Je suis lesbienne mais je commence à avoir des pensées sexuelles pour des garçons, mais je ne veux pas arrêter d’aimer les femmes!


Bonjour,
J’ai longtemps hésité à vous écrire mais là je craque.
Je me présente je suis une jeune femme de 22 ans lesbienne et fière! actuellement en couple depuis 2 ans avec une femme que j’aime plus que tout.
Mais voilà depuis fin septembre une ombre est venue ternir le tableau. J’ai été diagnostiqué pour des toc à la suite d’un arrêt progressif du seroplex que je prenais depuis 2 ans.
Depuis cette période (fin septembre 2021), je vis un cauchemar éveillé, je sais qui je suis et ce que je veux mais ma tête me fait dire le contraire et cela me rend profondément triste.
J’ai commencé à avoir des pensées sexuelles envers les hommes (ce qui m’était déjà arrivé sans m’interpeller) à la suite d’un rêve erotique avec un homme.
Depuis chaque jour, je me teste, je vérifie sur internet en faisant des tests, des lectures sur les forums…
Je ne fais que penser à ça et cela me fait du mal car je n’ai aucune envie d’entretenir une relation sexuelle ou romantique avec un homme.
J’ai toujours su que j’aimais les femmes et je ne veux pas que cela change.
Mais ces pensées me rongent jour après jour.
Ma compagne est au courant de la situation.
Maintenant j’évite toutes situations avec des hommes hétérosexuels par peur que cela change mon orientation ou mes désirs.
Je reste cloîtrée chez moi depuis des mois et dès que je ressort je vais automatiquement regarder des hommes pour voir si cela pourrait me faire quelque chose. Voir un homme torse nu m’a troublé récemment et depuis la même histoire: pensée intrusive, doute, réassurance…
De plus je ne sais pas si ces pensées sont du à de l’attirance (car je ne vois pas embrasser un homme ni même avoir des rapports intimes avec lui) ou à ma maladie.
Je suis complètement perdue depuis sachant que je ne suis pas bisexuel et que je ne désire pas le devenir.

Crtamdn

Bonjour,

Tout d’abord, je salue ton courage et je te remercie pour ta confiance.

En d’autres mots, tu acceptes ouvertement ton attirance envers les femmes, mais un inconfort est monté en toi lorsque tu as été confronté à des pensées à connotation sexuelle avec des hommes. Tu te demandes d’où proviennent ces pensées et c’est tout à fait correct. C’est un grand mélange d’émotions et ton diagnostic représente un élément supplémentaire qui te force à t’adapter. Est-ce bien ça?

Premièrement, je dois dire que tu fais preuve d’une grande force, les évènements que tu traverses sont complexes et exigeants. Il est clair qu’un arrêt progressif d’antidépresseur n’est pas évident et ça peut demander beaucoup d’énergie, tout comme le fait de vivre avec un nouveau diagnostic et le fait de se poser de nombreuses questions par rapport à ses désirs ainsi que son orientation sexuelle. Petite parenthèse, même si ce n’est pas le point central de ta question, le fait de recevoir un diagnostic ne te définit pas en tant que personne, c’est un moyen de communication et de classification, mais saches que ce ne doit nécessairement être associé à quelque chose de négatif.

Maintenant, en ce qui concerne tes interrogations en lien avec tes désirs, je tiens à dire que c’est complètement normal. C’est important d’être à l’écoute de soi-même et ce même si ça peut engendrer un certain inconfort. La sexualité, tout comme les désirs, les pulsions et les connections émotionnelles évoluent au cours de la vie. Les ressentis que nous expérimentons peuvent être fluides et nous en avons aucun contrôle. Il est intéressant que tu te mettes au défi en quelques sortes en analysant l’effet que les hommes ont sur toi. C’est une excellente façon d’apprendre à te connaître, mais je comprends tout à fait que cela peut venir avec son lot d’insécurités. C’est une superbe idée de t’informer et de lire sur le sujet, mais la source d’information la plus authentique, c’est comment tu te sens dans ta tête et dans ton cœur.

Si on passe à ton intérêt pour les femmes et la fierté qui en découle : je te comprends tellement, c’est mon cas également. C’est tellement plaisant de sentir ce sentiment d’appartenance et cette fierté! Maintenant, saches que tu n’as aucun pouvoir sur tes rêves, sur tes pulsions, sur tes désirs, etc. Je constate que tu es dans une relation amoureuse satisfaisante, mais malgré tout l’amour que tu éprouves pour cette personne, il est possible de vivre des épreuves personnelles qui nous font nous remettre en question et c’est un processus sain. Je comprends que tu ne souhaite pas entretenir de relations sexuelles ou amoureuses avec un homme et c’est vraiment correct, mais le fait de te questionner n’invalide pas tu tout ton étiquette de lesbienne. Si c’est un qualificatif qui te convient, c’est parfait, c’est tout ce qui compte.

Ensuite, tu as fait preuve d’honnêteté envers ta compagne et c’est super parce tu n’es pas obligée de passer à travers ces questionnements toute seule. Tes insécurités sont valides, mais même si tu ne souhaites pas «devenir» bisexuelle ou autre, l’orientation sexuelle et/ou romantique n’est pas un choix personnel (je te mets d’ailleurs un lien pour démystifier les axes d’une personne à travers la licorne du genre si jamais ça t’intéresse). – Par ailleurs, on ne devient pas bi, tout comme on ne devient pas lesbienne ou hétéro… c’est quelque chose que l’on découvre, tout simplement! –

De plus, je ne suis pas psychologue, mais je peux t’assurer que tes questionnements sexuels ne sont pas en lien avec ta maladie, par contre, je peux comprendre que ta condition peut potentiellement complexifier tes pensées intrusives. Je t’invite peut-être à travailler avec un‧e professionnel‧le pour apprendre à apaiser tes pensées intrusives afin que ça devienne moins handicapant et à explorer tes interrogations, qu’en penses-tu?

Je comprends à 100% ton inconfort par rapport à tes pulsions et moi-même qui se qualifie de lesbienne, il m’arrive de remettre en question la gente masculine et d’avoir des pensées sexuelles envers des gars. Le meilleur conseil que je pourrais te donner, c’est d’être douce envers toi-même. Ne te met pas de pression en ce qui concerne tes désirs parce que ce n’est pas en ton contrôle. Si tu es heureuse avec ta copine présentement et que tu te laisses l’espace nécessaire pour apprendre à te connaître, c’est tout ce qui compte.

En espérant que cette réponse puisse t’éclairer, je te laisse quelques liens vers d’autres questions similaires que nous avons reçues et je t’invite à nous écrire à nouveau pour d’autres questions ou simplement pour nous donner des nouvelles!

Je t’envoie plein d’amour et de courage.

Tam (elle), bénévole à AlterHéros


About Tam

Tam (elle/she) est une intervenante en centre jeunesse, elle est passionnée par tout ce qui touche à la santé mentale, au féminisme et à la diversité sexuelle et de genre. C'est une lion ascendant scorpion qui étudie en psychologie à Montréal et qui a un petit faible pour la poésie.

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