Avec mon compagnon, nous devons nous inventer un rôle pour réussir à prendre plaisir car nous avons tous les deux subi un viol, est-ce normal de ne pas pouvoir être soi-même pendant l’acte?


[Avertissement / Trigger Warning : Cette question/réponse traite d’un sujet pouvant déclencher des émotions fortes. Celle-ci aborde le sujet de viols et de traumas. Si vous ressentez le besoin de parler, n’hésitez pas à nous écrire.]

 

Avec mon compagnon nous devons nous inventé un rôle pour réussir à prendre du plaisir car nous avons tous les deux subit un viol, est ce normale de na pas pouvoir être soit pendant l’acte ?

 

Salut Jessica,

 

C’est une question intéressante que tu as là et avant de commencer à y répondre, sachant que je planifie utiliser quelques termes spécifiques à la psychologie, je vais clarifier que je ne suis pas moi-même thérapeute, du moins pour le moment. Je tire ce dont je vais parler de ma formation, mais je crois que la précision est de mise.

 

En premier lieu, je ne vais pas te dire si cela est normal ou pas. Ce terme, dans son utilisation courante, implique que ce qui est le plus commun dans la population est aussi ce qui est correct et valide. Cela n’est pas nécessairement vrai. 

 

Prenons les jeux de rôles, par exemple. Plein de gens utilisent des jeux de rôles dans leurs relations intimes (sexuelles ou pas) et cela peut être une très bonne chose pour de multiples raisons. Ça peut être pour s’amuser, faire changement, explorer un intérêt qui cause de la gêne et bien d’autres choses encore.

 

Bien sûr, je réalise que ça n’est pas tout à fait ton cas, puisque tu parles d’un besoin que vous ressentez de vous inventer des rôles. Cela semble impliquer que tu n’arrives pas à te sentir bien ou avoir du plaisir si tu ne joues pas un rôle, et il y a effectivement quelque chose qui semble mériter une exploration plus sérieuse. Je mentionne les aspects positifs, car je crois que même s’il y a une certaine problématique autour de ces rôles, il y a fort probablement aussi des éléments positifs. Les choses sont rarement en noir et blanc dans notre sexualité : il y a beaucoup de zones de gris et de couleurs.

 

C’est ici que j’entre un peu dans du jargon de psychologie. Ce que je vais dire est une hypothèse visant à t’aider à réfléchir à ta situation, pas un diagnostic ou une certitude. Il est clairement impossible d’en arriver à un tel niveau de compréhension de qui tu es en lisant une question de quelques lignes.

 

Pour moi, l’utilisation que toi et ton compagnon faites des jeux de rôles dans vos relations ressemble beaucoup à un mécanisme de défense. Ces mécanismes sont multiples, nous les utilisons toustes, tout au long de notre vie et ils ne sont généralement pas issus d’une décision consciente. Un tel mécanisme est quelque chose qui nous permet de surmonter les diverses difficultés que nous rencontrons comme, par exemple, le traumatisme d’une agression sexuelle. Il peut te permettre de continuer à avoir une vie sexuelle, de faire en sorte qu’une situation inconfortable devienne approchable, de te rapprocher de ton compagnon et partager avec lui des moments précieux ainsi que de te sentir appuyée et aimée.

 

C’est important de comprendre ce côté bénéfique, car, trop souvent, les gens pensent que les mécanismes de défense sont de mauvaises réactions, de mauvais réflexes, une erreur, etc. Ça n’est pas le cas et ils ont leur raison d’être.

 

Maintenant, les mécanismes de défense ont parfois, comme tu dois t’en douter, des aspects plus négatifs. Tu parles de « ne pas pouvoir être soi pendant l’acte » et effectivement, il est possible que tes jeux de rôles te détachent de toi-même à ce niveau. Comme mentionné plus haut, ça peut être une bonne chose, mais si tu es maintenant rendue à ressentir que ce n’est pas quelque que tu veux toujours devoir faire, on peut commencer à se dire que le mécanisme n’a peut-être plus tout à fait sa place ou, du moins, qu’il faudrait y voir.

 

C’est ici que je vais m’arrêter sur le sujet. Je crois sincèrement que tu devrais, si c’est possible pour toi, consulter un·e sexologue en thérapie, que ce soit individuellement ou, qui sait, en couple? Ces gens ont spécialisé leurs connaissances et leur pratique autour de la sexualité humaine sous pas mal tous ces angles et ce sur quoi tu te questionnes est tout à fait dans leur domaine. Cartes sur table :  j’en fais partie sans encore avoir le titre ou avoir terminé mes études. 

 

Quoi que tu choisisses de faire, je te souhaite de trouver ce qu’il te faut pour ton bien-être et de réussir, éventuellement, à pouvoir te sentir toi-même dans tes relations.

 

Sophie (elle/she), bénévole pour AlterHéros

 


About Sophie Desjardins

Sophie (elle/she) est une femme trans, bisexuelle, polyamoureuse et pleins d'autres choses. Anciennement enseignante dans un autre domaine, elle travaille présentement à temps plein sur son baccalauréat en sexologie à l'UQAM. Elle considère que l'éducation sur le sujet de la sexualité est importante, essentielle pour toustes et trop souvent négligée de nos jours. L'acceptation de la diversité et de la différence de chacun·e est pour elle un idéal social important, un qu'elle travaille à faire avancer comme elle le peut. Elle n'a pas honte d'affirmer qu'elle est geek et aime (un peu trop) tout ce qui est sucré.