Le suicide est une pensée quotidienne en étant obligé de vivre comme une fille alors que je suis demi-boy.


Je suis une personne trans entre non binaire et gars ( demi-boy ). Malheureusement je vie encore comme une fille dans ma vie de tous les jour puisque mes parents et mon école ne savent pas que je suis trans. ( c’est pas sécuritaire ). Je n’en peux presque plus je me sens dans l’enfer à vivre comme je le fais au point où le suicide deviens une pense quotidienne. Je veux vivre comme moi mais si je le fais je me mais à un très gros risque de violence physique et mental. Mais au moins je serais moi même. Est ce que je devrais me mettre en danger pour vivre plus facilement ou rester en sécurité mais me sentir comme je veux mourir. Les deux sonnent horrible et je sais pas quoi faire.
Ember
 
Salut Ember!
Je tiens à m’excuser pour le délai de réponse. Nos services sont particulièrement achalandés ces derniers jours! Et évidemment, merci grandement pour la confiance que tu portes envers AlterHéros. Si je comprends bien ta situation, tu es une personne non-binaire et demiboy. Toutefois, tu te sens obligé de t’exprimer au quotidien sur le spectre de la féminité puisque ni ta famille et ni ton école est au courant de ton identité de genre. Cette situation est très difficile, au point où tu affirmes que le suicide est une pensée quotidienne. Tu te demandes si tu devrais dévoiler ton identité et t’enlever un poids important que tu portes sur les épaules, mais que cela pourrait compromettre ta sécurité, ou bien continuer à être perçu comme une fille pour assurer ta sécurité.
 
D’abord, sache que tu n’es pas seul. Il est complètement normal de ressentir ce type d’émotions lorsqu’on sent que notre identité de genre peut nuire à notre sécurité. Toutefois, il existe plusieurs solutions pour toi. En parler, comme tu le fais avec nous aujourd’hui, fait partie de ce processus te permettant de prendre soin de toi. Est-ce qu’il y a des personnes autour de toi à qui tu te sentirais en confiance de leur partager ta situation et ta détresse? Un.e professeur.e de ton école par exemple, un.e psychologue, un.e membre de ta famille, un.e ami.e? Il est important de ne pas rester seul avec ses souffrances. Tu as besoin de support et le fait que nous écrive est déjà un pas en avant. Merci encore pour ta confiance.
 
Si tu as des idées noires, je t’invite à téléphoner immédiatement à une ligne d’écoute. Tu pourras discuter de vive voix avec un.e intervenant.e qualifié.e pour t’aider à voir un peu de lumière au bout du tunnel. Je vois que tu habites en Ontario : je te propose d’appeler au 1-800-268-9688 ou de texter au 647-694-4275. Il s’agit des numéros de l’association LGBT Youth Line qui se spécialise sur les enjeux de santé mentale chez les jeunes de la diversité sexuelle et de genre et qui pourra te conseiller diverses ressources en Ontario adaptées à ta situation. Leurs services sont entièrement confidentiels et sans jugement. Leurs services sont ouverts du Dimanche au Vendredi, de 16h à 21h30. Tes émotions actuelles sont entièrement valides. Sache que nous sommes nombreuses et nombreux qui ont une compréhension de ta situation et qui désirent être présent.e.s pour toi. Tu es important pour nous. On te croit. En ce sens, est-ce qu’il y a une manière en particulier que l’on pourrait t’aider? Qu’est-ce qui contribuerait le plus à ton bien-être en ce moment? Comment peut-on contribuer à ton bonheur?
 
Tu es certainement la meilleure personne pour définir ta situation et tes besoins de sécurité. Ta décision actuelle de ne pas dévoiler ton identité à tes proches fait du sens pour toi, dans le moment actuel. Or, il est important de se poser la question si c’est l’option qui contribue le plus à ton bien-être. Tu parles de tes besoins de sécurité : sache que rien ne t’oblige à dévoiler cette partie importante de toi si tu crains pour ta sécurité. Il est toutefois possible de faire ce processus de façon graduelle : est-ce qu’il y a des ami.e.s avec qui tu serais confortable de t’exprimer en tant que demiboy? Parfois, le fait d’avoir quelques espaces où tu te sens en sécurité de t’exprimer librement et sans jugement peut contribuer fortement à ton bien-être et, possiblement, te donner la force et le courage nécessaire pour traverser la suite des choses. En ce sens, il existe plusieurs groupes communautaires organisant des activités pour les jeunes trans et non-binaires en Ontario. En téléphonant la LGBT Youth Line, il te sera possible de t’informer sur les différents groupes actifs dans ta province et ainsi de pouvoir participer à certaines activités et rencontrer d’autres jeunes vivant une situation similaire à la tienne.
 
Il est également possible de te créer des réseaux de soutien et de solidarité via les médias sociaux. Plusieurs groupes Facebook permettent de regrouper les personnes trans et non-binaires d’une certaine région. Plusieurs personnes apprécient également suivre des personnes trans sur Instagram : suivre des modèles positifs sur les médias sociaux peut parfois être quelque chose d’émancipateur pour soi!
 
Tu affirmes que ton école n’est pas sécuritaire pour toi. Est-ce qu’il y a un.e adulte à ton école à qui tu te sentirais en sécurité pour lui partager ta situation? Je t’informe que selon le Ontario Human Rights Code, les personnes trans sont protégées contre toute forme de discrimination et de harcèlement basés sur leur identité ou expression de genre. Ce que cela signifie, c’est que ton école a en fait l’obligation légale de t’offrir un support, si tu le souhaites, te permettant d’avoir le prénom que tu souhaites dans ton école, que les professeur.e.s utilisent tes pronoms préférés et même t’autoriser à t’habiller selon l’expression de genre qui te convient. C’est effectivement la loi : ce n’est bien sûr pas toujours aussi simple, mais avec l’aide d’un.e adulte de confiance, tu pourrais définir quels sont tes besoins et comment l’école peut t’aider dans la situation que tu vies présentement.
 
Concernant ta famille, rien ne t’oblige à dévoiler quoi que ce soit si tu crains pour ta sécurité. Chaque personne a la possibilité de définir le rythme et les modalités entourant un coming out. C’est à toi de choisir ce qui est le mieux dans ta situation. Tu dis qu’il ne serait pas sécuritaire pour toi de dévoiler ton identité de genre à tes parents. Est-ce qu’il y a des indices qui t’indiquent cela? Quelle est l’opinion de tes parents concernant les personnes trans? Est-ce que tu penses qu’il serait plus facile d’en discuter, ou d’écrire, à l’un ou l’autre de tes parents d’abord? Pour citer cette réponse de ma collègue Fanny : «Si tu as la possibilité de partager ce court vidéo à tes parents : Mon enfant est transgenre, je fais quoi?. Il s’agit d’un vidéo où les témoignages des enfants et des parents sont entendus. Cela peut possiblement répondre à certains questionnements de tes parents d’entendre d’autres parents s’exprimer sur ce sujet.
 
Tu dis que tes parents ont du mal à accepter ton identité de genre. Ils t’obligent à t’exprimer d’une façon qui ne correspond pas du tout à qui tu es. Lorsque tu essaies de leur parler de tes ressentis par rapport à ton genre, est-ce que vous êtes capables de communiquer d’une façon calme? Est-ce que tu te crois assez fort pour répondre à certaines de leurs questions, de pouvoir leur proposer d’appeler eux-mêmes certains organismes en soutien aux parents dont leur enfant est trans, non-binaire ou en questionnement? Je fais référence principalement à Enfants transgenre Canada qui est un organisme par et pour les parents dont leur enfant vit une situation similaire à ce que tu vis présentement. Ces groupes de support existent pour que les parents puissent partager leurs questionnements, partager leur expérience et apprendre sur les transidentité. Il est possible pour tes parents d’écrire directement à Antoine pour être mis en contact avec d’autres familles de ta ville à : coordo@enfantstransgenres.ca »
 
Si tu crains pour ta sécurité, n’hésite surtout pas à demander de l’aide ou aller te réfugier chez un.e ami.e de confiance. Ton bien-être est notre priorité. Il est aussi possible de contacter la Société d’aide à l’enfance en Ontario la plus proche de chez toi si tu vies une forme de négligence ou de mauvais traitements physiques, sexuels ou émotionnels de la part de tes parents.
 
J’espère avoir su t’éclairer un peu dans tes réflexions. Il est important que tu respectes ton rythme dans cette démarche et, surtout, que tu demeures à l’écoute de tes besoins. Ton bien-être est important. N’hésite pas à nous écrire à nouveau si tu en ressens le besoin.
 
Avec toute notre amour,
 
Guillaume, pour AlterHéros
 


About Guillaume Perrier

Parcours universitaire en Développement social à l'Université du Québec à Rimouski (UQAR), Guillaume (il/lui) est passionné par la représentation de la diversité sexuelle et de la pluralité de genre en contexte de ruralité. Militant de défense de droits des travailleurs et travailleuses du sexe et de prévention VIH, il adore également déposer ses orteils dans l'eau salée du fleuve et passer des heures sous ses couvertures à chaque matin.

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