Je suis une femme trans asexuelle et je ne trouve que déplaisir, voire même de la souffrance, à avoir des rapports sexuels avec mon partenaire… Quoi faire?


Cela fait près de 30 ans que j’ai transitionné et que je vis pleinement ma vie de femme bien que sexuellement non réassignée.

Depuis mon adolescence je n’ai jamais eu de véritable attirance pour la sexualité. Partiellement en cause un phimosis suivi d’une circoncision à 18 ans.

Ma longue hormonothérapie n’a fait qu’amplifier mon asexualité.

Aujourd’hui je me retrouve à aimer un homme qui est mon compagnon de vie. Malheureusement le constat est évident: je parviens difficilement à le satisfaire sexuellement. Lui prodiguer des caresses ainsi que des bisous intimes ne m’effraie pas et je le fais volontiers. Comme il en demande plus je m’offre occasionnellement pour le satisfaire pleinement. Et ca marche puisqu’il explose le plus souvent en moi.

C’est devenu véritablement une corvée en ce qui me concerne. Je n’y trouve que déplaisir, voire même de la souffrance. Je parviens néanmoins jusqu’à maintenant à m’y astreindre mais cela devient de plus en plus mon chemin de croix.

SVP, que pourriez-vous me conseiller?

Claire

Bonjour Claire 🙂

 

Je comprends de ta question que tu as un niveau de désir différent de celui de ton partenaire, tu es asexuelle et il y a quelques éléments physiques qui ont historiquement et actuellement un impact sur ta libido. La sexualité avec ton compagnon commence à être de plus en plus épuisante et éprouvante pour toi, de par les pratiques que vous avez et la fréquence de ces dernières. 

 

Je tiens à dire qu’il y a une différence entre une sexualité plus routinière, pas nécessairement par pure enthousiasme ou visant davantage à faire plaisir à son partenaire, versus une sexualité emblème de souffrance, de douleur, de malheur ou qui n’est pas pas consenti. Il semble dernièrement que la sexualité au sein de ton couple s’enligne davantage vers cette deuxième dynamique.

 

Mon impression tirée de ma formation en sexologie est que tu gagnerais beaucoup à discuter avec ton ami de cœur de tes besoins, de tes préférences et de tes limites en matière de relations sexuelles. Par exemple, est-il courant de ton asexualité et des impacts de ton hormonothérapie et de ta circoncision? Est-ce que tu aurais des demandes spécifiques à lui formuler, comment avoir moins souvent des rapports anals?

 

Il y a certaines solutions concrètes qui pourraient rendre ta sexualité plus agréable, ou au minimum moins douloureuse physiquement. Vous pourriez mettre davantage l’accent sur les préliminaires et l’intimité non-génitale. Lors des relations pénétratives, vous pourriez utiliser davantage de lubrifiant (il n’y en a jamais trop), y aller plus lentement/doucement ou moins longtemps/intensément.

 

Tu pourrais essayer de comprendre les besoins que ton copain comble avec la sexualité et de lui proposer des alternatives. S’il cherche le soulagement de l’orgasme, il y a toujours la masturbation, seul ou à deux, avec ou sans matériel pornographique ou jouets sexuels, etc. S’il cherche de l’intimité corporelle avec la femme de sa vie, il y a les calins, les baisers et tout un tas d’actvités à faire ensemble.

 

Éventuellement il est possible de redéfinir ce que veulent dire l’érotisme et la sensualité pour vous deux. Je note d’ailleurs que tu utilises l’expression de “t’offrir” pour “le satisfaire pleinement”. Selon moi, ça montre une certaine hiérarchie des plaisirs, où les relations pénétratives sont perçues comme plus satisfaisantes ou complètes que les autres types de sexualité. Ça n’a pas nécessairement à être ainsi.

 

Parlant de redéfinir l’érotisme et la sensualité, il est aussi possible de redéfinir ce que vous entendez par relation de couple et de discuter de vos différents paramètres relationnels. Certains couples par exemple s’autorisent le fait de pouvoir voir ponctuellement et de façon consensuelle d’autres partenaires sexuel‧le‧s à l’extérieur de leur relation amoureuse. Tu peux consulter cette réponse si c’est une avenue qui t’intéresse ou t’intrigue :  J’ai envie d’introduire la non-monogamie éthique dans ma relation.

 

Si tu entames ces discussions et qu’elles ne se passent pas comme prévues, ou  encore si tu sens que tu pourrais profiter d’un accompagnement personnalisé, les thérapeutes de couple peuvent être une bonne idée à considérer. Iels sont généralement très bien outillé·e·s pour faciliter les négociations à ce niveaux.

 

Et si jamais la situation te fait grandement souffrir et que tu ne sens pas d’ouverture du côté de ton copain, il te serait aussi possible de réfléchir à la possibilité qu’il ne soit pas la personne idéale pour toi. Tu mérites sans aucune doute d’être avec une personne qui puisse comprendre et respecter tes besoins et tes demandes. Je ne connais pas l’homme en question ou les spécificités de votre relation, peut-être est-il très accommodant et à l’écoute, je l’espère pour toi. Sache seulement que tu as toujours plusieurs possibilités qui s’offrent à toi.

 

N’hésite pas à nous faire signe si tu as d’autres questions ou si tu aimerais parler de ta discussion.

 

Bonne continuation,

 

Maxime, intervenant·e pour AlterHéros

Iel/they/them, accords neutres


About Maxime-iel

Impliqué.e dans le milieu communautaire 2SLGBQTIA+ depuis plusieurs années, Maxime a une place spéciale dans son coeur pour les jeunes de la diversité sexuelle et de genre. C'est ce qui l'a poussé à entamer un Baccalauréat en sexologie à l'UQAM. Iel s'engage à améliorer l'inclusion et la célébration des diversités, des trajectoires atypiques et de touste celleux qui ne rentrent pas dans les cases. Plus récemment, iel commence à s'intéresser à la santé mentale, au self-care, à l'abolition du capitalisme et au repos une fois de temps en temps. Fervent.e amateur.e de pluie, ses couleurs préférées sont le gris et les arcs-en-ciel.

Leave a comment