Je ne sais pas si je suis non-binaire ou une fille…


Bonjour, je tient déjà à me présenter un peu. Ici je me nommerai Personne, je suis en apparence un garçon cisgenre hétérosexuel et dyadic. Je suis donc tout ce qu’il y a de plus normal aux yeux de la société. J’ai découvert AlterHeros il y a une semaine et depuis j’attend de pouvoir poser cette question. La raison est la suivante : Je me pose beaucoup de questions, et je surtout je sens que la personne que je suis actuellement n’est pas le vrai moi…

Vous avez sans doute put constater que mes identifications sont bizarres. Je vais donc rentrer dans le vif du sujet de ce qui ne tourne pas rond chez moi, je viens aussi pour savoir si au stade où j’en suis je dois aller voir un psy ou si ça ne traite uniquement que de mon identité de genre.

Donc, actuellement, et depuis toujours, j’ai voulut être une fille. C’est l’un de mes rêves les plus fou, au point. Sauf qu’en réfléchissant, au test de la baguette magique dont j’ai entendu parler en lisant les questions je me suis rendu compte que je ne m’en servirait sûrement pas, et puis je sais que c’est impossible, ce qui m’empêche de réellement me projeter. Je me suis donc poser la question de : est-ce que je veux être un homme ou une femme, une question que je me pose depuis très longtemps, question qui m’as fait découvrir de nombreuses choses sur le monde LGBT et m’a ouvert les yeux sur mes possibilités, je tient à préciser que j’ai vécu et grandis dans un milieu plutôt très homophobe et que jusqu’à il y a peu je considérer les non-binaire comme une absurdité, je ne pense donc pas être très près à partir vers se penchant là. J’ai surtout réfléchis à ce que mes amis et à ma famille penserais et j’ai fait le point de ce que je sais :
Je ne peux pas rester un homme à 100 pour cent.
Je ne peux pas devenir une fille.
Je ne peux pas être non-binaire.

Je me demande donc ce que je suis, c’est comme un besoin, je ne peux pas me poser des questions toute ma vie sur ce que je suis réellement, je ne veux pas être dans la case en questionnement toute ma vie. J’ai besoin de faire un choix et je pencherai vers non-binaire, mais j’ai peur, si je suis une fille ? Et si je suis un homme ?
J’ai aussi un problème avec le côté romantique, je ne sais pas ce que j’aime, je n’aime pas les hommes, je ne me voit pas avoir des relations plus que buccale avec un homme, mais je ne suis pas sur d’aimer les filles. Et c’est pour sa que j’ai dit que j’étais aromantique et panromantique, parce que je ne sais pas si j’aime tout le monde et que je ne regarde pas les limites physique ou si je n’aime personne et suis juste attirer par le physique des filles. Enfaite je suis perdu partout, et si je parlais de psy c’est par ce que ça a un impact plutôt significatif sur d’autre chose. Je ne sais plus qui je suis. Je me comporte des fois comme une fille, j’ai des souvenirs que j’invente qui ne sont plus les miens, je parle tout seul (mais sa c’est depuis très longtemps), et je m’invente constamment une vie, je ne sais même pas si je suis sur de ce que je raconte en disant sa, je ne sais pas si je me pose des questions sur ma sexualité ou pas. J’en ai marre, c’est trop compliqué de faire un choix et de le tenir, je ne sais plus qui je suis. Je ne sais plus si je veux changer ou pas. Je ne sais pas si je suis une fille ou pas.

S’ils vous plaît, aidez moi…

Personne

Bonjour!

 

Merci beaucoup de nous avoir écrit, et pour ta patience en attendant la réouverture de nos services. Ce que tu vis en ce moment semble beaucoup te peser et je suis vraiment content·e que tu aies pris la décision d’en parler avec quelqu’un·e. Merci de nous faire confiance.

 

Tu es en sécurité ici, alors si ça te convient je vais utiliser des termes neutres ou féminins pour parler de toi dans ma réponse. Ça peut déjà être une première expérience pour voir comment tu te sens avec cela 🙂

 

Ton mal-être est en relation avec plusieurs éléments, je vais tenter de démêler ça avec toi pour ensuite voir ce que l’on peut faire.

 

Globalement, je comprends que ton inconfort est en lien avec ton apparence et/ou ton corps : tu ressens le besoin de changer quelque chose, possiblement d’effectuer une transition, afin de t’éloigner de la masculinité. Tu aimerais que ce que tu ressens dans ton cœur et dans ta tête, le vrai toi, puisse être visible et reconnu. Déjà, j’aimerais pouvoir te dire qu’il est possible de se dire non-binaire, transféminine, ou d’utiliser d’autres termes pour décrire son expérience de genre indépendamment de son corps et de son apparence. Ce n’est pas toutes les personnes trans et non-binaires qui ont la possibilité ou le désir d’effectuer une transition “complète” et d’incarner absolument tous les aspects traditionnellement liés à leurs genres. Pourtant, cela ne vient aucunement invalider leurs identités.

 

Ce sentiment de ne pas être toi-même, d’être inconfortable ou malheureuse d’être perçu·e comme un homme ressemble beaucoup à de la dysphorie de genre. Comme le dit mon collègue Séré (ici), la dysphorie de genre peut être physique et/ou sociale. À l’inverse de la dysphorie existe également l’euphorie de genre, le bonheur et le soulagement d’être compris·e dans le genre qui nous convient. Il s’agit souvent d’un meilleur indice que la dysphorie pour arriver à comprendre son genre et comment on aimerais l’exprimer.

 

Ensuite, l’aspect de la normalité : tu invalide tes réflexions et tes envies parce que tu crois qu’elles sont bizarres, ou du moins qu’elles pourraient être jugées comme absurdes. Tu mentionnes que ton entourage est homophobe, à force d’entendre des messages négatifs sur la diversité de nos proches et du reste de la société, on finit souvent par internaliser en partie cette vision-là. Je pense qu’un premier pas pour aller mieux pourrait être de changer graduellement ce discours interne-là, de commencer à accepter tes réflexions sur ton genre pour ce qu’elles sont : valides, légitimes et parfaitement saines.

 

Un autre point que je remarque dans ton discours c’est la stabilité ou la finalité : tu cherches une réponse finale et certaine par rapport à ton genre. C’est possible que plusieurs réponses s’appliquent à ta situation, simultanément ou en alternance. C’est aussi possible que ta compréhension de ton genre et tes émotions continuent de changer et d’évoluer au fil de tes expériences et des années. L’incertitude et les changements peuvent faire peur, mais malheureusement l’exploration et la découverte de son genre n’est pas un processus linéaire avec une destination fixe. Présentement, tu dis que tu penches plus vers non-binaire, c’est déjà un bon début!

 

Enfin, l’élément qui est probablement le plus important de ton témoignage est une impression d’impossibilité : la plupart des options te semblent irréalistes, tu mentionnes ton découragement et ton pessimisme, tu as de la difficulté à te laisser rêver ou à imaginer d’autres scénarios. Je suis conscient·e que ton milieu homophobe complique beaucoup les choses, je pense aussi qu’il est possible de faire du ménage dans ses cercles sociaux et familliaux et avec le temps prendre de la distance des personnes qui ne nous soutiennent pas tel·le·s que nous sommes réellement. Ce n’est pas facile, mais tu dis qu’affirmer ta féminité est ce que tu veux le plus au monde et que tu y rêves depuis toujours. Ce rêve vaut peut-être quelques efforts et sacrifices, qu’est-ce que tu en penses?

 

Maintenant, ce que tu peux faire. Je dirais qu’il est très important que tu priorises ton bien-être et ta sécurité. Si parler de ta féminité à tes proches risque fortement de te placer dans une position difficile, tu peux commencer par autre chose. Tu n’as pas non plus à tout faire en même temps, tu peux y aller étape par étape selon ton niveau de confort. Est-ce que tu peux penser à quelques éléments que tu aimerais essayer ou changer? Par exemple, ça pourrait être de jouer un personnage fémini dans un jeux vidéo, acheter des vêtements ou des accessoires (quitte à les mettre seulement dans ta chambre, avec des ami·e·s ou à l’école), ou encore essayer un prénom différent en commandant au Starbucks. Si c’est encore trop tôt, tu pourrais commencer par te faire un plan avec des idées qui t’intéressent, te choisir des objectifs à court et à long terme et identifier des modèles et des sources d’inspiration. Je t’encourage à t’autoriser à rêver, même si c’est à des choses qui ne semblent pas toujours réalistes. Au pire ça fait une distraction sympathique de son quotidien, au mieux ça aide à rendre tes désirs plus concrets et plus matériels, à mettre des mots et des images sur ce que tu veux. Ils seront ainsi plus faciles à réaliser 🙂

 

Tu abordes rapidement tes attirances physiques et émotionnelles comme faisant partie de tes questionnements identitaires. Indépendamment de ton identité et de ton expression de genre, tu peux très bien être attirée par les femmes, être ouverte à des relations avec des personnes de différents genres et avoir un désir pour la sexualité qui est plus faible voir absent. Tout cela est entièrement compatible.

 

Si je peux me permettre un autre conseil, se confier à des gens qui ont vécu des choses similaires peut être très aidant.  Il y a nous bien sûr, mais aussi des groupes sur les réseaux sociaux, il y a par exemple Discord (Fransgenre), Reddit (r/transgenre) et il y en a beaucoup d’autres sur Facebook aussi. Pas mal toutes les personnes trans et non-binaires sont passé par une période plus ou moins longue de questionnement, et on est toustes parti·e·s de quelque part. Si tu a besoin de discuter avec une personne formée pour écoouter et recevoir des émotions difficiles, je te conseil aussi des lignes d’écoute comme  la Ligne Azur (diversité sexuelle) : 0 810 20 30 40, ou Suicide écoute (24/7) : 01 45 39 40 00 

 

Finalement, tu nommes que ta souffrance a un impact significatif et tu te questionnes sur l’utilité d’un suivi psychologique. Pouvoir parler avec un·e professionnel·le spécialisé·e, mieux comprendre sa situation, établir des objectifs et des moyens pour les atteindre est quelque chose de très utile pour certain·e·s. Si ça t’intéresse pourquoi pas. Je tiens seulement à te préciser que se poser des question sur son identité, se parler et ne pas se rappeller de tout n’est pas automatiquement problématique ni anormal.

 

Tu as déjà lu quelques unes des réponses de notre site, si jamais tu ne leur a pas déjà jeté un coup d’oeil les réponses suivantes pourraient peut-être te servir :

 

J’espère que ma réponse pourra t’aider à emprunter un nouveau chemin vers ce que tu cherches. Je t’envoie beaucoup de courage, et je suis toujours disponible si tu ressens le besoin de nous recontacter. 

 

Prend soin de toi, et au plaisir, 

 

Maxim·e, intervenant·e pour AlterHéros

Iel/they/them, accords neutres


About Maxim-e

Impliqué‧e dans le milieu communautaire 2SLGBQTIA+ depuis plusieurs années, Maxim·e a une place spéciale dans son coeur pour les jeunes de la diversité sexuelle et de genre. C'est ce qui l'a poussé à entamer un Baccalauréat en sexologie à l'UQAM. Iel s'engage à améliorer l'inclusion et la célébration des diversités, des trajectoires atypiques et de touste celleux qui ne rentrent pas dans les cases. Plus récemment, iel commence à s'intéresser à la santé mentale, au self-care, à l'abolition du capitalisme et au repos une fois de temps en temps. Fervent‧e amateur‧e de pluie, ses couleurs préférées sont le gris et les arcs-en-ciel.

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