Je souffre du TOC homo. Comment m’en débarasser?


Je souffre du Toc homo.
Bonjour.
Je suis une fille de14 ans et cela fait maintenant 4 mois que je souffre du Toc homo, ou bien du Trouble Obsessionnel Compulsif de la peur de l’homosexualité.
Cela a commencé un matin d’avril alors que j’imaginais mon avenir. Et depuis ça n’arrête pas.
J’ai toujours aimé les garçons, et j’ai toujours voulu être avec des garçons. Étant donné mon jeune âge, je ne sais pas encore bien identifier ce qu’est l’attirance. Mais je crois que je l’ai déjà ressenti plusieurs fois avec mon copain d’avant.
Je me demande une chose. Pourquoi, si j’ai toujours apprécié les relations amoureuses avec les garçons, soudainement mes pensées m’orientent vers l’homosexualité ? J’ai déjà lu plusieurs articles sur ce Toc. Au début je ne croyais pas que j’avais une maladie mentale, mais ensuite, après avoir identifié mes symptômes, j’ai réalisé que oui, je souffre bien du Toc homo.
L’éventualité d’être homosexuelle me fait horriblement peur parce que je ne veux pas changer, je me sens bien avec ce que je me considère être et je ne veux pas changer. Je ne veux pas non plus être jugée, et perdre les proches que j’aime. J’aimerai guérir pour mon futur mais d’un autre côté, je ne sais pas pourquoi mais je me dis que si je commence à accepter et tolérer ces pensées désagréables, cela signifierait peut-être que je suis bien homosexuelle. Que ce serait comme une preuve. J’essaie de comparer mes expériences passées avec celles des personnes homosexuelles ou bisexuelles ou autre, et quand je vois quelque chose de commun, ça me fait sentir nerveuse.
J’ai commencé à craindre les personnes homosexuelles, à les éviter, et j’ai commencé à me sentir nerveuse quand une de mes amies me dit je t’aime. Dans ma tête, lorsque une amie m’a dit ça en toute amitié, il y avait des questions comme “comment je dois réagir ?”, “si je réagis beaucoup, ça signifie que je suis homosexuelle ? “. J’étais tellement nerveuse que j’ai juste souri. C’est horrible et ça me gâche mon quotidien.
Maintenant, je trouve désagréable de trouver une femme belle, même si ça n’a aucun sens.
Je sais que je n’aime que les garçons. Je ne suis attirée que par les garçons et je ne fantasme que sur eux. Mais j’ai peur qu’un jour où l’autre tout change et me fera devenir ce que je redoute le plus. Ça me fait me sentir piégée. Ce toc commence à affecter mes résultats scolaires et c’est une des principales raisons de pourquoi je veux guérir.
Je ne veux pas consulter des psychologues, parce que cela impliquerait que j’en parle à mes parents, et je ne veux pas. Alors je préfère me soigner seule. J’ai déjà lu des articles présentant les méthodes les plus efficaces face à ce Toc.
Comment faire pour tolérer ces pensées désagréables et arrêter de me dire que si je veux les tolérer, c’est parce que je suis bien homosexuelle ? Qu’en quelques sortes je les accepte et donc du jour au lendemain je peux être homosexuelle sans crainte ? Alors que je ne veux pas ?

Eva

Bonjour Eva,

 

Je ressens beaucoup de souffrance et de peur dans ton message. Je suis vraiment content·e que tu aies pris la décision d’en parler. J’ai déjà répondu aux questions de plusieurs personnes en lien avec des TOC homo et il me ferait plasir de te partager ce que je sais.

 

Tu as déjà lu quelques articles sur les TOC homo, je ne veux pas répéter ce que tu sais déjà mais je veux seulement m’assurer qu’on parle le même langage avant la suite.

 

Comme son nom l’indique, le trouble obsessionnel-compulsif (TOC) se caractérise par la présence d’obsessions et de compulsions. Les obsessions sont généralement des pensées, des images ou des impulsions de nature intrusive et difficile à repousser. Ces idées importunes et répétitives s’imposent constamment à l’esprit de la personne qui n’arrive pas à s’en libérer. Même si la personne est consciente de la nature irrationnelle de ses craintes, elle devient hantée par ses obsessions, elle se sent incapable de les chasser et vit une souffrance intérieure. 

 

De leur côté, les compulsions sont des gestes/comportements répétitifs ou des stratégies mentales qui visent à chasser les obsessions et à diminuer l’anxiété qui leur est associée. La personne se sent obligée de répéter ses actions en réponse à ses pensées obsédantes ou pour respecter des règles rigides qu’elle s’impose. Des comportements de nettoyage, de vérification, d’ordre ou de symétrie comptent parmi les compulsions les plus courantes. Certaines compulsions sont essentiellement mentales telles se répéter sans inlassablement des phrases, des prières, certains mots ou calculer des nombres.

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Un TOC peut avoir comme obsession principale un doute persistant et irrationnel de son orientation sexuelle. Dans la documentation scientifique, on note des manifestations de compulsions mentales liées au TOC homo de différents ordres :

  1. chercher à se faire rassurer constamment sur son hétérosexualité par son entourage ou des services d’aide
  2. vérifier ses réactions physiologiques pour déceler un érotisme, comme en écoutant frénétiquement de la pornographie homosexuelle pour analyser les réactions du corps humain
  3. faire usage de techniques d’évitement comme une manœuvre pour réduire l’anxiété. Cela peut prendre la forme d’éviter de façon réfléchie des activités sociales, de mettre fin à des relations amoureuses ou de consommation excessive diverse. 

 

Plusieurs différents types d’angoisses peuvent être liées au TOC homo  : «la crainte d’un changement de son orientation sexuelle, la peur d’avoir des désirs pour les personnes du même sexe, l’inquiétude par rapport à leurs désirs hétérosexuels, la croyance que l’homosexualité est immorale, le désir d’éviter le jugement des autres et la honte». On y décrit également «différents sous-types de TOC sur l’orientation sexuelle, dont le TOC «tout ou rien» – où une idée vaguement homosexuelle surgit dans l’esprit sans aucun homoérotisme antérieur et cette idée est prise comme preuve d’une homosexualité latente ; le TOC «relationnel» où l’on utilise un échec ou une série d’échecs amoureux comme raison de remettre en question son orientation; le TOC «expérientiel» où une expérimentation antérieure avec le même sexe est prise comme preuve d’une orientation homosexuelle; le TOC «auto-dérisoire» où l’individu se répète qu’il est gai, mais l’étiquette fait davantage office d’insulte que de référence à sa sexualité.»

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Un dernier concept important à connaître est l’homophobie, plus précisément, l’homophobie intériorisée : le fait de rejeter sa propre homosexualité ou bisexualité en résultat d’une perception négative des attirances homosexuelles. Celle-ci peut venir d’une homophobie sociale ou familiale, et empêche de se représenter comme lesbienne, gay ou bi. Cela peut se traduire par des sentiments négatifs comme la honte ou la culpabilité, par des tentatives d’ignorer ou de refouler ses attirances, voire même de les changer en se “forçant” à vivre comme une personne hétérosexuelle. Parfois, la frustration et la colère qui en découlent peuvent même être la source d’une agressivité tournée vers soi, ou vers les autres personnes LGBT.

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Je ne sais pas ce que tu en penses, mais personnellement, je crois que le TOC homo et l’homophobie intériorisée ont beaucoup de points en commun : les pensées intrusives, l’image négative de l’homosexualité, la honte, la peur, l’évitement de ses propres sentiments et d’autres personnes LGBTQ+ etc. Puisque ces deux concepts peuvent se ressembler il faut donc faire très attention de ne pas les confondre.

 

Il y a beaucoup d’idées négatives et fausses qui circulent sur l’homosexualité et la diversité sexuelle et de genre dans la société, et ces idées peuvent nous influencer subconsciemment. Avant de me pencher spécifiquement sur l’expérience que tu rapportes, j’aimerais te mettre quelques derniers rappels importants d’une réponse de mon collègue Guillaume sur les TOC homos :

  • Il est complètement sain d’avoir des questionnements sur son orientation sexuelle.
  • Il n’y a pas d’âge ou de moments précis pour avoir des questionnements, des réflexions ou des idées érotiques au sujet de l’orientation sexuelle.
  • Toutes les orientations sexuelles sont aussi belles les unes que les autres. Aucune orientation sexuelle n’est meilleure ou inférieure à l’autre.
  • Les orientations sexuelles ne sont pas limitées à l’hétérosexualité ou l’homosexualité, mais que les personnes bisexuelles, pansexuelles et asexuelles existent. Il est donc possible que nos désirs et comportements ne s’inscrivent pas dans une case précise.
  • Les orientations sexuelles comprennent plusieurs composantes liées aux attirances physiques et aux attirances romantiques. Il est donc possible d’être romantiquement attiré par un type de personnes et sexuellement attiré vers plusieurs types de personnes.
  • La sexualité est quelque chose de fluide : nos préférences, besoins, intérêts, désirs et libido peuvent varier avec le temps, selon les contextes et selon les rencontres que nous faisons.
  • Ce n’est pas parce que quelqu’un a eu une idée, une attirance, un questionnement ou un fantasme homosexuel que cela nie son hétérosexualité.

 

Alors, dans ton cas, tu nommes avoir surtout des difficultés avec les changements. Tu as toujours pensé être attirée par les garçons, tu es sortie avec l’un d’entre eux et l’idée que cela puisse évoluer un jour t’effraie. L’orientation sexuelle et les attirances peuvent fluctuer ou changer. C’est un peu comme les goûts alimentaires, ils ne changent pas constamment, il y a souvent une certaine stabilité, mais parfois on ne savait pas que l’on aimerait un aliment avant de l’avoir essayé. Et d’autres fois on peut tout de suite savoir. Les changements, lorsqu’ils ont lieu, sont plutôt graduels avec les années et les expériences et sont hors de notre contrôle. Cette fluidité est due à l’élasticité du cerveau humain. Ce n’est pas une mauvaise chose.

 

D’ailleurs, commencer à ressentir une certaine attirance pour les filles n’implique pas un changement radical et fondamental de qui tu es en tant que personne. Tu restes la personne que tu es, avec tes préférences, tes compétences et ta personnalité. Ton orientation sexuelle est l’un des nombreux aspects de ton identité.

 

Je peux absolument comprendre ta peur du jugement ou de perdre des proches. Il existe encore de l’homophobie, de la lesbophobie et de la biphobie dans la société malheureusement. C’est donc une crainte légitime qui est partagée par beaucoup de personnes. Malgré ces risques et bien que la société ne soit pas parfaite, il y a aussi eu de grands progrès qui ont été faits. C’est possible de nos jours de vivre en tant que lesbienne ou femme bisexuelle et d’être entourée de personnes de confiance et d’avoir une vie heureuse et bien remplie.

 

Tu dis que tu aimerais guérir, je crois que tu peux travailler à diminuer l’inconfort et la honte que tu as envers les couples de même genre, mais tu ne peux pas guérir des attirances. Il existe ce qu’on appelle les thérapies de conversion, des “traitements” visant à changer l’orientation sexuelle des gens. De maintes fois, ces pratiques souvent à connotation religieuse ont été dénoncées car elles sont moralisatrices, dommageables, dangereuses, frauduleuses et non-scientifiques. Fais très attention si tu vois des professionnel·les avançant pouvoir modifier l’orientation sexuelle, c’est probablement un mensonge afin de faire du profit.

 

Être lesbienne ou bisexuelle n’est pas quelque chose qui se “prouve”, ce n’est pas de la nervosité quand tu es avec d’autres personnes LGBTQ+, ce n’est pas un inconfort vis-à-vis l’affection amicale avec une autre fille ni même de trouver les filles belles. Être lesbienne c’est de vouloir des relations amoureuses et/ou sexuelles avec d’autres filles ou des personnes non-binaires et de se dire lesbienne. Être bisexuelle c’est de vouloir ces relations avec des personnes de différents genres et de se dire bisexuelle. Les deux sont des orientations toutes aussi saines, normales et légitimes que l’hétérosexualité. C’est aussi possible d’être quelque part entre les cases, d’êtres principalement hétéro et parfois attirée par les filles, ou d’être bi et d’avoir une préférence pour les garçons.

 

Je suis d’accord que ça ne fait pas de sens de souffrir autant de trouver les filles belles, et je suis sensible au fait que ça a un impact sur différentes sphères de ta vie. J’ai l’impression que le meilleur moyen d’apaiser cette douleur est d’analyser les origines et les significations de ton opinion négative de l’homosexualité afin de développer une vision plus neutre, ou même positive. S’il n’y a rien de mal à être gaie, alors cela ne te dérangera pas autant de trouver les filles jolies, que tu finisses par te dire lesbienne ou non. Cette réévaluation ne se fait pas du jour au lendemain, mais ça en vaut la peine.

 

Il est possible que tu aies véritablement un TOC, je ne suis pas dans ta tête et je ne serais pas en mesure de te diagnostiquer seulement en lisant ton message. Il est également impossible de s’auto-diagnostiquer un TOC sans l’aide d’un·e professionnel·le de la santé. As-tu l’impression d’avoir une obsession rationnelle et hors de ton contrôle? D’utiliser des stratégies manifestement excessives? Parfois en lisant des listes de symptômes on peut essayer de voir des liens qui ne sont pas nécessairement là. Mais je pense tout de même que tu fais bien de vouloir mieux te comprendre et de chercher des ressources accessibles en ligne. Tant que tu n’utilises pas cela pour invalider des questionnements parfaitement sains et normaux sur ton orientation sexuelle, surtout à l’adolescence.

 

D’où je te réponds, au Québec, à partir de 14 ans, il est possible de consentir soi-même à des soins médicaux et d’y avoir recours seul·e, sans accompagnement parental. Il serait possible de consulter un·e professionnel·le en santé mentale, comme un·e psychologue, pour un TOC si tu sens que cela est nécessaire. Je ne connais pas les lois spécifiques de l’endroit où tu te trouves par contre, et il pourrait y avoir certaines différences. 

 

Si tes angoisses occupent trop de place en ce moment, je t’encourage à en parler avec un·e professionnel·le de la santé ou une personne de confiance. Ce n’est pas obligé d’être auprès de ta famille si tu as des raisons valables de craindre leur réaction ou si tu ne te sens pas confortable de parler de ce sujet à leur côté. Si tu habites au Madagascar, c’est aussi possible de téléphoner au 511 à la ligne gratuite et anonyme Allo Fanantenana qui est un service téléphonique d’écoute spécialement conçu pour les jeunes.

 

Je t’invite à lire ces autres questions si tu souhaites poursuivre tes réflexions à ce sujet :

 

Tu peux aussi toujours nous écrire à tout moment si tu as d’autres questions ou si quelque chose n’est pas clair.

 

Bon courage, et n’aie pas peur d’être toi-même,

 

Maxime, intervenant·e pour AlterHéros

Iel/they/them, accords neutres

 


About Maxime-iel

Impliqué.e dans le milieu communautaire 2SLGBQTIA+ depuis plusieurs années, Maxime a une place spéciale dans son coeur pour les jeunes de la diversité sexuelle et de genre. C'est ce qui l'a poussé à entamer un Baccalauréat en sexologie à l'UQAM. Iel s'engage à améliorer l'inclusion et la célébration des diversités, des trajectoires atypiques et de touste celleux qui ne rentrent pas dans les cases. Plus récemment, iel commence à s'intéresser à la santé mentale, au self-care, à l'abolition du capitalisme et au repos une fois de temps en temps. Fervent.e amateur.e de pluie, ses couleurs préférées sont le gris et les arcs-en-ciel.

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