J’ai des questions sur l’herpès buccal et d’autres ITSS


Cher Max,

Il me fait plaisir de répondre à ta question sur le risque d’infection urinaire vis-à-vis la pénétration anale ainsi que sur la transmission d’herpès buccal.

Les infections urinaires sont des pathologies communes, surtout chez la femme. La femme est en effet plus à risque vu l’anatomie de son urètre qui est plus courte et plus accessible aux bactéries de la peau et coliformes (qui proviennent du rectum). Il est cependant possible de contracter une infection urinaire pour un homme, qu’il pratique ou non des relations sexuelles anales. Une bactérie quelconque remonte dans l’urètre et colonise la vessie. Je ne crois pas néanmoins que cela doive t’inquiéter outre mesure. Une infection urinaire se présente généralement par des brûlures à la miction, la sensation de devoir uriner plus souvent ou d’avoir la vessie toujours pleine. Si tu as ces symptômes, tu n’as qu’à consulter un médecin de famille ou une clinique sans rendez-vous. Un test d’urine pourra être fait et un antibiotique t’être prescrit, sans complication associée, dans la très grande majorité des cas. Les bactéries peuvent plus rarement infecter la prostate et causer des douleurs à l’éjaculation, des maux de ventre ou de l’inconfort aux testicules. Un traitement aux antibiotiques prolongé de 3 à 6 semaines peut être alors nécessaire pour ces prostatites, surtout si chroniques.

Pour ce qui est de l’herpès, sache que 70 % de la population générale a été infectée par le virus de l’herpès HSV-1, le virus qui touche surtout la région autour de la bouche. Le virus du HSV-2 affecte davantage les organes génitaux et est plus virulent, quoique moins répandu. La plupart des patients ne sont donc pas au courant qu’ils sont porteurs du virus et qu’ils peuvent donc le transmettre à quelqu’un d’autre. La transmission aux organes génitaux du partenaire est aussi possible, s’il y a contact direct avec la bouche du patient (sexe oral), peu importe qu’il s’agisse du virus HSV-1 ou HSV-2. Tu as pu attraper le virus par un simple baiser de quiconque était porteur quand tu étais jeune, alors ne t’en fais pas trop avec cela. Je te recommande d’offrir à ton partenaire d’être testé avec un échantillon sanguin pour la sérologie à l’herpès de type 1 et 2. S’il est lui-même positif pour le même virus, le risque de transmission ne se pose plus. Sinon, il faut discuter avec lui. La plupart des infections transmises se font en l’absence de boutons, quand la personne infectée ne présente aucun symptôme. Bref, demande à ton partenaire s’il est prêt à courir le risque d’avoir une infection qui peut l’affecter et revenir périodiquement, avec des symptômes de brûlement et d’inconfort possible. Le risque est là, et il vaut mieux en discuter pour que vous soyez d’accord. 20 % des patients avec l’herpès génital de type 2 (HSV-2) ont plus de 10 récurrences de boutons symptomatiques par années. On ne peut guérir ces patients, mais on peut donner des médicaments pour réduire les rechutes. Si ton partenaire est inquiet, je vous recommande le port du condom constamment et une barrière protectrice comme du papier de cellophane pour « l’anulingus ». Des anti-viraux comme l’aciclovir, la valaciclovir et le famciclovir peuvent aussi diminuer le risque de transmission s’ils sont pris à tous les jours. Consulte ton médecin, où un docteur spécialisé dans une clinique de planning familial/de santé sexuelle pour plus d’informations au besoin.

Je sais qu’il s’agit d’un sujet difficile, mais beaucoup de gens sont porteurs sans même le savoir. Les tests sanguins peuvent nous aider. Il s’agit ensuite d’en parler à son partenaire, sans se sentir coupable, de manière responsable. On ne choisit jamais d’être malade ou non. J’espère t’avoir donné des explications utiles,

Merci de nous avoir écrit,

Frédéric Picotte

Résident en médecine familiale


About Frédéric Picotte

Frédéric est médecin de famille pratiquant dans la région de Shawinigan. Il a complété en mai 2008 mon doctorat en médecine à l’Université McGill et deux ans plus tard sa spécialité en médecine familiale via l’Université de Montréal. C’est l'une de ses amies, étudiante en psychiatrie, qui lui a présenté AlterHéros en 2008. Elle cherchait alors un bénévole qui répondrait de manière plus spécifique aux questions à thème « médical », ce qui a constitué la majeure partie de sa contribution jusqu’à maintenant.

J’aime m'impliquer à AlterHéros car on peut rejoindre et rassurer beaucoup de gens, peu importe l’âge, l’orientation sexuelle ou la culture. Je trouve intéressant que la majorité de nos visiteurs soient de jeunes internautes et qu’on puisse donc leur fournir une information de qualité et un espace pour poser des questions qu’ils auraient du mal à obtenir autrement.

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