Ça fait longtemps que je sais que je ne m’identifie pas à un genre particulier, mais j’ai peur d’être imposteur…


Ça fait longtemps que je sais que je ne m’identifie pas à un genre particulier.
Quand j’étais plus jeune, j’étais en processus d’exploration de cette réalité. J’etudiais dans un domaine lié aux arts et je penses que la culture du milieu y jouait pour beaucoup. Je jouais avec les deux extrémités du spectre et je prenais du plaisir a brouiller la piste de mon genre. Je racontais avec joie a mes ami.e.s comment une personne m’avait confondu pour le “sexe” opposé. Mais “non-binaire”, ça ne faisait pas partie de mon vocabulaire. J’exprimais plutôt ma position comme une absence d’appartenance mais un plaisir a jouer un rôle. C’est un peu encore comme ça que je le vois.
En commençant l’université jai essentiellement rangé tout ça de côté. J’avais encore ma façon particulière de me présenter mais j’avais, a mon sens, fait “la paix avec mon genre”. Je penses que je me suis convaincu qu’être une “femme” ne vient avec aucune exigence quant à ma façon d’être. J’ai aussi passé d’un milieu ou presque tout le monde me considérait gay (j’étais en relation avec une fille a l’époque), à un milieu où j’étais considérée hétéro (en relation avec un homme a ce moment). En réalité je n’étais ni l’un ni l’autre, mais la “conformité” était plus confortable. D’ailleurs, en couple, je n’utilise jamais le terme asexuel, même si j’explique a mes partenaires que je n’ai pas de satisfaction sexuel et que j’accepte de pratiquer l’acte pour leur satisfaction a eux. Je penses que si ça n’était pas si compliqué a trouver, j’aurais un.e partenaire également ace. Je ne fais plus de coming out “gay” ou “bi” ou quoi que ce soit aux gens que je rencontre, y compris mon copain de maintenant 4 ans. Je n’ai jamais fait de coming out a mes parents, même quand j’étais en relation avec une fille.
Je n’aime pas étiquetter ces facettes de moi. Dans un monde idéal, je n’aurais même pas à y penser. Mon appartenance de genre, mon attirance sexuelle, pour moi ce sont des absences et non des identités. Me dire “ace” revient pour moi a me définir dans un cadre “sexuel” et ça ne me reviens pas. Je penses aussi qu’il y a une forme de vulnérabilité a m’identifier publiquement qui me fait peur.
Depuis quelques mois par contre, et je penses que c’est parce que je vis plusieurs changements importants (carrière / vie amoureuse / famille) en même temps que plusieurs personnes autour de moi font des coming out et / ou entament des transitions, la question de mon genre ne me laisse pas tranquille. J’ai l’impression d’être sur le bord d’un coming out, et ça me terrifie autant que ça m’excite.
Comment je fais pour gérer ces émotions? Il y a un sentiment profond de non retour si je verbalise ces choses, et des jours je suis convaincu que je me fais des idées, alors que d’autres j’ai envie de foncer la dedans et de le faire de façon très publique. En même temps, je regarde mes amis transitionner, autant je trouve ça beau, autant je ne me vois pas la dedans.
Je me sens presque comme un imposteur et j’ai peur d’envahir un espace qui ne mappartien pas. D’un côté j’ai des convictions profondes sur ma personne, de l’autre j’écoute les témoignages des autres et je ne m’y reconnais pas. Alors je doute. Je doute tout le temps. J’ai le sentiment d’être pris entre deux mondes, et aucun des deux n’est réconfortant. Je ne sais pas ce que ça fait de moi.
Quand je penses a des choses comme la possibilité d’altérer mon apparence par rapport a celle que j’ai actuellement, je me rend compte que j’aime mes seins, qui se cachent bien quand nécessaire, j’aime mon visage, juste assez androgyne. J’aime que ma coupe de cheveux me fait avoir “l’air d’un garçon” et que les gens sont toujours ébahis de me voir dans une robe. Je me rend compte aussi que j’aimerais ne pas avoir de hanches, ne pas avoir de fesses. J’aimerais pouvoir marcher dans la section pour homme sans crainte et sans honte et y acheter des vêtements aussi flatteurs que les vêtements dans la section pour femme. J’aimerais qu’on ne m’appelle jamais madame, mais je ne serait pas heureuse qu’on m’appelle monsieur.
Puis-je explorer ces choses sans m’engager pleinement dans un “coming-out trans / non-binaire? Est ce que ça relève même du trans / non-binaire? Comment savoir si le risque professionnel / amoureux / familial en vaut la peine si je ne suis pas certaine de ma position? Il y a des risques a revenir en arrière après avoir pris un pas publique en avant. Comment savoir que je ne suis pas un imposteur?

M.

Hello!

 

Merci beaucoup de nous écrire, en tant qu’artiste ayant longtemps questionné son genre et la façon de le présenter, ta question m’interpelle. Je ne prétend pas avoir toutes les réponses ou de solutions parfaites,  je cherche encore moi-même un équilibre confortable entre vulnérabilité publique et sécurité silencieuse, mais peut-être que mon point de vue t’aidera un peu dans tes réflexions.

 

Si je comprends bien, tu hésites à te décrire comme trans ou non-binaire même si les coming-out et transitions de gens dans ton entourage te font de poser des questions. À travers les années, tu as joué avec les concepts de féminité/masculinité/androgynie, il y a des aspects de ton apparence que tu aimes de par leur neutralité et d’autres moins, et tu ne te reconnais pas dans des termes comme madame/monsieur (connais-tu l’alternative neutre Mx :)?). Tu crains principalement d’atteindre un point de non-retour en verbalisant ta différence, de te sentir coincé‧e alors que tu réfléchis encore aux mots que tu souhaites mettre sur ton identité. Tu aimerais ne pas avoir à étiqueter ces facettes de toi.

 

Alors premièrement, je suis d’accord avec toi qu’être une femme n’a pas à venir avec des exigences stéréotypés ou des obligations spécifiques, c’est à chaque femme de définir ce que ça veut dire pour elle et comment l’interpréter. En même temps, l’aspect de « jouer un rôle », de reproduire ou de subvertir certaines normes et de créer une sorte de personnage peut être très amusant. C’est pas mal le même principe en tant que personne non-binaire, agenre, quenderqueer, transmasculine ou un homme trans. Même en adoptant un nouveau terme pour te décrire, tu risques de continuer d’aimer les choses que tu aimes. Le genre est un ressenti personnel et émotionnel, c’est quelque chose qui résonne et vient nous chercher, mais ce n’est pas quelque chose qui peut s’expliquer ou se justifier rationnellement. Et le lien entre son genre et la façon dont on le rend visible n’est pas toujours clair et cohérent. L’expression de son genre est une sorte de jeu quelque part entre représentation fidèle, camouflage et exagération, encadré par des règles sociétales que l’on peut toujours briser si le cœur nous en dit.

 

Je dirais que les hésitations et les aller-retours font partie du processus de découverte de soi pour la plupart des gens. Mais ne pas avoir une certitude inébranlable n’empêche pas d’explorer. En fait, faire de nouvelles expériences est souvent un bon moyen de mieux comprendre ce que l’on aime. Essayer ça ne veut pas nécessairement dire de faire une grande annonce publique détaillée, ça pourrait vouloir dire de demander à un·e ami·e proche d’utiliser des pronoms neutres, parler de la non-binarité lors d’un souper de famille ou écrire une histoire avec un personnage qui a des questionnements similaires.

 

Il y a toujours des jours où l’on veut investir davantage dans notre présentation et d’autres moins, des moments où l’on se sent plus masculin·e·s, féminin·e·s ou neutres. Pour certaines personnes, les fluctuations sont plus prononcées et centrales dans leur identité de genre, si tu te reconnais là-dedans tu aurais la possibilité de t’identifier comme genderfluid. Tu nommes avoir l’impression d’être entre deux mondes, celui du statu quo et celui du changement, et de ne pas te sentir particulièrement conforté·e dans aucun des deux. Peut-être y-a-t’il moyen pour toi de créer ton propre monde, un compromis avec une certaine stabilité mais aussi une certaine nouveauté? Tu pourrais faire un coming mais seulement à certaines personnes ciblé·e·s par exemple.

 

Mais seulement si tu te sent prêt·e à le faire et que tu as le goût. Chaque personne a son propre rythme et tu n’as pas à te presser pour faire une annonce parce que c’est ce qui est attendu. Je crois qu’il y a beaucoup cette pression au coming out, comme si c’était l’étape ultime qui confirmait la validité de ton parcours. La réalité est plus complexe, parfois on n’a pas l’énergie de faire un long travail émotionnel, parfois on fait plusieurs coming ou à différentes personnes ou pour différentes identités et parfois ce n’est pas nécessaire. D’ailleurs, si tu préfères, tu peux parler de ton vécu sans avoir recours à des étiquettes précises. À ce que je peux lire, tu as déjà mis beaucoup de réflexions sur le sujet, ça peut être entièrement suffisant.
 

Je retiens que tu as le sentiment d’être imposteur·e, d’entrer dans un espace qui ne t’appartient pas en te posant ces questions et en n’en parlant. Si les parcours trans t’intéressent et que tu te poses des questions sur toi-même, je t’assure que personne ne te chassera avec des torches et des fourches 🙂 Explorer tes réflexions, peu importe où tu es rendu·e ou jusqu’où elles m’amènent ne comporte pas de grands risques. Il n’y a rien de mal à essayer même si tu te rends compte que ce n’est pas pour toi. Au final, la principale conséquence possible est que tu apprennes à mieux te connaître.

 

J’espère que tu arriveras à trouver des sections pertinentes dans mon monologue. Bonne poursuite et écris nous s’il y a quoi que ce soit,

 

Maxime, intervenant·e pour AlterHéros

Iel/they/them, accords neutres


About Maxim-e

Impliqué‧e dans le milieu communautaire 2SLGBQTIA+ depuis plusieurs années, Maxim·e a une place spéciale dans son coeur pour les jeunes de la diversité sexuelle et de genre. C'est ce qui l'a poussé à entamer un Baccalauréat en sexologie à l'UQAM. Iel s'engage à améliorer l'inclusion et la célébration des diversités, des trajectoires atypiques et de touste celleux qui ne rentrent pas dans les cases. Plus récemment, iel commence à s'intéresser à la santé mentale, au self-care, à l'abolition du capitalisme et au repos une fois de temps en temps. Fervent‧e amateur‧e de pluie, ses couleurs préférées sont le gris et les arcs-en-ciel.

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