Je ressens vraiment le besoin de mettre un mot sur mon orientation sexuelle afin de me sentir appartenir à une communauté…


Salut Alterhero !
Je vous écrit aujourd’hui pour être éclairée au niveau de mon orientation sexuelle. J’ai lu plusieurs de vos réponses sous différents post et je sais que vous n’allais pas me dire « tu es hétéro » ou « tu es lesbienne » mais j’ai besoin d’avoir un avis extérieur sur ce que je ressens actuellement.
Au lycée j’ai eu une relation de 2 ans avec un garçon. Au début elle était géniale puis je suis devenue hyper dépendante affectueusement et je me suis totalement oubliée dans cette relation. Quand elle s’est finit j’ai fais une dépression et je ne voulais plus du tout entendre parler d’amour.
Puis j’ai voulus parler avec pleins de garçons, mais je n’arrivais pas à m’attacher à un seul d’entre eux et la plus part habitais loin de chez moi.
Mais il y en avait un qui faisait partie de ma bande de pote et j’ai eu des moment assez intime avec lui, cependant au moment fatidique j’avais un blocage, pourtant j’étais excitée mais il m’étais impossible d’aller plus loin. Et ça a duré plusieurs mois, où à chaque fois je pensais que cette fois j’y arriverai et puis non.
(Je ne me suis jamais forcée et on en a toujours parlé ensemble lui et moi tout était ok par rapport à ça.)
Puis pour d’autres raisons cette « relation » s’est terminée. Contrairement à ce que je pensais ça ne m’a pas du tout attristé. Mais le fait d’avoir eu ce blocage m’a emmené à me poser des questions sur moi et notamment mon orientation sexuelle.
Depuis, je me suis rendue compte que je ne ressentais pas de l’attirance sexuelle pour les hommes, ou du moins ça me fait peur et je n’ai pas envie de flirter avec eux non plus. Mais ça c’est lorsque j’imagine les choses, parce que en réalité quand j’en croise un de beau dans la rue ou en boîte je peux avoir envie d’aller leur parler et de flirter avec sans aller plus loins.
Et pour les filles c’est le contraire, dans mon imagination j’ai envie de leur parler et d’avoir des rapports avec mais quand j’en vois en vrai je n’ai pas envie de concrétiser la chose.
Par exemple il y a cette fille qui est à la fac avec moi. On a des cours en commun dans des amphi et malgré le fait qu’ont soit une centaines je la remarque directement, elle à cette chose en plus qui m’attire mais je sais que je n’irai jamais lui parler. Déjà parce que je suis timide mais aussi j’ai tellement construit un personnage d’elle dans ma tête que j’ai peur d’être déçu ou qu’elle me rejette. (Je voudrais juste préciser qu’elle est bi donc je n’ai pas peur qu’elle soit hétéro c’est autre chose).
Et comme je vous ai dit plus tôt après ma rupture je me sentais mal et depuis j’ai peur de ne plus rendre quelqu’un d’heureux ou de retrouver ma personnalité que je déteste.
J’ai fais plusieurs tests en ligne concernant mon orientation et certains disait « hétéro » mais j’étais déçu quand je voyais ça, j’ai peur d’être une « hétéro curieuse ». Maintenant ils me disent plus bi ou lesbienne et je ne sais pas trop ce que j’en pense. De plus pour le moment je ne me vois pas trop en couple avec un garçon (j’ai l’impression qu’ils me font peur) et je me vois plus avec une femme par contre dans le futur je me vois plus avec un homme…. Donc je comprend pas, je sais aussi que ce n’est pas primordial de se donner une étiquette et que ça peut changer au cours de la vie mais je ressens vraiment le besoin d’en avoir une, de me sentir appartenir à une communauté et surtout arrêter tout ce questionnement.
Désolé tout ça est encore très confus pour moi. Je ne me vois pas en parler à aucun de mes proches pour différentes raisons c’est pour ça que je me tourne vers vous. J’espère que certaines personnes se reconnaitrons dans mon témoignage et que votre réponse pourra en éclairer plus d’un parmis nous.
Bonne journée,
Lola.

Bonjour Lola! 

Premièrement, merci beaucoup de faire confiance à AlterHéros pour ton questionnement. Je souhaite aussi souligner tout ce que tu as déjà fait pour trouver une réponse à tes questions, c’est vraiment un bon réflexe à avoir et tu es très débrouillarde ! 

Donc si je comprends bien, tu aimerais pouvoir mettre un étiquette sur ton orientation sexuelle afin d’appartenir à une communauté et pouvoir arrêter de te questionner à ce sujet. Tu as eu une expérience avec un homme qui t’as fait beaucoup de mal une fois qu’elle s’est terminée et tu n’as pas nécessairement envie d’être avec un homme pour l’instant et tu peux même ressentir de la peur face à eux. Tu aimerais bien être avec une femme, mais tu n’arrives pas à l’approcher ou savoir si c’est vraiment ce que tu veux. 

Tout d’abord, tu as bien raison quand tu dis que nous ne pourrons pas te dire quelle est ton orientation sexuelle ici, puisqu’il n’y a que toi qui peux le savoir et le décider. Toutefois, il est possible de te donner des outils pour t’aider à te retrouver dans tout cela ! 

Pour commencer, dans ta relation avec les garçons, tu sembles assez ambivalente. D’un côté, tu aimerais plus tard être avec un homme, mais pour l’instant ils te font peur. Il est normal aussi d’avoir peur après la relation que tu as eue. Bien que je ne connaisse pas toute l’histoire, tu dis t’être totalement oubliée dans ta relation de deux ans. Une relation, c’est toujours à deux qu’elle doit se vivre et si tu t’oublies, peu importe les raisons, cela peut mener à une peur de se réengager, puisque la relation n’était pas nécessairement positive. Il est normal que tu n’aies pas envie de revivre ces moments, surtout si comme tu le mentionnes, tu n’aimes pas la personne que tu es à ce moment-là. Je te dirais toutefois que la personne que tu es n’est pas définie par ce que tu as vécu. Il est possible que certaines difficultés reviennent, mais tu n’es pas cette personnalité que tu détestes. Comme tout le monde, tu peux vivre des situations plus difficiles, mais tu prends déjà des moyens pour t’en sortir, ce qui est très courageux de ta part! 

Ensuite, le fait d’avoir un blocage, ou des réticences par rapport aux rapports sexuels avec des garçon peut avoir un lien avec plusieurs causes. D’une part, la relation de deux ans que tu as vécue semble avoir été très importante et peut-être même traumatisante, non seulement par rapport à la relation, mais aussi par rapport à toi. Il est alors normal de ne pas avoir envie de nécessairement être aussi proche de l’autre personne, puisqu’une relation sexuelle peut demander beaucoup de confiance en l’autre et en soi aussi. Il est aussi possible que tu n’aies tout simplement pas envie d’un homme sexuellement et cela est normal. Tu peux ressentir seulement une attirance romantique, sans nécessairement qu’elle soit sexuelle. 

La peur que tu exprimes de retrouver la personnalité que tu détestes peut-être assez pour qu’inconsciemment ou même consciemment tu ne sois plus aussi à l’aise avec un autre partenaire. J’aurais envie de te demander, est-ce que cette personnalité que tu décris t’appartient réellement, ou bien elle appartient plutôt à ton passé et ton ancienne relation? Est-ce qu’il t’est possible de la laisser dans le passé et voir plutôt à quel point aujourd’hui tu es courageuse, tu demandes de l’aide et tu essayes de trouver ce que tu aimes? Si jamais elle est toujours présente, essayer de l’aimer et de voir pourquoi elle te fait peur? 

En ce qui concerne ton envie d’aller vers une fille, il est possible que tu aies envie de découvrir cette partie de toi. Es-tu nécessairement « hétéro curieuse »? Pas nécessairement! C’est une étiquette qui ne laisse pas beaucoup de place à l’exploration, mais le mot curieuse est tout de même présent. Et si cette curiosité de ta part était très positive? Tu as le courage de dire que tu aimerais explorer les relations avec des femmes et tu sais même déjà qu’elles ont la capacité de t’attirer! Pour ce qui est de la timidité et de la peur d’être déçue et rejetée, la possibilité restera probablement là dans la plupart des relations que tu vas débuter. Toutefois, une fois que tu commences à connaître la personne, tu peux voir déjà si elle est comme tu te l’imaginais. La peur du rejet projette souvent un manque d’estime de soi, qui n’est pas nécessairement présent dans toutes les sphères de notre vie. Tu pourrais peut-être te faire une liste de qualités? Voir ce que tu recherches en relation et voir si cela est possible avec cette personne? Il se peut aussi que tu veuilles la garder dans un coin de ton imagination, ce qui peut être aussi bien. Toutefois, ne t’empêche pas d’essayer quelque chose avec quelqu’un qui t’intéresse parce que tu as peur de ne pas rendre cette personne heureuse. Je suis certaine que toutes tes qualités vont rendre une personne ou une autre plus qu’heureuse de t’avoir dans sa vie. Déjà tu es capable de remise en question, tu es courageuse, tu réfléchis et cherche la meilleure solution. Vraiment, bravo ! 

Ensuite, si tu veux avoir une étiquette, est-ce que tu ne peux pas essayer et t’affirmer comme telle? Si pour l’instant tu veux te dire lesbienne ou bisexuelle, vas-y! Tu as le droit de changer d’étiquette en chemin, si dans deux jours, deux mois ou deux ans tu veux te dire hétérosexuelle, alors ce sera cela. Si pour toi, te définir en tant qu’homosexuelle ou hétérosexuelle t’aide à moins te questionner et à pouvoir explorer une nouvelle partie de toi, il n’y a aucun mal à le faire. Il est aussi possible de revendiquer l’étiquette «en questionnement» comme une partie de notre identité, c’est vraiment correct! Si jamais tu trouves tes pensées trop envahissantes, il y a aussi un petit exercice que tu peux essayer. Non pas pour t’empêcher de te questionner, mais pour te laisser un peu respirer entre tous ces questionnements! Le voici : 

  1. Lorsque tu as une pensée envahissante, ne lui prête aucune attention. Accepte qu’elle soit là et laisse-la passer, comme un nuage. Tu peux reconnaître cette pensée quand elle est soudaine, que tu n’y as pas réfléchis et que tu ne voudrais pas y penser nécessairement à ce moment précis. 
  2. Tu peux dire à voix haute ou dans ta tête que cela n’est qu’une pensée. 

Cet exercice permet de ne plus laisser toute la place à ces pensées que nous ne voulons pas avoir toute la journée. Tu peux te réserver un moment dans la journée pour penser à tes questionnements, écrire tout ce à quoi tu penses et le garder ou le détruire. 

Et pour reprendre les mots de ma collègue Jessica : «[…] que dirais-tu de go with the flow – te laisser porter par les opportunités qui se présentent à toi, les différentes expériences que tu as envie de vivre, sans trop penser à la boîte dans laquelle ça te place ? Te sens-tu capable de vivre dans l’incertitude un certain temps, de ne pas te catégoriser ? Je sais que c’est angoissant. Souvent, quand on se questionne, on veut des réponses, et on les veut rapidement ! Toutefois, cette période de questionnement est saine, normale, voire essentielle. Elle te permettra de mieux te connaître et de grandir. Oui, c’est super que tu nous aies écrit aujourd’hui ! Sinon, si tu en ressens le besoin, tu peux toujours y aller avec le terme qui te convient le plus en ce moment, que ce soit hétéro, bisexuelle ou lesbienne. Tu auras le droit de changer plus tard !»
Si tu fais un petit tour dans la section des questions déjà posées sur notre site web, tu verras que plusieurs personnes se posent des questions très similaires à toi. Tu n’es donc vraiment pas seule dans cette situation ! Tu peux en consulter d’autres pour alimenter tes réflexions. 🙂 Tu peux aussi consulter cette autre question sur un sujet similaire si tu le souhaites : Je me persuade de trouver les hommes moches depuis ma rupture et je me demande si je ne suis pas lesbienne?

Finalement, ne sois surtout pas désolée, la confusion est tout à fait normale, puisque tu vis une période de questionnements. En plus d’être confuse, tu penses encore aux autres en disant que tu espères en aider d’autres avec ton témoignage (une autre qualité à mettre dans ta liste)! C’est une période importante pour toi et si jamais tu as d’autres questions, n’hésites pas à nous réécrire quand tu veux! 

Bonne journée Lola, 

Rébecca Frappier (elle/she), bénévole pour AlterHéros


About Ribz

Diplômée en massothérapie et présentement à sa dernière année d’étude au baccalauréat en sexologie, Rébecca est à l’écoute des gens, adore l’équitation et les jeux de société.

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