Devrais-je quitter cette relation qui se dégrade de plus en plus ?


J’ai déjà écrit sur ma vie de couple qui s’est dégradée.
Pour répondre à votre question : oui, je pense que je l’aime encore (comment être sûr ?). On a discuté des choses à améliorer, mais j’ai l’impression qu’elle ne fait pas vraiment d’effort et cherche juste à prolonger la situation. Quand je me projette dans l’avenir, je me vois plutôt avec une autre femme, mais des fois je veux que tout s’arrête. J’aimerais bien avoir des enfants, et je sais que ma femme ne m’en donnerait jamais. Même quand je croyais que les choses était encore bien, elle ne voulait pas de relation intime (est-ce un signe qu’elle ne m’aime pas ?).
Dois-je aller au bout du divorce, même si ça détruit des tas de choses pour lesquelles j’ai travaillé dur (ou la vie de mon épouse qui se trouvera sans ressources) ? Comment annoncer la situation à ma famille (qui habite loin) ? Comment me faire des (nouvelles) amies ? Pourquoi je ressens de la honte à vouloir divorcer ?
Merci d’avance pour vos conseils.
John

Bonjour John,

Il est difficile d’évaluer la qualité d’une relation affective à la lumière de quelques informations. Toutefois, si je me permets de lire entre les lignes, vous nous en dites quand même beaucoup dans votre description. À première vue, la relation que vous nous décrivez ici apparaît plutôt insatisfaisante pour vous : vous aimeriez avoir des enfants, mais votre conjointe n’en veut pas ; vous aimeriez avoir des relations sexuelles, mais votre conjointe vous dit non. De plus, dans la question précédente, vous mentionniez vivre des querelles quotidiennes. Ce sont là pour moi des signes importants que plusieurs de vos besoins ne sont pas comblés dans cette relation. Qu’en pensez-vous ?

Une autre question importante à vous poser est : qu’est-ce qui fait que vous êtes avec cette personne et qu’est-ce qui fait que vous continuez d’être avec cette personne ?

À cet effet, sur la question des besoins, je vous suggère un petit exercice que vous pourrez faire seul : sur une feuille, faites la liste de tout ce que vous aimeriez avoir dans une relation avec une femme, sans censurer aucun désir, aucune information. Ensuite, sur une autre feuille, décrivez précisément et honnêtement ce que vous apporte la relation actuelle avec votre épouse. Puis, comparez ensuite ce qui est écrit sur les deux feuilles. Cela vous permettra peut-être de faire sonner quelques clochettes et de voir plus clairement ce que vous recevez versus ce que vous aimeriez recevoir. Et vous pourrez ensuite faire un choix plus éclairé : rester dans la relation ou quitter la relation. Si vous le voulez, vous pouvez aussi discuter des résultats avec votre femme, si vous croyez que cela peut aider la relation à s’améliorer. Si vous croyez, par contre, que cela ne fera que jeter de l’huile sur le feu, alors il est sans doute préférable de faire votre réflexion seul (ou avec une personne confidente de confiance).

Deuxièmement, au sujet de la question de divorcer, même s’il s’agit d’un événement majeur, peut-être pourriez-vous le voir autrement : quitter une relation qui était malsaine, c’est aussi se choisir soi, c’est se donner assez d’importance, c’est être assez humble, et c’est aussi se donner un nouveau départ, une nouvelle chance et vivre une nouvelle étape. Voilà, somme toute, qui peut s’avérer très positif et très libérateur. Qu’en pensez-vous ?

Vous parlez de honte ressentie à la pensée du divorce : c’est un malaise normal et fréquent, possiblement associé à un sentiment d’échec, de déception par rapport à cette relation, que vous vouliez sans doute durable et aussi par rapport au statut social que représente le fait d’être marié. C’est peut-être également lié à la religion. Par contre, si vous faites le choix de divorcer, un choix conscient et éclairé par vos besoins en attente d’être comblés, la honte disparaîtra sans doute d’elle-même pour laisser place à la fierté de vous être choisi.

Maintenant, il y a aussi des considérations concrètes qui entrent en ligne de compte et qui exigent prévoyance et préparation : si vous choisissez de divorcer, qui gardera le logement ? Devrez-vous changer de ville ? Devrez-vous payer une pension à Madame ? Avez-vous des biens à séparer ? Vous indiquez dans votre texte que votre épouse se retrouvera sans ressources. Dépend-elle de vous ? Connaissez-vous vos droits et serez-vous prêts à les faire respecter si vous décidez de divorcer ? Un(e) avocat(e) saura sûrement vous conseiller sur ces questions.

Pour ce qui est de la période après le divorce, toujours si vous choisissez cette option, il s’agit bien évidemment d’une période d’adaptation et cela pourrait certainement vous aider que d’être bien entouré : avez-vous des ami(e)s ? Avez-vous un bon emploi ? Y a-t-il des groupes communautaires dans votre entourage auxquels vous pourriez vous joindre ? Avez-vous des loisirs ? Pratiquez-vous un sport en particulier ? Y a-t-il des activités qui vous passionnaient auparavant et que vous avez arrêté de pratiquer depuis votre mariage ? Ce sera à vous de vous recréer une nouvelle vie à votre mesure, qui vous colle à la peau !

Et, encore si vous choisissez de divorcer, il serait important, par contre, de bien vivre votre deuil de cette relation majeure, avant d’en entreprendre une autre : cela peut prendre plusieurs mois, voire une année ou deux avant de liquider toutes les émotions associées à l’ancienne relation, telles la rancœur, la peine, le regret, la mélancolie. Ce n’est qu’une fois le deuil complété que vous pourrez entrevoir clairement la possibilité d’une nouvelle relation plus saine et plus convenable pour vos propres besoins à vous.

J’espère que ces réflexions alimenteront votre réflexion et sauront vous guider vers la meilleure décision pour vous. Au besoin, n’hésitez pas à consulter un professionnel pour vous aider. Vos questions sont également toujours les bienvenues. Bon courage !

Sophie, pour l’équipe AlterHéros


About Sophie Bouchard

Sophie est travailleuse sociale professionnelle depuis 2007 où elle intervient majoritairement dans le domaine d’intervention au niveau des problématiques gériatriques. En 2006, elle a fait un stage en déficience intellectuelle. Elle a aussi complété une maîtrise en philosophie où elle a été chargée de cours en développement de la pensée critique.

Je m'implique à AlterHéros car j'ai l’opportunité d’aider des personnes dans certaines de leurs difficultés relationnelles, dans leur cheminement de vie et ce, en toute confidentialité.

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