Mon professeur a utilisé le pronom ”they” pour s’adresser à moi et c’était si agréable… Suis-je genderfluid?


Bonjour,

Pendant un de mes cours à l’école (à distance), mon professeur, ne connaissant pas mes pronoms, a utilisé le pronom “they”. Je n’avais jamais été identifié avec ce pronom auparavant et lorsque je l’ai entendu prononcé mon nom suivi de ce pronom, j’ai eu une drôle de sensation que je n’arrive pas à expliquer. C’était étrange mais agréable à la fois… Je me suis toujours identifiée comme étant une femme malgré qu’étant jeune, je connaissais que très peu de chose sur la communauté LGBTQ+ (et qu’est-ce qu’était l’identité du genre, à part la binarité).

À cause et depuis cet évènement, je me demande ce que cela signifie sur mon identité du genre. J’ai commencé à me poser des questions: est-ce que je suis genderfluid ou bien non-binaire ?; est-ce que je serais quelque part dans le spectrum de la transidentité sans le savoir ?; est-ce qu’en fait, ça veut dire que ma présentation doit changer ou je ne sais quoi ?

Je sais que c’est temps-ci, j’expérimente beaucoup avec la part féminine en moi au niveau du maquillage et des vêtements. J’adore aussi le style androgyne et/ou masculine. Je ne sais pas si ça veut dire quoi que ce soit par rapport à moi mais, j’aime énormément m’amuser avec ma présentation plus féminine ou masculine; malgré que je voudrais vraiment pouvoir trouver un moyen de me présenter comme “entre les deux”.

Rachel

Bonjour! 

 

Merci pour ta confiance en nous envoyant ton message et pour ta patience.

 

Pour la première fois récemment, on s’est référé à toi en classe en utilisant un pronom neutre (they). Cette situation semble avoir eu pour effet d’ouvrir la porte à d’autres possibilités que tu n’avais pas contemplées auparavant. Jusque là, tu n’avais pas remis en question le genre qui t’a été assigné à la naissance, mais tu te questionnes maintenant à savoir si tu es trans, non-binaire ou genderfluid. Tu cherches aussi à trouver un équilibre en ce qui a trait à l’expression de ton genre.

 

Porter attention et accueillir sans jugement les pensées et les sensations qui nous habitent sans les juger, c’est tellement important! C’est une source de résilience incroyable et je dois dire que ta capacité à accueillir ce qui t’arrive m’impressionne. Je trouve ça admirable que tu aies accordé de l’importance à ce que ton corps te communique, et que tu aies été à l’écoute de ce que tu as ressentis au moment d’être interpellé devant le groupe, même si c’était relativement confrontant. J’aimerais aussi te dire avant d’aller plus loin, qu’il n’y absolument rien que tu doives faire pour que ton genre soit légitime. Bien que la société puisse nous envoyer des messages contradictoires à ce niveau-là, il n’y a pas de critères à remplir pour que ton identité ou ta façon de te présenter soient valides. Souviens-toi, il n’appartient qu’à toi de définir qui tu es. 

 

Tu te demandes si tu es trans, non-binaire ou genderfluid. Voici quelques définitions qui pourraient t’aider à te situer: 

 

  • Cisgenre : une personne pour qui l’identité de genre correspond avec le genre assignée à la naissance
  • Trans : terme parapluie qui regroupe les personnes qui ne s’identifient pas, ou pas exclusivement, au genre assigné à la naissance
    • Non-binaire : terme parapluie qui rassemble les identités de genres hors du système binaire (homme-femme), soit ni exclusivement homme ou femme,
    • Genderfluid / Genre-fluide : une personne pour qui l’expérience du genre varie et fluctue entre plusieurs genres différents (binaire ou non-binaire)

 

Comment te sens-tu en lisant ces termes? Est-ce que tu t’y retrouves? De ce que je saisis à la lecture de ton message, il se pourrait que tu ne ressentes pas exclusivement le sentiment d’être femme. Il se pourrait donc que ton expérience s’aligne avec la définition de la transitude, mais encore une fois, c’est une décision très personnelle et rien ne t’oblige à t’identifier ainsi, ni à choisir quoi que ce soit. Peut-on être trans sans le savoir? Je dirais que oui. Beaucoup de personnes ont appris l’existence d’une diversité de genre plus tard dans la vie après n’avoir été exposés qu’au modèle binaire et au discours dominant autour du genre. C’est bien dommage parce qu’il y a tellement de façon de vivre et d’exprimer le genre ! Ça fait donc du sens à mes yeux qu’on puisse « découvrir » sa non-binarité ou sa transitude avec un certain décalage. C’est difficile de s’expliquer ce qu’on ressent quand on n’a pas les mots pour le faire, non?

 

As-tu déjà entendu parlé d’euphorie et de dysphorie de genre? La dysphorie c’est le terme qu’on utilise pour parler de l’inconfort, des symptômes anxieux, dépressifs causé par le fait de ne pas pouvoir exprimer son genre authentique et/ou d’être reconnu.e d’une façon qui nous correspond. À l’inverse, l’euphorie de genre réfère plutôt à la joie, l’aisance, au soulagement qui accompagnent l’expérience de se sentir vu.e et reconnu.e dans son genre authentique. Savais-tu que c’est possible de faire l’expérience de l’euphorie de genre et de ne jamais ressentir de dysphorie? Ce ne sont pas toutes les personnes trans qui ressente la nécessité d’apporter des changements et de faire une transition. Pour certaines, l’identité sera même révélée par un moment d’euphorie. J’en parle parce que ces récits sont peu représentés, mais beaucoup plus fréquents qu’on se l’imagine. Bien que la dysphorie soit fréquente, il est important de souligner que ce ne sont pas toutes les personnes trans qui en font l’expérience. 

 

Dans ton message, tu évoquais le sentiment “étrange” mais tout aussi agréable que tu as éprouvé en classe. Est-ce que l’aspect étrange pourrait avoir été lié à l’élément de surprise et de nouveauté ? Ce serait tout-à-fait normal que ça prenne une période d’ajustement avant de devenir confortable. Comme tu parles aussi des aspects agréables que tu as vécus dans le moment, et que tu ne mentionnes pas de dysphorie dans le reste de ton message, se pourrait-il que ça s’apparente à l’euphorie de genre mêlée à l’élément de nouveauté ? Tout ce qui sort de nos habitudes peut amener son lot d’inconfort, reste à voir comment ça évoluera à travers le temps. Patience et compassion, ça finira par s’éclaircir ! Si tu veux en savoir plus sur l’euphorie de genre, je te propose d’aller jeter un coup d’œil à cet article qui pourrait faire écho à ton expérience. 

 

Sinon, comment te sens-tu à l’idée d’explorer ta silhouette autrement? Tu parles d’un « entre-deux », mais donnes-tu aussi l’occasion d’explorer ce qui se passe en dehors de ces contraintes ? Dans un passage, tu évoques aimer “jouer” avec les normes de genre pour ce qui est de ton style. J’avoue que ça m’a fait sourire et c’est justement cette approche que j’aimerais t’inviter à mettre de l’avant.  Et si tu te donnais la chance d’approcher ton genre et la non-binarité avec une curiosité bienveillante ? Est-ce qu’un style vestimentaire l’interpelle en particulier? Pour trouver une balance, ça peut être intéressant de penser aux formes et aux traits de ton apparence que tu souhaites accentuer ou dissimuler. La mode et la culture regorge d’exemples qui transcendent les normes du genre ! Tu pourrais même créer des tableaux d’inspiration ou explorer ceux qui existent déjà. Les possibilités sont vraiment infinies !  

 

Ceci étant dit, c’est possible de faire des changements petits à petits si c’est ce qui t’interpelle, par exemple en expérimentant avec le langage (pronom, prénom, accords, etc) ou encore avec ton apparence physique et ta présentation (style vestimentaire, maquillage, pilosité, chevelure, voix, etc). Tu ne mentionnes pas d’inconfort faces aux parties de ton corps, mais saches qu’il existe des solutions non-invasives et temporaires pour modifier tes formes. Il y a différents accessoires d’affirmation de genre, dont le gilet compresseur (binder) qui modifie l’apparence du torse et permet d’aplatir les courbes. J’en parle plus longuement dans cette réponse.

 

Tu pourrais aussi demander aux proches avec qui tu es à l’aise d’utiliser le langage de ton choix et observer comment ça résonne en toi. Pour moi, neutraliser mon langage a aussi eu beaucoup de bienfaits et m’a permis de me sentir plus confortable avec moi-même et les autres. Tout comme le fait d’entendre un langage différent, porter attention aux mots que j’utilisais au quotidien m’a aidé à reconnaître et à honorer mon expérience et m’a permis de prendre conscience des croyances, des jugements et des messages toxiques que j’avais intériorisés inconsciemment. Je te laisse avec d’autres articles sur les identités de genres non-binaires :

 

Merci encore d’avoir partagé ce que tu vivais sur notre plateforme. Fais-toi confiance, tu peux te laisser guider par ce que tu ressens. Souviens-toi, ce que tu ressens est légitime à 100%. Tout ce que tu fais déjà est super! Je t’encourage à continuer sur cette voie et à le faire avec une touche de curiosité bienveillante. Tu as tout ce qu’il faut pour y arriver! J’espère que ma réponse t’aura ouvert d’autres portes. N’hésite surtout pas à nous recontacter !

 

En toute solidarité,

 

Éli, bénévole pour AlterHéros


About Éli

Titulaire d’une maîtrise en Thérapies par les Arts de l’Université Concordia, le travail d’Éli est ancré dans la justice sociale et met de l’avant le potentiel revendicateur de l’art et ses bienfaits sur la santé mentale. Avec une pratique qui allie art-thérapie et zoothérapie (thérapie assistée par l’animal), y offre du soutien et un espace d’expression bienveillant sans jugement aux personnes touchées par le stress minoritaire. En dehors de son travail d’accompagnement, vous retrouverez probablement Éli en train de broder ou encore entouré.s de ses plantes et compagnons à pattes!

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