La bisexualité existe-elle vraiment ?


Bonjour Laurie,

Merci d’adresser ton questionnement à AlterHéros! Tu te questionnes sur l’existence de la bisexualité et sur ce que c’est vraiment. Je n’ai pas de réponses exactes à toutes tes questions, mais je peux tenter d’y répondre du mieux que je peux!

Tu te demandes si la bisexualité existe ou si ce n’est qu’une phase transitoire. Ma réponse à cela est que la bisexualité existe sous toutes sortes de formes. En effet, elle peut être transitoire en ce sens où une femme, par exemple, qui réalise qu’elle est attirée envers les femmes peut se croire bisexuelle jusqu’à ce qu’elle ait des expériences et comprenne qu’elle est réellement mieux avec une femme qu’avec un homme. De plus, puisque l’acceptation de l’homosexualité peut être difficile, une personne peut préférer se dire bisexuelle jusqu’à ce qu’elle accepte entièrement son orientation. D’un autre côté, un individu peut réellement être attiré autant par les deux sexes, et ce de manière constante au courant de sa vie.

Tu nous demandes si nous nous situons réellement sur un continuum comme l’avance Kinsey. En effet, ce dernier propose un continuum en sept points de l’hétérosexualité à l’homosexualité, en passant par la bisexualité. Cette vision de l’orientation sexuelle a été controversée, en effet, mais elle reste une référence importante en matière d’orientation sexuelle. Il faut comprendre que c’est à la base une théorie, c’est-à-dire que c’est une manière d’expliquer un phénomène, et on peut adhérer à une théorie ou non. Kinsey a illustré l’orientation sexuelle humaine en sept cases selon ses observations, mais c’est à la base une manière de mieux comprendre le phénomène. La sexualité humaine ne se restreint pas en sept cases. C’était surtout, à l’époque (1948), une manière d’expliquer qu’il n’y a pas que les deux cases «homosexualité» et «hétérosexualité», mais plutôt un éventail de comportements sexuels. D’autres auteurs (par exemple Fritz Klein) ont également créé des échelles sur l’orientation sexuelle que tu peux consulter si tu veux avoir des opinions diverses.

Tu te demandes s’il y a des preuves scientifiques prouvant que la bisexualité existe. Les écrits scientifiques sur la bisexualité datent du début du XXe siècle. La bisexualité a été vue dans la Rome et la Grèce antique, et même chez les animaux! Nul doute qu’elle est vécue et qu’elle existe. Si on en entend moins parler, ce peut être dû à plusieurs facteurs comme le fait que la bisexualité en tant qu’orientation sexuelle est reconnue depuis quelques dizaines d’années seulement, que l’acceptation peut être plus facile ou plus difficile que pour l’homosexualité, qu’il y a peu de militantisme chez les bisexuel(le)s, que la bisexualité est un peu encore taboue dû aux mythes (que c’est une orientation transitoire, c’est de ne pas s’affirmer, etc.), que l’orientation bisexuelle se perd souvent parmi les deux autres (un individu bisexuel est perçu comme hétérosexuel s’il est en couple de sexe opposé ou homosexuel s’il est en couple de même sexe), etc. Par contre, la visibilité de la bisexualité se fait de plus en plus grande d’années en années.

Finalement, tu te questionnes à savoir si l’orientation sexuelle reste stable au courant de la vie malgré le fait que la sexualité elle est fluide. C’est une excellente question dont personne n’a la vérité. Certaines théories disent que l’orientation sexuelle est innée, ce qui la rendrait inchangeable alors que d’autres la disent acquise, ce qui veut dire que si elle est apprise, elle peut être «désapprise». Plusieurs tentatives de thérapie de modification de l’orientation sexuelle ont vues le jour, mais les résultats sont très discutables. On dit souvent des personnes d’orientation homosexuelle qu’elles n’ont pas choisi leur orientation puisqu’elle est tellement plus difficile à vivre dans notre société. J’aurais donc tendance à te répondre que l’orientation sexuelle ne change pas au courant de la vie. Même l’association américaine de psychologie a affirmé que l’homosexualité n’est pas changeable. Il est toutefois normal que la sexualité change, puisque c’est une question de désirs, de découvertes, d’apprendre à connaître ce que l’on aime, etc. Les goûts en matière de sexualité se développent, tout comme les goûts culinaires, par exemple. L’orientation sexuelle, quant à elle, n’est pas un goût ou une préférence. Toutefois, il est possible qu’une personne qui par exemple se croyait d’orientation hétérosexuelle (c’est la norme sociale après tout) réalise, au courant de sa vie qu’elle était en fait homosexuelle ou bisexuelle. L’inverse arrive, mais rarement. C’est en apprenant à se connaître qu’on développe qui on est réellement.

En bref, l’orientation bisexuelle réside surtout dans le vécu de la personne et non dans la compréhension qu’on peut en faire, comme tu peux le voir. Je vois que tu te dis «en questionnement». Je te conseille de vivre ce qui est là pour toi et ce que tu ressens le besoin de vivre plutôt que d’essayer de tout comprendre pour mieux «t’étiqueter». Je ne répéterai jamais assez souvent que la sexualité humaine n’est pas «catégorisable» mais est plutôt «vivable»!

Si tu ressens le besoin d’en savoir plus, n’hésite pas à consulter le dossier sur la bisexualité sur le site d’AlterHéros ou à nous réécrire. J’espère avoir contribué à tes réflexions.

Jessica,

Sexologue B.A.


About Julie-Maude Beauchesne

Julie-Maude détient un diplôme d’études collégiales en communications, option journalisme, et termine actuellement ses études au baccalauréat en Études internationales à l’Université de Montréal. Après avoir travaillé six ans comme journaliste pour un quotidien des Cantons-de-l'Est, La Voix de l'Est, elle est aujourd’hui directrice des communications au Réseau québécois de l'action communautaire autonome (RQ-ACA). Impliquée au sein d'AlterHéros depuis 2004, elle a occupé multiples fonctions telles que la présidence de 2007 à mai 2010 et au cours de l'année 2011-2012. Elle occupe actuellement la fonction de trésorière au sein de l'organisme. Par le passé, elle a été coprésidente de la Table de concertation des gais et des lesbiennes du Québec (devenue le CQ-LGBT). En 2010, au Gala Arc-en-Ciel, elle a remporté le prix Bénévole par excellence.

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