Je suis amoureuse de ma meilleure amie, mais la société est si méprisante envers les filles qui s’aiment…


Bonjour à tous je ne sais pas pourquoi je m’adresse ici mais j’ai besoin de faire part de la détresse qui me ronge. Je suis amoureuse de ma meilleure amie , voilà c’est dit.. Je ne me dit pas lesbienne en effet je ne suis attirée que par elle et pas par d’autres filles..Fin je pense l’être..
Je ne sais pas si je me fais des films , si c’est un besoin flagrant d’être aimé?. Ça fait maintenant 4 ans que je pense avoir développé des sentiments pour elle .. Nous avons toujours été proches nous nous nous faisons des câlins , des massages etc..Mais discrètement car nous avons déjà été « traitées » de lesbiennes et nous sommes gênées de ce besoin de proximité l’une envers l’autre . Des fois nous sommes tellement proches que meme moi je ne trouve pas cela normal..Elle est sortie avec un garçon il y a peu , ce qui m’a fait très mal rien que de savoir qu’elle était proche de lui.. Mais elle l’a quitté au bout de quelques mois car comme elle le dit elle n’arrive pas à tomber amoureuse.J’avais comme une envie de le tuer , j’avais de la haine pour lui comme je n’ai jamaïcain ressenti, mais il s’est avéré être très gentils et je n’ai pas pu le détester.. Ce que je ressens pour elle je ne l’ai dis à personne car je ne veux pas être jugé et surtout ne pas la perdre car franchement je ne peux pas imaginé ma vie sans elle .. J’ai déjà lu sur plusieurs forums « oui ne lui parle plus et tes sentiments s’estomperont »Mais rien que ne pas lui parler pendant une heure me fait mal . Je suis amoureuse comme je ne l’ai jamais été, «  j’ai envie d’elle » dès que j’ai un contact physique avec elle je me sens flageolante. Ça peut paraître ridicule , d’autant plus que si elle vient à accepter je ne sais pas meme si je me mettrais avec elle meme si c’est ce que je veux le plus au monde. Pourquoi ? Parceque la société d’aujourd’hui est si méprisante que je ne veux pas lui faire endure ça, moi sa m’est égale mais elle je veux qu’elle vive dans la “normalité “. Cependant j’essaye parfois de lui faire comprendre , mais j’ai l’impression qu’elle ne m’aime pas comme je l’aime. Alors que à d’autres moments par exemple il y a 2 ans quand je lui ai dit que je sortais avec mon ex copain elle m’a fait la gueule, il y a peu je lui ai fait part que j’étais bi et elle l’a pas mal pris. Pour voir si elle m’aimait d’amour je lui ai meme fait croire que j’étais en bail avec une pote a moi , et elle m’a fait des crises de jalousies. Je sais vraiment pas quoi penser , je ne veux pas la perdre..Mais ça me fait tellement mal , surtout que je suis le genre de fille à ne rien pouvoir cacher. Mais la elle me revient de plus en plus dans ma tete et le manque dut au confinement ne fait que perpétué cet amour pour elle..Ce mal me ronge si elle n’était pas la , si je ne l’avais pas connue j’aurais pu être heureuse car je plais beaucoup aux garçons mais quand je sors avec , je ne penses qu’a elle . Tout cela peut être très “cucu” mais c’est ce que je ressens sans pouvoir mettre des mots sur tout..
Lologan

Bonjour à toi Lolagan,
Merci de nous avoir écrit. Nous t’avons lue avec intérêt. Cela peut demander beaucoup de force pour s’exprimer ainsi lorsque nous sommes en détresse. J’espère que d’écrire ton histoire de cette façon a pu contribuer à te soulager, et que ma réponse t’apportera un réconfort supplémentaire. 
Ce que tu me décris est loin d’être « ridicule » ou « cucu ». Je suis sensible aux sentiments que tu me décris, et je peux bien m’imaginer comment ceux-ci peuvent être intenses. Sans avoir exactement la même histoire, j’en ai ressenti des similaires à certains moments de ma vie. L’amour, la haine, la jalousie, la peur de perdre… Ce sont des émotions très prenantes, que l’on ressent jusqu’au plus profond de nos tripes. On ne peut les ignorer. On aimerait parfois pouvoir les éviter, les mettre en sourdine… Mais elles reviennent toujours au galop, parfois de plus en plus fort. Elles ont cette fâcheuse habitude, les émotions. Elles agissent comme des visiteurs indésirables, et très insistants, qui voudraient nous vendre un truc. Elles cognent, et cognent encore à notre porte, même si on la laisse fermée la porte, même si on essaie de leur faire croire que personne n’est à la maison. 
On se rend vite compte que la seule solution, c’est d’ouvrir, les laisser entrer, et écouter calmement ce qu’ils ont à nous dire. Ils sont finalement bien moins bruyants et dérangeants ainsi (…et finissent par partir, ou du moins par se faire très discrets dans le sous-sol) ! En bref, platement, il faut apprendre à vivre avec elles. Les apprivoiser doucement. Comme des petites bêtes sauvages. 
J’ai du mal à discerner dans ton courriel si tu as une question en particulier. Peut-être avais-tu simplement besoin de t’exprimer à propos de ce que tu vis (et c’est 100% correct) ! Je n’ai donc pas de réponse spécifique à te donner. J’aimerais seulement que tu saches que tu n’es pas seule, que d’autres vivent ce que tu vis.  
Aussi, tu sais, on dit parfois qu’on peut voir les émotions, les souvenirs, et les pensées comme des feuilles qui flottent sur une rivière. En observant ta rivière, tu peux les voir passer, et les regarder s’éloigner. Parfois, d’autres feuilles très similaires aux premières se présentent à nouveau dans ton champ de vision. Elles passeront elles aussi, plus ou moins rapidement, selon le débit de ta rivière. Bien sûr, on peut se sentir dépassé.e et épuisé.e, si l’on a les deux pieds dans l’eau et qu’on essaie de ramasser, de retenir ou de faire dévier toutes les feuilles qui flottent avec nos mains ! En d’autres mots, si on essaie de contrôler ou de changer nos émotions, rarement on y arrive, souvent on est déçu.e.s. Ainsi, non seulement il est difficile d’avoir de l’emprise sur tes émotions et tes pensées, mais il est encore plus ardu de tenter de contrôler celles de ta meilleure amie, qui lui appartiennent et se situent sur sa propre rivière à elle. 
Tu peux néanmoins, selon ton niveau d’aisance et de confiance en votre relation, lui partager ce que tu éprouves, tout en étant consciente que cette discussion peut à la fois avoir des effets bénéfiques (p.ex., te sentir soulagée ; lui offrir la possibilité de te dévoiler elle aussi des sentiments potentiellement similaires ; avoir une relation plus authentique et satisfaisante) et des effets négatifs (p.ex., elle pourrait avoir une réaction différente de celle que tu aurais espérée ; votre relation pourrait changer ; elle pourrait vouloir s’éloigner de toi ). Peut-être que tu pourrais tenter l’exercice d’écrire sur un bout de papier les « pour » et les « contre » d’un tel dévoilement, en y notant tous tes espoirs, et toutes tes craintes. Cela pourrait peut-être t’aider à prendre une décision éclairée. Mais tu n’y es pas obligée, si tu ne te sens pas prête à le faire, ou si tu n’en as pas envie. Prends le temps qu’il te faut et sois à l’écoute de tes besoins. 
Ensuite, je sais que nous vivons dans une société hétéronormative (qui considère l’hétérosexualité comme étant la norme), et aussi, bien souvent homophobe. Je comprends ton désir de protéger ton amie, qui est chère à tes yeux, dans cette situation. Sache néanmoins que de nombreux.ses allié.e.s, des gens ouverts et aimants, existent également. L’homophobie est malheureusement parmi nous, mais elle n’est pas partout, tout le temps. En France, je pense notamment à Mag Jeunes LGBT (https://www.mag-jeunes.com/), qui ont des locaux à Paris, Strasbourg, Nancy et Caen. Les connais-tu ? Peut-être peux-tu contacter le centre le plus près de chez toi pour discuter avec eux. Avec le confinement et la pandémie, les activités sont sans doute difficilement opérables en personne, mais ils offrent peut-être des services alternatifs à distance. Parfois, ça fait du bien d’être en contact avec des personnes qui peuvent nous comprendre – même si tu ne te définis pas comme lesbienne, ton vécu résonnera peut-être avec celui de d’autres jeunes, et, le MAG est ouvert à tou.te.s, sans égard à leur orientation. 
J’aurais envie en terminant de t’inviter, en cette période difficile, à faire preuve de compassion envers toi-même. Qu’est-ce que c’est ? C’est se traiter avec bienveillance, avec douceur. Tu n’as pas à t’exiger de bien aller. L’idée, c’est d’agir envers toi-même de la même façon que tu agirais avec une personne que tu aimes beaucoup, ou encore avec un enfant très mignon et attachant dont tu aurais la charge. 
Si quelqu’un d’autre était dans ta situation, comment la soutiendrais-tu ? Que lui dirais-tu pour la réconforter ? Peut-être que tu lui dirais « je comprends que tu sois triste, je suis là pour toi », ou alors « c’est dur en ce moment, mais tu vas finir par passer au travers, on va passer au travers ensemble ». Peut-être aussi que tu lui demanderais : « Que puis-je faire pour toi ? Comment puis-je t’aider pour que tu te sentes un peu mieux ? » 
Alors Lolagan, comment peux-tu prendre soin de toi, tout en reconnaissant, et en étant compatissante, avec la souffrance que tu éprouves en ce moment ? 
Tu as déjà fait un premier pas en te confiant à nous. De mettre des mots sur nos émotions, les verbaliser, les exprimer, ça fait déjà partie d’un processus important. Un processus qui permet d’apaiser nos petites bêtes sauvages intérieures, et qui commence par les reconnaître, les accueillir, et les accepter telles qu’elles sont. 
Bonne continuité et n’hésite pas à refaire appel à nous au besoin, 
Jessica, pour AlterHéros 


About Jessica

Jessica est présentement étudiante au doctorat en psychologie à l’Université de Sherbrooke. Elle détient un DEC en sciences humaines, profil action sociale et médias (2011) et un baccalauréat en psychologie de l'UQÀM (2014). Elle a travaillé dans le domaine de l'intervention à temps plein pendant un an et demi avant d’intégrer le doctorat. Son grand intérêt pour la communauté LGBTQ+ l'a amenée à s'impliquer en tant qu'intervenante bénévole au sein de l'équipe Parles-en aux Experts en mai 2015. Lorsqu'elle n'est pas en train d'étudier ou de travailler, elle aime bien aller nager ou marcher, faire du camping, jouer de la musique et flatter ses deux adorables chats. :-)

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