J’ai peur de l’intimité et je me demande si j’ai vécu de l’abus…


Bonjour Math et merci d’adresser votre question à AlterHéros!
Vous vous questionnez au sujet de votre orientation sexuelle et de votre peur de l’intimité. Vous vous demandez également si vous n’auriez pas subi un quelconque traumatisme qui pourrait expliquer certaines de vos réactions.
D’abord, j’aimerais m’assurer que vous vous questionnez au sujet de votre orientation sexuelle et non de votre identité sexuelle, qui sont deux concepts bien distincts. L’orientation sexuelle est le fait d’être attiré par les hommes, les femmes ou les deux (être gai, hétérosexuel, bisexuel) alors que l’identité sexuelle est en lien avec le sentiment profond que nous avons d’être homme ou femme. Comme vous parlez de vos préférences sexuelles et vos expériences avec des gens des deux sexes dans votre message, je crois comprendre que vous abordez le thème de l’orientation sexuelle.
Vous écrivez dans votre message que vous êtes sorti avec des filles et un garçon. Avec les femmes, avec lesquelles vous vous voyez mieux en général, vous dites avoir du mal à établir un contact, alors qu’avec les hommes, vous vous sentez parfois angoissé lors de situations de proximité physique. Vous mentionnez également avoir peur de l’intimité. Qu’est-ce que cela signifie pour vous? Est-ce l’intimité sexuelle qui vous effraie? L’intimité émotionnelle? Est-ce cette peur de l’intimité qui vous donne du fil à retordre lorsque vient le temps d’établir un contact? Si oui, à quel niveau intervient-elle? Je vous suggère un petit exercice. Si vous pensez à différentes choses que deux personnes en situation d’intimité peuvent faire, lesquelles vous angoissent? Quelles sont vos limites? Par exemple, ça peut être le fait de se dévêtir, de s’embrasser, de s’enlacer ou le simple fait de discuter de choses plus intimes?
Dans votre propre expérience, avec vos ex-copines et votre ex-copain, à quel moment les choses devenaient-elles plus difficiles pour vous? Suite à cette réflexion, vous pouvez vous questionner à savoir pourquoi de telles situations vous rendent mal à l’aise ou vous font peur. Est-ce par peur du jugement? De l’engagement? D’être déçu? Cette problématique est-elle également présente avec vos amis, votre famille? Vous dites vous sentir angoissé lorsque vous êtes près de votre père. Est-il le seul homme de votre famille avec qui vous réagissez ainsi? Qu’en est-il de votre rapport avec les hommes en général? Voilà plusieurs questions que je vous invite à vous poser et dont les réponses pourraient vous éclairer sur ce qui se passe.
Vous faites une parenthèse concernant la pornographie. Les scénarios et pratiques que vous y voyez pourraient-elles vous plaire dans la ”vraie vie”? Bien sûr, la pornographie que vous consommez peut vous donner des indices sur vos préférences sexuelles, mais il faut se rappeler que bien souvent, elle ne reflète pas la réalité. Les corps qu’on y présente sont souvent retouchés et tout peut sembler si facile alors que dans la réalité, comme vous avez peut-être pu l’expérimenter, il en est souvent autrement.
Quand vous êtes seul, sans accès à la pornographie, qu’est-ce qui vous excite? En ce moment, vous dites fantasmer plutôt sur les femmes. Vous fantasmez plus généralement sur des hommes ou des femmes? Du côté amoureux, quel serait votre idéal? Vous dites vous voir davantage avec une femme. Pour quelles raisons? Qu’est-ce qui vous attire chez une femme? Et chez un homme? Cela peut être une liste de caractéristiques physiques, psychologiques, des intérêts… Autrement, quels sont vos projets de vie, à long terme? Pourriez-vous imaginer votre vie future avec un homme? Une femme? Ce sont de simples questions qui pourraient vous aider à mieux vous situer.
Vous terminez votre message en vous demandant s’il ”s’agit vraiment d’homosexualité refoulée”. Qu’est-ce qui vous fait penser que vous avez une homosexualité refoulée? Avez-vous l’impression de vous empêcher de vivre quelque chose avec les hommes? Votre malaise lorsque vous êtes près d’un homme serait-il selon vous une piste qui pourrait vous éclairer au sujet de votre orientation sexuelle? Ou sinon, au sujet de la possibilité d’abus que vous mentionnez? Avez-vous des raisons de croire que vous en avez été victime? Le phénomène de refoulement dont vous parlez est effectivement vécu par certaines victimes d’abus. Cependant, cette peur de l’intimité et l’angoisse des contacts physiques est présente chez plusieurs personnes n’ayant jamais subi d’abus. Elle peut être causée par plusieurs facteurs. Comme ces peurs semblent vous ”empêcher d’avoir une vie sexuelle” comme vous le mentionnez, je vous propose de consulter un(e) sexologue ou psychologue. Ces professionnels sauront effectuer avec vous un cheminement plus complet. Qu’en dites-vous?
Finalement, vous dites en début de message que vous n’avez ”toujours pas” eu de relations sexuelles. À 25 ans, les gens n’ayant pas eu de rapports sexuels ne sont pas si rares que certains pourraient le croire. Même dans certaines études scientifiques, il faut noter que le phénomène de la désirabilité sociale (répondre aux questions selon ce que l’on croit être le plus acceptable socialement, par crainte d’être jugé, stigmatisé ou pour avoir une réponse satisfaisante pour soi-même) est très présent. Les questions touchant l’âge de la première relation sexuelle et la fréquence de celles-ci sont particulièrement touchées. Je vous suggère donc de ne pas vous en faire! Laissez-vous le temps de vivre vos émotions et vos expériences et ce, peu importe votre orientation sexuelle!
J’espère avoir su répondre à vos interrogations, Math. Cependant, comme vos peurs semblent vous empêcher de vivre certaines choses dont vous avez envie, je vous suggère de vous tourner vers un(e) thérapeute en sexologie ou en psychologie avec qui il vous sera possible de cheminer davantage. Si vous avez d’autres questions ou commentaires, n’hésitez pas à nous écrire à nouveau.
Bonne route!
Mé, pour AlterHéros


About Marie-Édith Vigneau

Marie-Édith est une femme lesbienne acadienne étudiante à la maîtrise en travail social. Elle est grande fan de la mer, de féminisme, de santé sexuelle, de justice sociale, de musique, d'espresso, de bières de microbrasseries, de bas de laine et de grilled-cheese.

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