-toi des vêtements qui te plaisent (auprès d’un ami peut-être), fais toi couper les cheveux de façon plus masculine, utilise en parlant de toi un nom ou surnom qui te plait, etc. Ça, tes parents ne peuvent pas t’en empêcher! Ne perds pas courage, la plupart des parents de personnes LGBT finissent par accepter la différence de leur enfant, surtout quand ils sont accompagnés de manière douce, aimante, mais ferme, par celui-ci.
Et tu sais, même si tu dois faire preuve de patience et même si ta situation actuelle te semble insoutenable, ta vie doit continuer! Continue de t’impliquer dans les activités, hobbies, sports et loisirs qui te font vibrer. Travaille fort à l’école. Entoure toi d’amis qui comprennent et supportent ton cheminement, à qui tu pourras te confier. Et si les idées suicidaires reviennent, prend refuge auprès d’eux ou d’une personne avec qui tu as un lien positif. Parles-en. Tu sais, moi, j’ai fait ma transition à 24 ans. Mais avant ça, même si pas une journée ne se passait sans que je ne me sente mal par rapport à qui j’étais, j’ai quand même obtenu un diplôme universitaire et une ceinture noire de karaté. J’ai lu des tas de livres, écrit des chroniques sur un site web portant sur la musique, j’ai fait du théâtre, etc. Alors quand est venu pour moi le temps de faire ma transition, j’avais une telle connaissance de moi même, de mes forces, intérêt et talents, que la transition s’est fait rapidement et sans heurts.
Alors n’oublie pas, chaque jour que tu refuseras de baisser les bras, tu feras un pas de plus vers la vie dont tu rêves!
Élyse


About Élyse Vander

Élyse est enseignante au secondaire depuis 2005, ce qui l’a amené à développer sa capacité d’intervention auprès des jeunes. De plus, elle a une expertise dans le domaine de la transsexualité, ayant œuvré dans le milieu dans divers organismes depuis 2007.

Mon implication à AlterHéros me donne confiance que dans les prochaines années, les jeunes pourront de plus en plus assumer et vivre harmonieusement leur homosexualité, bisexualité ou transsexualité, particulièrement à l’école secondaire.