J’ai énormément peur d’entamer ma transition féminine et j’ai beaucoup de questions…


Est-ce que la prise d’hormone “estradiol” m’aidera pour la redistribution du gras ?

*J’ai 39 ans (male) et je planifie ma transition pour devenir une femme. Mes grandes peures sont: 1)Une transition botcher comme un truque “Frankenstein” … 2)Subir de la discrimination durant la pre-transition… 3)Attendre trop longtemps, voir des annees pour finalement passer a l’etape pour la transition *la montre biologique ne peux attendre, car les complications se font de maniere plus severe pour la prise d’hormone ou de la chirurgie quand ont vieillis…ca fini toujours croche ou mal la plupart du temps…
4)Que ma famille se rendent compte… , je sais que je pourrais souffrir a cause de ca aussi… 5)Payer a vie pour les hormones qui peuvent couter une enorme fortune… *Supposons un scenario, je perds mon emploi a cause d’un probleme avec un de mes collegues de travaille… Je vais etre completement dans la merde 6)Avoir de la difficulte d’atteindre un orgasme (j’ai entendu dire que la plupart des femmes-trans, ne peuvent atteindre un orgasme)… 7)Avoir de la difficulte a trouver une partenaire, former un couple… la grande majorite des femmes-trans sont avec des hommes, moi je NE veux pas etre avec des hommes, j’ai une aversion aux sexe masculin, je trouve ca traumatisant et degueulasse d’etre toucher par un homme. 8)Etre coercer dans la prostitution pour de l’argent rapide, si je me retrouve dans la rue sans les moyens pour payer mes hormones… tres degueulasse et humiliant 9) Perte de force excessive, perte d’energie, trop de fatigue, je veux continuer a m’entrainer pour avoir une belle figure. 10)Gains de poids excessif dans le tour de taille, le visage et les bras … Je veux que mon gras se distribue dans mes hanches, fesses et cuisses. 11)Les chirurgies sont excessivement chere, comment je peux financer mes chirurgies de reconstruction feminine dans les plus bref delai ??? Bref, je veux avoir une allure feminine, je ne veux pas etre un freak-show pour endurer encore de la douleur comme quand j’etais jeune. Tout les jours je songe au suicide.

Bref, j’ai enormement de peur, j’ai besoin d’etre assurer avant d’entreprendre le grand saut dans une nouvelle vie.

Nick.

Salut Nick,

Je vais commencer par te rassurer : tu n’es pas la seule personne à vivre un tel questionnement. Avoir des craintes face à l’idée d’entreprendre une transition est tout à fait normal. Je vais tenter de t’éclairer le mieux possible. Je constate que tu as plusieurs sous-questions concernant ta transition, je vais donc tenter d’aborder chacune de ces questions séparément. 

En premier lieu, je te dirai que le sexe et le genre sont deux choses distinctes. C’est une différence à la fois simple et difficile à comprendre, parce qu’on nous a appris le contraire. En gros, si tu as le sentiment, à l’intérieur de toi-même, d’être une femme, tu l’es déjà. Voici une réponse sur ce sujet qui en parle plus en détail : J’aimerais comprendre comment se forme l’identité de genre d’une personne? Est-ce lié au cerveau et aux hormones? 

Faire une transition te permettra de changer ton expression de genre (l’apparence physique est un élément de cette expression) pour qu’elle corresponde à ce que tu te sens être, à comment tu veux être perçue par les autres (et devant ton miroir) en tant que femme. Tu peux aller voir cet article qui parle un peu de ce sujet : Je confond beaucoup mon expression de genre et mon identité de genre. Pouvez-vous m’aider?

Je vois que tes questions portent beaucoup sur la transition médicale. Une transition peut aussi être sociale (prénom, pronoms, vêtements, milieu de travail, etc.), légale (changement de nom et de mention de genre, de documents officiels, etc.) et psychologique (questionnement, compréhension et acceptation de soi, entre autres). Aucun de ces aspects n’est obligatoire et chaque parcours de transition est propre à la personne qui la fait.

Je me permets de répondre dans le désordre à tes préoccupations, mais ne t’en fais pas, elles sont toutes là.

 

Subir de la discrimination durant la pré-transition 

Je ne suis pas certaine de ce que tu veux dire par « pré-transition », mais je vais assumer cela signifie « avant d’avoir terminé la transition ».

C’est une idée qu’on entend souvent et j’aimerais la déconstruire quelque peu. Il n’y a rien de problématique à vouloir qu’à la fin de notre transition, notre apparence corresponde à l’image attendue de notre genre par la société (dans ton cas, une image féminine). On appelle cela « passer », même si le terme est controversé et un peu discriminatoire. Par contre, il est important de comprendre que la validité d’une personne trans n’est aucunement liée à ce passing. Certain‧e‧s vise le passing, d’autre pas. Dans certains cas, il est plus difficile de l’obtenir, que ce soit à cause de notre physique ou à cause de nos moyens financiers. Et dans tous les cas, une personne trans est 100% valide, acceptable, correcte et belle, quelle que soit son apparence physique. Je le mentionne pour te dire que tu n’es pas obligée de faire des chirurgies et avoir « l’air féminine » pour être une personne trans acceptable. 

Ceci étant dit, il faut admettre que, dans notre société, il y a plus de discrimination envers les personnes qui sont visiblement trans et il faut composer avec. Donc oui, il est possible que tu en subisses. Il y a plusieurs moyens de s’aider à composer avec cette discrimination : mieux s’accepter soi-même, échanger avec d’autres personnes qui vivent des expériences similaires, apprendre sur le sujet de l’identité de genre, etc.

 

Souffrir si ou quand ma famille se rend compte que je suis en transition

Je sens dans la formulation de ta question que tu ne les crois pas très ouverts à la transidentité. À cela je te dirai que les expériences varient beaucoup d’une personne à l’autre. Certaines familles vont nous surprendre par leur ouverture, mais d’autres fois c’est l’inverse. Parfois la réaction initiale est négative, mais les gens s’éduquent et se remettent en question et la situation s’améliore. Je connais des personnes trans qui ont une superbe complicité avec leur famille vis-à-vis de leur identité de genre et d’autres qui ont complètement coupé le contact avec eux. Et plusieurs se situent entre ces deux extrêmes.

Je ne peux donc pas prédire ce qui t’arrivera, mais je te dirai par contre ceci : il est parfois avantageux, pour notre bien personnel, de prendre de la distance avec les gens qui ont une réaction négative et toxique envers qui nous sommes. Ce n’est pas à nous de changer pour les accommoder, mais bien à eux de s’adapter à qui nous sommes. Je crois que c’est une bonne idée d’au moins réfléchir à la possibilité de prendre de la distance, une pause, ou même à complètement sortir des gens de notre vie si leur réaction est à ce point néfaste pour nous. Bien sûr, je te souhaite que ce ne soit pas ton expérience et que les gens t’offrent du respect, de l’amour et du support.

Je réalise bien que cela n’est pas toujours possible et que le niveau d’importance accordé à la famille varie d’une personne à l’autre, alors je lance l’idée de possiblement prendre de la distance avec ces gens sous toute réserve. D’ailleurs, rien ne nous oblige à faire un coming out et il est parfois plus simple ou sécuritaire de le remettre à plus tard ou même de ne pas le faire et laisser les choses se développer d’elles-mêmes.

 

Que ma transition soit un échec et ait l’air monstrueuse (tu as écrit « Frankenstein »)

Je crois comprendre ce que tu ressens. À mes débuts, quand j’en suis venue à réaliser et accepter que je suis trans, j’admets que l’image d’homme en robe que les médias nous ont poussée tout au long du dernier siècle me faisait peur et me causait de l’inconfort. C’est ce qu’on appelle la transphobie intériorisée, une haine des personnes trans qui nous a été poussée suffisamment par la société pour qu’on ait un ressenti négatif envers ce que nous sommes.

Depuis, j’ai fait beaucoup de travail sur moi-même et cela m’a permis de rendre mes perceptions plus réalistes. Je me suis débarrassé d’une très grande part de cette intériorisation et je souscris maintenant beaucoup plus à la pensée body positive (en gros, l’acceptation de la diversité des corps comme étant valides sans soucis pour les normes de beauté de la société). À titre d’exemple, là où une personne en robe qui a des jambes poilues me causait auparavant de l’inconfort, maintenant ce n’est plus le cas. Si une telle personne attire mon regard, c’est parce que je me demande, par simple curiosité, qui elle est et quelle est son histoire.

Tout ce que je viens de nommer est important pour notre bien-être psychologique, mais je me doute bien que ça ne fera pas disparaitre tes craintes. Par cette question et d’autres, tu sembles vouloir entendre parler des aspects médicaux de la transition. Je vais commencer à y toucher ici et répondre aux éléments plus spécifiques plus tard.

Je ne te le cacherai pas, l’âge est effectivement un facteur qui va affecter le résultat de ta transition, mais la plupart des effets que les hormones masculinisantes ont eu sur ton corps se sont produits à l’adolescence (j’assume ici que tu as été assignée garçon à la naissance). Après cela, ces hormones continuent leurs effets, mais de manière beaucoup moins prononcée. Une transition dans la vingtaine est donc un peu plus facile que dans la quarantaine, mais pas autant que plusieurs personnes le pensent. Certaines ont commencé leur transition aussi tard que dans la soixantaine et sont très satisfaites des résultats, comme c’est le cas de Chloé dont tu peux écouter son témoignage ici.

Le corps humain est capable de réagir autant aux hormones masculinisantes qu’aux hormones féminisantes. Lors d’une hormonothérapie, on vit donc ce que plusieurs appellent une deuxième puberté. Les effets dépendent de notre génétique et sont difficiles à prévoir avec exactitude.

Pour ce qui est des chirurgies, je me contenterai de dire que beaucoup des chirurgies disponibles pour les femmes trans sont pratiquées depuis longtemps et que l’expertise est là. Au Québec, nous avons de très bon‧ne‧s chirurgien‧ne‧s pour les vaginoplasties (une option disponible pour les femmes trans).

 

Attendre trop longtemps et avoir des complications liées à l’âge avec les hormones et les chirurgies

Tu dis, dans le texte original de ta question, que « ça finit toujours croche ou mal la plupart du temps ». Il y a beaucoup de mauvaises informations à ce niveau, provenant entre autres de sources qui s’opposent à la transition et j’aimerais apporter des précisions. 

Dire que les chirurgies que l’on peut faire en tant que femmes trans sont risquées ou dangereuses est loin de la réalité. Du moment qu’elles sont pratiquées par des professionnel‧le‧s accrédité‧e‧s et compétent‧e‧s, elles ont un niveau de risque faible (ça n’est jamais complètement nul). L’âge peut effectivement être un facteur qui augmente légèrement les risques de complications, mais c’est le cas pour bien des procédures médicales. Une multitude de chirurgies n’ayant aucun lien avec la transition existent, elles sont pratiquées tous les jours et pas seulement sur de jeunes personnes, avec des résultats très positifs. Plusieurs femmes trans ont eu des chirurgies à des âges avancés sans rencontrer de problèmes.

L’hormonothérapie n’est pas beaucoup plus risquée avec l’âge non plus. Comme pour les chirurgies, la légère augmentation du risque est surtout liée au fait que le corps vieillit. Mais quel que soit l’âge auquel on commence une hormonothérapie, ce n’est pas une étape qui dure seulement quelques années. Une hormonothérapie faite dans le cadre d’une transition est habituellement un processus qu’on poursuit tout au long de notre vie.

Pourquoi? Pour faire une histoire courte, le corps humain a besoin d’avoir un niveau suffisamment élevé, soit d’androgènes (hormones mâles), soit d’estrogènes (hormones femelles) pour être en santé. L’hormonothérapie (dans le cas des femmes trans) inverse l’hormone présente et le changement vient avec des effets féminisants sur le corps. Pour maintenir ces effets, il faut continuer la prise d’hormones. De plus, après un certain temps (ou une chirurgie génitale), le corps perd la capacité de maintenir lui-même un niveau suffisant d’hormones. L’hormonothérapie est généralement nécessaire pour obtenir une apparence féminine (si c’est notre but) et s’y engager est une décision à long terme. Qu’on commence jeune ou vieille, on va finir par en prendre en étant vieille.

 

Les chirurgies sont chères et je me demande comment je vais me les payer

Tu mentionnes aussi dans ta question que tu veux avoir une allure féminine et ne pas ressentir de la douleur, comme quand tu étais jeune, face à ton apparence. Tu indiques songer tous les jours au suicide. Je compatis avec toi là-dessus. Cet inconfort, nous sommes plusieurs à le vivre, chacune à des niveaux différents. Si c’est trop difficile pour toi, n’attends pas de faire une transition avant d’aller trouver de l’aide. Il existe des personnes qualifiées et alliées qui peuvent t’aider. La transition est le meilleur remède pour cet inconfort, mais il ne faut pas se fier seulement à celle-ci, car elle ne règle pas tout.

Pour ce qui est du prix des chirurgies, j’ai une bonne et une moins bonne nouvelle. La bonne, c’est qu’au Québec, la vaginoplastie (chirurgie génitale pour les femmes trans) est couverte entièrement par l’État. L’hormonothérapie est aussi partiellement couverte par plusieurs assurances et elle n’est pas particulièrement dispendieuse (la définition du terme dispendieux étant relative). À titre d’exemple, les injections d’estradiol, en 2022, coutent environ 125$ pour trois mois et c’est probablement l’option la plus chère.

La moins bonne, c’est que le reste n’est, à ma connaissance, pas couvert. Ceci pourrait changer, d’une part parce que les compagnies d’assurances peuvent être amenées à en couvrir partiellement certaines, d’autre part parce que plusieurs groupes font pression sur nos instances gouvernementales pour que plus de chirurgies soient couvertes. Je ne fais pas de prédictions pour l’avenir, mais nous avons des arguments scientifiques et légaux solides : la transition médicale est reconnue comme aidante pour la dysphorie de genre (si on a une dysphorie, car ce n’est pas un critère obligatoire) et les droits des personnes trans sont maintenant reconnus dans les droits de la personne.

Les prix varient et les budgets aussi. Par exemple, l’épilation permanente du visage peut couter plusieurs centaines de dollars, voir dépasser le millier, mais d’autres chirurgies comme une augmentation des seins peut être plus couteuse. Certaines utilisent le crowd funding avec succès pour obtenir les moyens nécessaires pour se payer leurs chirurgies.

En même temps qu’on fait notre transition médicale, travailler sur la perception que nous avons de notre propre image corporelle peut grandement aider. Il n’est pas question ici de s’accepter comme on est (un argument trop souvent utilisé comme attaque) et de ne pas faire de transition, mais bien de développer une attitude plus positive envers notre corps pendant qu’il change. Tout comme les femmes cisgenres, nous pouvons gagner beaucoup à nous détacher des normes sociales irréalistes de beauté.

 

Je crains d’avoir un gain de poids excessif autour de la taille, du visage et des bras – je veux que mon gras se distribue dans mes hanches, mes fesses et mes cuisses

L’hormonothérapie ne cause pas un gain de poids excessif. J’ai personnellement vu, sur un formulaire de consentement éclairé, que les hormones pourraient me faire gagner du poids ou perdre du poids. Les effets vont donc varier d’une personne à l’autre selon plusieurs facteurs.

Règle générale, les hormones ont l’effet que tu désires sur la répartition du gras dans le corps. Les estrogènes favorisent la distribution du gras qu’on rencontre le plus souvent chez les femmes cisgenres : dans les hanches, les fesses et les cuisses. Cependant, cet effet dépend de la génétique particulière de chaque personne. Pour certaines, l’effet est plus prononcé, pour d’autres moins. J’ajouterai que l’effet est lent et parfois subtil. 

 

Je crains une perte excessive de force et d’énergie

La diminution de testostérone liée à l’hormonothérapie va effectivement diminuer ta masse musculaire, mais cette diminution n’est pas énorme. Les femmes cisgenres sont tout à fait capables de s’entrainer et de gagner de la masse ou du tonus musculaire sans avoir de hauts taux de testostérone. 

Une perte de niveau d’énergie pourrait se produire si tu avais des niveaux bas d’androgènes et d’œstrogènes. Avec des niveaux suffisants d’œstrogènes, ton niveau d’énergie ne devrait pas changer de manière significative. Et honnêtement, l’euphorie de genre (le sentiment d’être bien dans son corps et de le voir de plus en plus correspondre à son genre ressenti) peut être une bonne source d’énergie et de motivation.

 

Je crains de ne pas pouvoir payer mes hormones si je perds mon emploi

Comme je l’ai mentionné plus haut, le cout des hormones peut varier, mais n’est pas très élevé. Une option plus dispendieuse (en 2022) est l’ injection qui revient à environ 125$ pour 3 mois et peut être couverte en partie par un régime d’assurance. L’option la moins chère, les pilules, peut couter environ entre 10 et 30$ par mois (variable selon la prescription) et est généralement couverte par les régimes d’assurances privées ainsi que par l’assurance-médicaments de la RAMQ. Ce site détaille les coûts des différents types d’hormones. 

 

Je crains de ne pas pouvoir atteindre l’orgasme après une vaginoplastie

Je n’ai pas de chiffres précis à te donner (les études scientifiques sur la réalité trans sont un peu plus difficiles à trouver, bien que cette situation s’améliore beaucoup récemment), mais il est faux de dire que la plupart des femmes trans ne peuvent pas atteindre l’orgasme. La vaginoplastie est une chirurgie qui est pratiquée depuis longtemps et les techniques se sont beaucoup améliorées avec le temps. Les formulaires de consentement pour la chirurgie mentionnent qu’il n’y a aucune garantie de la même manière qu’on averti les clients d’un centre ayant des trampolines qu’il y a des risques de blessure ou de mort : il est question de ne pas prendre de chance, au cas où. C’est possible que ça arrive, même avec un‧e bon‧ne chirurgien‧ne, mais ce n’est pas la majorité des cas. J’ai moi-même fait cette chirurgie et tout fonctionne bien de ce côté.

D’ailleurs, atteindre l’orgasme n’est pas seulement une question de sensibilité nerveuse. Cette sensibilité en est une partie essentielle, mais il ne faut pas négliger les autres. L’hormonothérapie a plusieurs effets sur la sexualité et ils varient d’une personne à l’autre. Le désir sexuel peut changer : en intensité, mais aussi dans la forme qu’il prend. La sensibilité du corps et ses zones érogènes peuvent changer : plusieurs remarquent, par exemple, des zones de leur corps qui deviennent érogènes alors qu’elle ne leur faisait pas d’effet auparavant. Les réactions aux stimulations et le ressenti lors de l’orgasme peuvent changer : que ce soit lié aux hormones ou aux changements psychologiques, on voit ces changements même sans vaginoplastie.

Enfin, il y a un réapprentissage à faire après une vaginoplastie, une redécouverte de son propre corps et de ses réactions. Tout est à la fois similaire et différent, mais le résultat est une nouvelle partie de son propre corps et je crois qu’il faut l’approcher comme tel. Par expérimentation, seule ou avec d’autres, on peut apprendre à se connaitre, se comprendre et comment avoir du plaisir dans cette nouvelle réalité. En ce sens, l’expérience est comparable à l’adolescence où on apprend à connaitre son corps. Les parallèles sont présents.

Je dis tout cela sous toute réserve, en ce sens que je ne peux pas parler pour l’entièreté des expériences de toutes les femmes trans ayant eu une vaginoplastie. Certaines atteignent leur premier orgasme après quelque mois (il est recommandé d’attendre de deux à trois mois avant d’expérimenter, pour laisser tout guérir correctement) et pour d’autres c’est plus long ou plus difficile. Je me base sur plusieurs expériences dont j’ai entendu parler (des connaissances, des conversations en ligne, des textes lus) et sur ma propre expérience pour ce que je te raconte ici. Tu peux lire cet article sur ce sujet : Quand une femme transgenre a une vaginoplastie, peut-elle avoir des orgasmes?

 

Je crains d’avoir de la difficulté à trouver une partenaire pour former un couple

Oui, en effet, ce n’est pas toujours facile, mais je dois clarifier une chose avant d’élaborer plus. Toutes les orientations sexuelles existent chez les femmes trans : hétérosexuelle, homosexuelle, bi ou pansexuelle, asexuelle, etc. L’idée que la plupart des femmes trans sont attirées par les hommes est un mythe. Derrière ce mythe, on retrouve entre autres ceux qui pensent qu’une femme trans est en fait un homme homosexuel qui veut rendre sa relation plus « valide » en étant une femme (parce que la relation avec un homme devient alors hétérosexuelle). Il n’en est rien.

Là où tu as raison, c’est qu’il y a effectivement des personnes qui ne veulent pas être en relation avec une personne trans spécifiquement parce qu’elle est trans. Cette attitude peut se retrouver chez les lesbiennes (qui sont la population qui t’attire, si je comprends bien), mais aussi dans le reste de la population. Entrer en relation est donc plus difficile, mais loin d’être impossible. Beaucoup de femmes trans sont en relation avec d’autres femmes qui sont elles-mêmes cisgenres ou transgenres, opérées ou pas, d’identité non-binaire ou féminine et de toute autres merveilleuses variations que je n’ai pas nommées. Ne perds donc pas espoir, car bien qu’il y ait quelques embuches de plus, il y a aussi un gros gain à être trans : en étant soi-même et bien dans sa peau, on augmente beaucoup nos chances d’intéresser et séduire les autres.

 

Je crains d’être forcée à me prostituer pour faire de l’argent si je me retrouve sans emploi

Je ne nierai pas que cette situation existe encore, pour certain‧e‧s, mais elle est beaucoup plus rare qu’avant. Plusieurs des conditions qui contraignaient les personnes trans au travail du sexe dans le passé ne sont plus. 

Depuis que nos droits sont reconnus comme étant des droits humains, il n’est plus légal pour un employeur de nous congédier à cause de notre identité et c’est la même chose pour un‧e propriétaire qui veut nous expulser d’un logement. Il y a encore parfois de la discrimination, mais elle est illégale et, je l’espère, les choses vont continuer de s’améliorer à ce niveau. Je mentionne aussi que, bien que ce n’est pas une situation idéale, l’aide sociale existe au Québec et c’est un filet de sécurité utile lorsqu’on est dans le besoin.

Les histoires de personnes trans qui se sont fait mettre à la porte de leur emploi sans avoir de recours légal pour ensuite perdre leur appartement par manque d’argent ou à cause d’un propriétaire transphobe et qui ont des difficultés à avoir accès aux services sociaux parce que les employé‧e‧s de ces services discriminent envers eux sont en voie de disparition. Par exemple, dans le cas d’un‧e employé‧e gouvernemental‧e qui discriminerait envers une personne trans, il y a des recours et des organismes qui vont défendre nos droits.

Enfin, comme je l’ai mentionné plus haut, l’hormonothérapie n’est pas extrêmement dispendieuse.

 

Pour finir

Ouf. Tu avais beaucoup de questions. Je suis passée par là, comme plusieurs d’entre nous, et cela m’a fait plaisir de tenter de te donner des réponses du mieux que je le peux. J’espère que ces réponses vont t’aider.

Ma dernière recommandation serait de trouver des groupes de discussion animés par des organismes communautaires spécifiquement pour les personnes trans ou en questionnement et de les rejoindre. Il y a en a plusieurs et, depuis la pandémie, plusieurs ont un format en ligne, ce qui en améliore grandement l’accès, comme ASTTEQ et l’Aide aux trans du Québec.

Prend le temps d’y réfléchir, n’hésite pas à pousser ton questionnement et sache que, quelle que soit ta décision et quelle que soit ton identité de genre, tu es valide, un point c’est tout.

Solidairement,

Sophie (elle), pour AlterHéros


About Sophie Desjardins

Sophie (elle/she) est une femme trans, bisexuelle, polyamoureuse et pleins d'autres choses. Anciennement enseignante dans un autre domaine, elle travaille présentement à temps plein sur son baccalauréat en sexologie à l'UQAM. Elle considère que l'éducation sur le sujet de la sexualité est importante, essentielle pour toustes et trop souvent négligée de nos jours. L'acceptation de la diversité et de la différence de chacun·e est pour elle un idéal social important, un qu'elle travaille à faire avancer comme elle le peut. Elle n'a pas honte d'affirmer qu'elle est geek et aime (un peu trop) tout ce qui est sucré.

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