Je suis lesbienne et je viens d’apprendre que ma partenaire vit avec le VIH. Est-ce risqué ?


Chère Marie,

Je tiens t’abord à te remercier de nous faire confiance pour répondre à ta question. Je comprends que ta copine a le VIH et que tu t’inquiètes quant au potentiel de transmission dans vos rapports sexuels.

La voie sexuelle est en effet la voie principale de la transmission du virus dans la population. Les activités sexuelles comportent un risque qui varie selon le type de pratique. Par exemple, s’enlacer ne comporte aucun risque de transmission, tout comme le baiser « social » (la bouche fermée). Cependant, le « french kiss » représente un risque théorique minime, par exemple si les individus ont des blessures orales ou des ulcères. Évidemment, l’échange de sex-toys qui a été exposée aux sécrétions vaginales n’est pas recommandé. Le virus du VIH est présent dans les sécrétions vaginales et dans le flux menstruels. Le risque sera évidemment plus grand si le jouet vient d’être utilisé, si les sécrétions n’ont pas séchées. Même si la survie du virus dans l’environnement extérieur ne semble pas très bonne (i.e. la grande partie de la charge virale du VIH sera détruite une fois exposée à l’air ambiant), il vaut mieux éviter le partage des sex-toys. Si cela est impossible, il serait important de les laver méticuleusement avec de l’eau chaude et du savon entre chaque utilisation, et nécessairement les recouvrir d’un condom.

Cette réponse ne se veut pas une menace et n’a pas pour but de te rendre plus anxieuse encore. Soyons honnête : l’abstinence sexuelle et les activités à risque zéro (ex : s’enlacer) sont les seuls moyens absolument sûrs de prévenir la transmission. Cela ne fait pas des couples très très fort, tu en conviendras. Il faut donc discuter avec ta partenaire, et chercher à privilégier les rapports à risque plus faible et les compromis. Par exemple, comme mentionné ci-haut, je vous conseille d’avoir chacune vos sex-toys respectifs. Les caresses sexuelles représentent un risque plus faible. Je les éviterais cependant si tu as une coupure ou une plaie à la main, le temps que cela guérisse et si ta partenaire est dans ses règles. Le sexe oral est un peu plus risqué que les caresses, on a répertorié quelques cas de transmission. On pourrait alors utiliser une barrière physique comme un condom, en découpant le bout et sur le long pour en faire un carré en latex.

Vous pouvez aussi recommander d’utiliser un condom à saveur pour rendre l’activité plus agréable. Le côté enduit de saveur (l’extérieur du condom) va contre la bouche et l’intérieur contre la vulve. L’utilisation de lubrifiant sur la vulve avant d’y apposer le carré en latex augmente les sensation, l’utilisation de condoms nervurés aussi. Il est aussi possible de se procurer des carrés de latex spéciaux dans des sex-shops ou magasin spécialisé comme la capoterie. Finalement, le condom féminin comprend une partie extérieure qui protège la vulve et le clitoris, cependant ces condoms sont assez dispendieux..

Le fait de coller vos sexes porte aussi un risque théorique, vu l’échange potentiel de sécrétions de muqueuse à muqueuse… Éviter de le faire si vous êtes l’une ou l’autre dans vos règles, ou si vous aviez des plaies au niveau du périnée (ex : des boutons d’herpès ou une ITS).

Les cas de transmission de VIH d’une femme à une femme sont plus rares néanmoins. Cependant, afin de te rassurer entièrement, je te conseillerais de passer un test de dépistage du VIH (un simple prélèvement sanguin) pour en avoir le coeur net. Ta partenaire pourrait aussi envisager un traitement antirétroviral, si sa charge virale est importante, avec l’avis de son médecin. En effet, le fait d’avoir moins de virus en circulation dans le sang pourrait réduire les chances de transmission à un partenaire.

Tu pourrais également accompagner ta partenaire lors d’un de ses rendez-vous médicaux avec son spécialiste. Ces médecins travaillent souvent avec les couples sérodifférents sur les meilleures stratégies de protection pour les deux partenaires.

Pour un guide complet sur les risques de transmission du VIH pour toutes les activités sexuelle, vous pouvez consulter ensemble le site de la Société Canadienne du sida à l’adresse suivante: http://www.cdnaids.ca/web/repguide.nsf/pages/cas-rep-0307—fre

Ce guide est complet et revue par un comité d’expert.

Bref, quelque soit ce que l’on fait dans la vie, il y a toujours un risque. Quand on prend l’avion, on accepte le faible risque que l’avion puisse s’écraser, en sachant que la probabilité d’arriver à destination et de savourer un drink sur la plage est beaucoup plus grande. Il y a aussi un risque chaque fois qu’on traverse la rue. L’important est d’en être conscient, d’être informé et de diminuer le risque au maximum, selon sa tolérance et celle de son partenaire. Je te conseille de discuter avec un organisme spécialisé dans le VIH si tu as d’autres préoccupations. Internet est merveilleux à cet effet. Vous n’êtes pas le premier couple à vivre ce défi, vous pourriez profiter de l’expérience d’autres individus, sur des forums de discussion par exemple.

Nous demeurons disponibles en tout temps par ailleurs, si tu as d’autres questions.

Sincèrement et merci,

Frédéric Picotte

Résident en médecine familiale


About Frédéric Picotte

Frédéric est médecin de famille pratiquant dans la région de Shawinigan. Il a complété en mai 2008 mon doctorat en médecine à l’Université McGill et deux ans plus tard sa spécialité en médecine familiale via l’Université de Montréal. C’est l'une de ses amies, étudiante en psychiatrie, qui lui a présenté AlterHéros en 2008. Elle cherchait alors un bénévole qui répondrait de manière plus spécifique aux questions à thème « médical », ce qui a constitué la majeure partie de sa contribution jusqu’à maintenant.

J’aime m'impliquer à AlterHéros car on peut rejoindre et rassurer beaucoup de gens, peu importe l’âge, l’orientation sexuelle ou la culture. Je trouve intéressant que la majorité de nos visiteurs soient de jeunes internautes et qu’on puisse donc leur fournir une information de qualité et un espace pour poser des questions qu’ils auraient du mal à obtenir autrement.

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