Est-ce normal de pas être sûre de mon orientation après des mois de réflexion?


Bonjour à vous,

Déjà je voulais vous remercier car j’ai déjà lu beaucoup de vos réponses et ça m’a parfois beaucoup calmé dans mes questionnements.

Maintenant, j’aimerais vous parlez de mon ressentie et surtout de mon parcours pour permettre des réponses plus précises sur mes questionnements.

J’ai 16 ans donc l’adolescence, qui n’a pas été simple dès le début pour moi.

Depuis petite je suis attirée par les hommes, de tous genres, de tous caractères.

Mon premier vrai amour a été au collège : j’adorais ce garçon, je fantasmais sur notre relation et là il m’a demandé de sortir avec moi (j’étais trop heureuse). Néanmoins, quelque chose d’improbable arrive : blocage énorme. Je n’arrive plus à lui adresser la parole, à le toucher, je ne suis pas à l’aise. Je le quitte et je m’en suis vraiment voulu, j’ai même continué à avoir un petit crush sur lui à la suite du collège car je l’aimais vraiment. (De plus après cette rupture j’ai eu pendant deux trois jours des questionnements pour savoir si j’étais lesbienne mais c’est vite partie)

Ma deuxième expérience masculine fu en seconde. Et l’a pas de blocage, youpi ! Le premier baiser avec ce garçon a été on peu le dire pas fou. Après ce dernier j’ai douté de l’aimer vraiment parce que c’était trop baveux, trop brouillon. Mais après des doutes et après du recul ce premier baisser n’étais pas si horrible que ça et j’ai énormément aimé ce garçon. Mais il m’a quitté, j’ai été très triste et je trouve que je l’ai refoulé, ce qui m’a je pense encore fait plus de mal.

Pour le côté féminin, les questionnements sont arrivé quelques semaines après ma rupture avec une amie. Elle était incroyable, superbe vraiment je l’adorais mais le fait que mon corps me disait que j’étais lesbienne me faisait des crises d’anxiété et de pleures. Je suis descendu très bas, jusqu’à perdre l’appétit, le sommeil, et l’envie de tout. (Je vois une psy pour tout ça, et je vais mieux)

Mais j’ai rebondis, j’ai pris mes distances avec cette fille car j’en avais besoin, elle en reste tout de moins superbe, et j’ai essayé de me relever et de reprendre contacte avec la réalité.

Je pense que comme deuxième expérience féminine je vais parler d’une autre fille sur qui je pense avoir un crush véritable, car je ressens comme ce que j’ai pu ressentir avec les hommes.

Vous allez me dire mais où sont les problèmes ? Bah c’est que j’ai l’impression d’être bisexuelle mon parcours en dit long, mais une voix en moi, me dit que je suis lesbienne. Une affirmation qui sonne comme un poignard. Et cette voix elle me ramène dans mes crises de pleures et d’anxiété que le terme bisexualité avait calmé.

Donc voilà, je ne sais pas si ce blocage avec ce garçon et mon premier baiser sont révélateurs d’être lesbienne, où si c’est juste comme ça.

J’aimerais noté que en ce moment mon attirance pour les femmes est plus forte et que celle des hommes est très faible, ce qui conforte mon esprit vers le lesbiannisme. Mais j’ai aussi rencontré des hommes pas génials qui m’ont fait du mal donc je ne sais pas si ça peut être lié.

Le label lesbienne ne me rend pas heureuse j’ai l’impression. Et dans cette période de questionnement, il est difficile pour moi d’essayer de fantasmer ou d’imaginer être dans une relation car j’ai peur de me tromper et donc de mentir à l’autre.

Je vous demande donc, si vous avez le temps de me répondre, est ce que mon parcours est révélateur d’une bisexualité ou d’être lesbienne? Est ce que cette voie à raison sur mon orientation sexuelle ? Est ce que c’est normal de pas être sure de soi après des mois de réflexion (bientôt un an) ? Est ce que vous pouvez me donner des conseils pour calmer les questionnements et peut être me partager des témoignages pour voir d’autres chemin similaire au mien ?

Merci d’avoir lu cette énorme pavé, je m’excuse pour les fautes d’orthographe surtout et je vous remercie grandement pour votre réponse (en espérant que j’ai été claire)

 

Bonjour à toi!

 

Merci de faire confiance à notre équipe pour répondre à ta question. Je suis contente de voir que tu as pris le temps de lire plusieurs de nos réponses et que ça ait pu t’aider 🙂

 

Pour résumer ma compréhension de ta question, tu te demandes si tes expériences et ton ressenti sont représentatifs de l’orientation bisexuelle ou lesbienne. Tu as déjà été en couple avec deux garçons, un avec lequel tu as vécu un blocage et l’autre avec lequel les baisers n’étaient pas géniaux. Il t’arrive d’avoir une voix en toi qui te dit être lesbienne et cela te rend anxieuse, contrairement au terme bisexuelle qui te rassure.

 

Premièrement, puisque tu souhaites avoir des témoignages semblables à ton parcours, il me fait plaisir de te partager le mien. Lorsque j’avais environ 15 ans, quelques garçons de mon entourage étaient intéressés par moi et j’ai vécu mes premières expériences amoureuses et sexuelles dans une grande incertitude. Je ressentais de forts sentiments amoureux envers un garçon avec qui j’ai aussi vécu quelques blocages au départ, puisque je ressentais beaucoup d’anxiété à l’idée d’entamer des expériences que je ne connaissais pas. Mes doutes m’ont fait mettre fin à cette relation, pour la recommencer quelques semaines plus tard. Toutefois, je trouvais que nos baisers, ainsi que toute autre activité sexuelle n’étaient pas ce à quoi je m’attendais. Je confiais ces expériences à mon amie, qui était pour moi une source de réconfort et cette relation avec cette amie comblait mes besoins affectifs et émotionnels, puisque je passais des soirées à dormir avec elle et à regarder des films en se collant et en discutant de tout et de rien. C’est vers l’âge de 20 ans qu’une longue réflexion m’a porté à réaliser que j’avais ressenti des sentiments amoureux envers cette amie et que, c’était plutôt une attirance sexuelle que j’avais eu envers le garçon avec qui j’avais sorti. Je m’identifie aujourd’hui comme bisexuelle, mais je me retrouve souvent en questionnement, puisque mes attirances sexuelles et amoureuses varient selon les personnes que je rencontre et les étapes de ma vie , ce qui est totalement normal! J’accueille donc ces questionnements avec l’esprit ouvert et, de toute façon, nous avons le droit de s’identifier au terme que nous voulons, il n’y a pas de règles ou de restrictions qui nous en empêchent. 🙂

 

Je me reconnais donc dans ce que tu ressens et dans ton parcours, même s’il n’est pas complètement identique au tien! Pour retourner aux blocages que tu as eu lors de ta première relation amoureuse, il se peut que c’était des facteurs externes à ton orientation sexuelle qui les causaient. Ça pouvait être du stress, de l’anxiété, le fait que tu n’étais pas prête peut-être à entrer en relation, malgré tes sentiments pour ce garçon? Ça ne veut pas automatiquement dire que tu ne ressentais pas d’intérêt pour lui. Avec ce que tu mentionnes, le fait que tu l’as vraiment aimé, je t’invite à te faire confiance et à croire ce que tu as ressenti pour lui.

 

C’est la même chose pour ta deuxième relation, ce n’est pas parce que tu n’as pas apprécié les baisers avec lui que tu ne l’as pas aimé. Peut-être qu’il était seulement question de technique, la communication dans ce cas est la meilleure solution pour partager tes préférences et tes besoins! Penses-tu que, si les baisers avaient été meilleurs, tu aurais tout de même eu ces questionnements?

 

Ensuite, ton ressenti envers la fille, présentement, est au même niveau que ce que tu as déjà ressenti pour des garçons et tu mentionnes avoir plus d’intérêt pour les femmes que pour les hommes en ce moment. Cela ne veut pas obligatoirement dire que tu ne ressentiras plus d’attirance sexuelle ou amoureuse envers des hommes. Une personne bisexuelle dans une relation amoureuse passant comme une relation lesbienne reste tout de même bisexuelle, si c’est le terme auquel elle s’identifie. Comme d’autres personnes bisexuelles peuvent ne jamais avoir été en couple avec des personnes d’autres genres que le leur, mais tout de même s’identifier au terme bisexuel·le, car iels savent qu’iels ressentent de l’attirance pour les autres genres. Je ne sais pas si ce paragraphe était clair, mais tout ça pour dire qu’au final, tu peux t’identifier au terme avec lequel tu es confortable et que tu trouves qui te représente le mieux!

 

Pour un peu plus de précision sur les orientations sexuelles et romantiques, voici une ancienne réponse de mon collègue:

L’important à se rappeler, c’est que les orientations sexuelles sont d’abord et avant tout des mots pour décrire des expériences humaines parfois très complexes! C’est le choix de chaque personne à déterminer quels termes lui correspond le mieux – et si elle veut en choisir un! Il faut aussi garder en tête que la façon que l’on s’identifie aujourd’hui et la façon que nos attirances se manifestent aujourd’hui peuvent varier dans le temps, au rythme de certaines rencontres, de certaines découvertes, de certaines explorations ou même de certaines curiosités. Il n’y a aucun mal à cela! En gros, les principales composantes de l’orientation sexuelle sont les désirs, les comportements et l’identité. Pour citer ma collègue : ”Les désirs, ce sont nos attirances et envers qui elles se déclarent (est-ce qu’on est plutôt attiré par tel ou tel type de corps, tel ou tel type de personne, qui on aurait envie d’embrasser, etc.). Les comportements, ce sont les actions que l’on pose réellement, à l’inverse des désirs qui renvoient à l’imaginaire (ex : avoir embrassé notre amie, avoir eu une relation sexuelle avec un homme, avoir regardé les fesses d’une personne dans la rue). Finalement, l’identité, c’est l’appropriation et le choix de mots pour se décrire par rapport à notre identité sexuelle (hétéro, lesbienne, bisexuel.le, etc.)”.» En d’autres mots, les termes comme hétéro, bi, lesbienne ou asexuelle sont d’abord et avant tout des outils pour mettre des mots sur des expériences, des désirs et des identités. Une fille qui a des désirs à la fois pour des gars et des filles, mais des comportements sexuels principalement avec des garçons, pourrait par exemple s’identifier comme bisexuelle, car cela correspond à ses désirs, ou comme hétérosexuelle, car cela correspond à ses comportements, ou tout autre mot qui lui fait sentir bien! L’important, c’est uniquement d’être confortable avec les mots que nous choisissons. Et surtout, il n’y a pas de presse! Ces mots peuvent changer et fluctuer. Et c’est vraiment correct!

De plus, il est possible de distinguer deux grandes dimensions à l’orientation, soit les attirances physiques (orientation sexuelle) et les attirances émotionnelles (orientation romantique). Pour citer encore ma merveilleuse collègue Marion : «Dans les deux cas, on parle d’une attirance. Dans le cas de l’attirance sexuelle, il s’agit d’une attirance plutôt physique, déterminée par le genre (ou les genres) des personnes avec qui tu as envie d’avoir des comportements érotiques comme embrasser ou avoir des relations sexuelles. Dans le second cas, il s’agit plutôt d’une attirance émotionnelle, déterminée par le genre (ou les genres) des personnes avec qui tu as envie d’avoir une relation intime/amoureuse et des comportements romantiques comme regarder un film collé.es. Pour la plupart des gens, l’orientation sexuelle et l’orientation romantique vont dans le même sens (par exemple, une fille qui a des sentiments pour les filles et qui est attirée physiquement par les filles), même si ça peut parfois différer.» Ainsi, il est possible que ce soit quelque chose qui puisse résonner en toi en ce moment, le fait de ressentir des attirances sexuelles différentes de tes attirances romantiques. Et c’est très correct aussi. 

Finalement, j’aime parfois comparer les orientations sexuelles à un spectre de couleurs. Par exemple, nos attirances ne sont pas nécessairement noires ou blanches, nos attirances n’ont pas à entrer parfaitement dans une case ou l’autre. Ce que je veux dire ici, c’est qu’il existe des tonnes de nuances et de variances, entre le fait d’être homosexuel.le ou hétérosexuel.le par exemple, où il est possible de s’identifier! Par exemple, j’aime principalement les garçons. Mais il m’est également arrivé d’avoir des expériences romantiques et sexuelles avec des filles. C’est ma nuance à moi!

 

J’aimerais aussi m’arrêter sur la détresse que tu sembles ressentir face au terme « lesbienne ». Pourquoi penses-tu ressentir toutes ces émotions négatives envers cette orientation sexuelle? Pourquoi ne ressens-tu pas les mêmes émotions face au terme « bisexuelle »? Est-ce une crainte de changer? Une crainte de sortir de l’hétéronormativité? Peu importe, il n’y a aucun mal à être lesbienne! Toutefois, si c’est un mot avec lequel tu ne te sens pas confortable, tu n’es aucunement dans l’obligation de t’y identifier.

 

En bref, je ne peux pas te nommer ton orientation sexuelle/romantique à ta place, puisque chaque parcours est différent et tu es la seule qui peut le faire. Fies-toi à ton ressenti, à tes attirances et à ton confort! Il est aussi très normal et commun d’être encore en questionnement, comme mentionné, je le suis aussi parfois, tant que tu accueilles ces questionnements avec bienveillance, ceux-ci ne feront pas de mal 🙂

 

Je suis désolée pour la longue réponse. J’espère tout de même qu’elle a pu t’apporter l’aide que tu cherchais. N’hésite pas à nous recontacter si tu as d’autres questions!

 

Émilie (elle/she), pour AlterHéros

 


About Émilie Grandmont

Émilie (elle/she) est une femme bisexuelle et polyamoureuse. Elle possède un baccalauréat en sexologie de l’UQAM. Elle est entrée dans ce programme avec le but d’en apprendre davantage sur la diversité sexuelle et de genre, sur la santé sexuelle et sur l’éducation sexuelle intersectionnelle. Aujourd’hui, elle souhaite venir en aide aux survivant.es d’agressions sexuelles et offrir une écoute inclusive et sécuritaire à toute personne faisant partie de la communauté LGBTQIA2S+. Ses ami.e.s la décriraient comme passionnée des animaux, effrayée par les papillons et difficile à réveiller aux petites heures du matin.

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