Mon asexualité présumée – suis-je sur ce spectre?


Bonsoir
J’ai hésité avant de prendre la plume mais je ressens le besoin de parler. J’ai 32 ans, vis sans copine depuis pas mal de temps et le vit mal.
Aucune de mes relations physiques n’ont jamais pu se concrétiser. Je n’arrive pas avec l’acte sexuelle. Cela ne m’attire pas. Je n’ai aucun problême avec les calins, bisous, préliminaires mais je n’aime pas la pénétration. Une seule de mes relations s’est terminé avec une pénétration, c’était avec une fille très expérimenté qui a “pris les choses en main”. Mais c’était pour moi désagréable et c’est à peine si j’ai senti qu’on avait fait l’amour. Voila pourquoi je commence à penser que je suis sur un spectre asexuel.
Malgré tout, je me masturbe parfois compulsivement et ressens un manque profond d’amour. Je ne vais jamais loin avec une fille car je sais que ma sexualité n’est pas claire pour moi.
En bref, j’ai du mal à me déméler les fils qui embrouillent mon cerveau et je me suis décidé à vous écrire.
Pensez-vous pouvoir éclairer un peu ma lanterne?
Mathieu
 

Salut Mathieu !
Merci pour ta question et ta confiance en AlterHéros.
Si je comprends bien, tu vis mal le fait de ne pas avoir de copine, et également tu te poses des questions sur ta sexualité.
Tu dis ne pas être attiré.e par l’acte sexuel, et notamment ne pas aimer la pénétration. Mais la sexualité peut englober bien davantage de choses que l’acte de pénétration, et faire référence à l’intimité physique en général. En ce sens, les câlins, bisous, caresses, peuvent être envisagées comme étant de la sexualité. Il existe en fait beaucoup de possibilités d’avoir du sexe sans pénétration, ce n’est pas une nécessité ! Mais c’est vrai que généralement, les sexualités sans pénétration sont dévalorisées par la société. Je ne sais pas si tu es familier avec le terme « phallocentrisme » ; ça désigne notamment dans le domaine sexuel la manière dont le phallus (pénis masculin) est ramené au centre du rapport par le biais de la pénétration, vue comme l’accomplissement de l’acte sexuel. C’est quelque chose de très critiqué par le féminisme, puisque cela présuppose premièrement que tout le monde trippe sur la pénétration (ce qui n’est pas le cas, que ce soit chez les hommes ou chez les femmes), deuxièmement que c’est nécessaire pour avoir une vie sexuelle épanouie (or, plein de personnes ont des sexualités sans pénétration, et plein de personnes sont épanouies sans sexualité du tout). Là où je veux en venir, c’est que, que tu sois asexuel.le ou non, tu as le droit de ne pas aimer la pénétration et préférer d’autres contacts physiques (ou de préférer ne pas en avoir du tout!), et tu as le droit de respecter tes envies sans te forcer.
Concernant la masturbation, on peut tout à fait être quelque part sur le spectre asexuel (ou même complètement asexuel.le) et se masturber. Le fait d’être asexuel.le désigne plutôt le fait d’éprouver peu ou pas d’attirance sexuelle envers une personne, pas le fait de ne pas éprouver de désir sexuel du tout. Par exemple, je me reconnais moi-même sur le spectre asexuel mais cela peut m’arriver de me masturber plusieurs fois par jour. J’ai parfois entendu certaines personnes de la communauté asexuelle faire la différence entre désir et attirance sexuelle : le désir sexuel concernerait un peu la « libido », tandis que l’attirance serait le fait d’orienter ce désir vers une personne concrète.
Dans tous les cas, si tu te questionnes sur ton peu d’attirance pour l’acte sexuel, tu peux tout à fait te dire asexuel.le. Comme c’est un spectre, il peut y avoir des nuances. Pour me reprendre comme exemple, je m’identifie en tant que personne demi-sexuelle ; je peux avoir une certaine attirance sexuelle pour des personnes avec qui j’ai une connexion émotionnelle importante.
Quant à ton manque profond d’amour, je comprends. Ce n’est pas facile de se représenter qu’on peut avoir une relation romantique avec une personne, être en couple, sans nécessairement avoir de sexualité. Moi-même j’ai longtemps pensé que jamais personne ne voudrait être en relation romantique avec moi, ou alors que je devrais me forcer à avoir des relations sexuelles. Puis j’ai découvert qu’il existait une communauté asexuelle, et qu’au sein de celle-ci certaines personnes n’étaient pas intéressées à des relations romantiques (on parle de personnes « aromantiques »), mais que d’autres avaient le désir d’être en relation romantique, en couple, sans nécessairement de sexualité, parfois avec d’autres types de rapprochements physiques (câlins, baisers, etc.), parfois non. En fait tout est possible et je peux t’assurer que tu n’es pas la seule personne à avoir ces questionnements. Tu as le droit de ne pas aimer la pénétration, tu as le droit d’aimer d’autres types de rapprochements physiques (ou non), et tu as le droit de désirer une relation romantique qui convient à tes envies sexuelles (dans le respect du consentement de tou-te-s les partenaires impliqué-e-s bien sûr!). Aussi, tu n’as pas besoin d’attendre que tout soit parfaitement clair dans ta tête pour avoir cette discussion avec les personnes qui t’intéressent et voir ensemble quelles sont vos envies et vos attentes. Souvent on s’imagine qu’une personne a telle ou telle envie mais ce n’est peut-être en fait pas le cas. Avoir cette discussion peut permettre également d’approfondir la relation ; on ne peut jamais trop communiquer !
Ce sont des questionnements qu’il n’est pas forcément facile d’avoir, car depuis qu’on est enfant on entend ces mêmes discours sur les relations amoureuses et la sexualité, qui nous disent que la norme consiste en un couple formé d’un homme et d’une femme (cisgenres et hétéros tous les deux), qui se marient et pratiquent la pénétration vaginale dans le but de procréer. Tout ce qui existe en-dehors de ce discours dominant est dévalorisé voire marginalisé, et il devient difficile d’imaginer qu’il puisse exister des alternatives. Quand j’ai découvert le terme « asexualité » en 2013, ça a été une révélation pour moi puisque cela venait mettre un mot sur des questionnements et des ressentis que j’avais depuis déjà longtemps. Découvrir ce mot, et que d’autres personnes vivaient ce que je vivais, m’a aidé-e à légitimer mon expérience et à m’autoriser à vivre selon mes envies, et non selon le discours dominant que je me forçais à respecter. Ce que je veux dire par là, c’est que je t’encourage à continuer de questionner les discours qu’on nous impose, et à trouver ce dont toi tu as réellement envie. Dans tous les cas, sache que tu n’es pas seul-e, que beaucoup de personnes ont les mêmes questionnements que toi, et également, j’en suis certain-e, que beaucoup de personnes ont les mêmes envies que toi.
N’hésite pas à nous réécrire si tu as d’autres questions, en utilisant le formulaire qui se trouve juste ici !
Morgan

About morgymcfly

Morgan étudie actuellement la sociologie à l'UQàM. Iel s'identifie en tant que personne non-binaire, asexuelle, panromantique et anarchiste relationnelle. Ses passions sont les tartines au pesto, son chat, le cinéma, et les longues promenades sous le soleil ou sous la pluie.

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