Comment se fait-il que l’on soit attiré par les personnes de même sexe?


Comment devient-t-on homosexuel? Que se passe-t-il pour que l’on soit attiré par les personnes de même sexe? – Benoît


Bonjour Benoit,
 
Ta question est intéressante parce qu’elle a trait à la fois à la recherche des causes et du mode de développement d’une sexualité de type homosexuelle chez les individus. Autrement dit : Comment devient-on homosexuel ? Par quelles étapes passe un individu vers l’adoption de ce type de sexualité ? Mais aussi qu’est-ce qui fait que l’on est attiré par les personnes du même genre que nous? Quelle origine assigner à ce développement d’une sexualité qui n’est pas celle de la majorité de la population ? Quel processus et pourquoi ce processus ?
 
La pensée médicale et scientifique s’est intéressée à mettre à jour les causes possibles de l’homosexualité, mais, j’allais dire, pas pour les bonnes raisons. Je te donnerais l’adresse web d’un article absolument lamentable, dont l’auteur relate les diverses théories explicatives de l’homosexualité, pour finalement établir que les tendances homosexuelles sont en général le résultat d’un trouble émotionnel profond remontant à l’enfance. » Dans une deuxième partie, il envisage les « quelques repères pour les remèdes possibles »  Un bon exemple de cette pensée qui se targue d’objectivité en couvrant ses a priori et ses préjugés d’une validité pseudo scientifique…
 
La recherche des causes de l’homosexualité est, à mon sens et de l’avis de beaucoup, une entreprise vaine, mais également périlleuse. On a cherché à comprendre le phénomène de l’homosexualité du point de vue médical, (des causes physiques, psychologiques ou génétiques) mais l’approche médicale et scientifique révèle un parti pris flagrant, qui ne permet pas de comprendre l’homosexualité, et bien plus, qui considère l’homosexualité à la lumière d’a priori homophobes et hétérosexistes.
 
L’homosexualité fascine et répulse tout à la fois, parce qu’elle représente la transgression d’un interdit de la morale traditionnelle. Elle inquiète, et toute une tradition encore active de la pensée pseudo scientifique cherche à la cerner, pour mieux l’astreindre. C’est parce que l’homosexualité est habituellement mal comprise, jugée à partir de certains a priori qui la dénigrent et la condamnent, considérée comme une anomalie, que la tradition médicale et pseudo-scientifique s’est plu à en déterminer les causes, à en distinguer les étapes, à la disséquer pour en envisager les remèdes.
 
On a attribué des origines génétiques à l’homosexualité (un gêne particulier sur le chromosome X de la mère), des thèses hormonales (excédent d’hormones mâles chez les lesbiennes, d’hormones femelles chez les gais), des thèses physionomistes (morphologie différente des personnes homosexuelles), ou psychologique (expériences traumatisantes telles que des relations sexuelles avec un adulte dans l’enfance, l’absence du père, une mère trop présente, …). Mais, comme le croit Michel Dorais dans un article intitulé « L’homosexualité revue et non corrigée », publié dans « Le Médecin du Québec » en septembre 1993 : ce qui est pathologique, problématique, ce n’est pas l’homosexualité, mais « cet acharnement à vouloir trouver et corriger une différence constitutionnelle chez les personnes homosexuelles », qui « outre qu’elle a toujours mené à une impasse et qu’elle nie le phénomène bisexuel, renforce la stigmatisation sociale de l’homosexualité. »
 
Ces nombreuses recherches qui ont tenté de remonter jusqu’à la racine même de l’homosexualité n’ont jamais révélé rien d’autre chose que l’état d’esprit de ceux qui président à ces recherches, certains voulant rendre l’homosexualité excusable (s’il s’agit d’une maladie ou d’une déficience), ou condamnable (non naturelle, anormale), mais le plus souvent en insistant sur la possibilité et donc la nécessité de la guérir. Michel Dorais précise que « l’évolution des théories sur l’homosexualité éclaire davantage l’histoire de la pensée médicale que le phénomène homosexuel lui-même. »
 
De la détermination des causes de l’homosexualité aux pratiques supposées de guérison, il n’y a qu’un pas qui a été allègrement franchi par de soit-disant savants, qui ont tenté de redresser les penchants homosexuels en jouant aux apprentis sorciers. Michel Dorais rappelle que Jonathan Katz (1976) « n’a pas moins dénombré 36 méthodes utilisées depuis un siècle en Amérique du Nord pour traiter l’homosexualité. Castration, lobotomie, thérapies aversives, électrochocs, traitements hormonaux, … »
 
On peut certes distinguer une série d’étapes types par lesquelles ont passé certains individus en cheminement, mais ce catalogue d’étapes n’aurait rien d’exhaustif ni même de pertinent. Parce que l’homosexualité n’est qu’une façon de vivre sa sexualité, un certain type d’orientation, qui a autant de développements possibles que d’individus qui la vivent. Parce qu’il n’y a pas une sexualité normale, et une homosexualité qui en serait la déviation, mais un continuum, une sexualité fluctuante qui peut se tourner, aux différentes périodes de la vie d’un individu, vers les personnes du même genre et/ou vers les personnes d’un genre différent. « C’est à travers des histoires de vie, des expériences, des interprétations, des attentes et des besoins différents que chacun développe, modifie ou adapte ses propres goûts et ses dégoûts sexuels. »
 
Il semble cependant que la plupart des personnes homosexuelles croient que leur attirance est innée, que cela a toujours été une partie d’elles-mêmes et qu’elles l’ont découvert à un moment ou un autre de leur vie. Mais une attirance, concrétisée ou non, pour les personnes du même genre que soi peut survenir à n’importe quel moment de la vie et il appartiendra alors à l’individu en question de cheminer, selon son propre rythme. Toute généralisation, toute confection d’un schéma, n’est pertinente que dans le sens où elle tient compte des obstacles que l’on a à surmonter pour aboutir à l’affirmation de soi, la reconnaissance de soi dans sa différence. Les personnes homosexuelles se sentent attirées par les personnes de leur genre exactement comme les personnes hétérosexuelles le sont par un genre différent. Les besoins affectifs, sexuels et relationnels sont exactement les mêmes. Si, par exemple, un homme est attiré par un autre, ce n’est pas parce qu’il se prend pour une femme ou qu’il est narcissique ou qu’il a eu des troubles émotionnels avec les femmes, c’est simplement parce qu’il se sent attiré vers lui, que la personne lui plait intellectuellement et physiquement et cela peut amener à un sentiment amoureux.
 
Ce qui est plus pertinent donc que de savoir quel est le processus d’évolution type par lequel passe un individu homosexuel, et le pourquoi d’un tel processus, c’est de s’intéresser aux étapes de l’acceptation de son orientation homosexuelle dans le contexte d’une société qui empêche ou tente de freiner ce processus d’acceptation, quels obstacles un individu a à surmonter pour parvenir à s’apprécier et se reconnaître dans sa différence.
 
Autrement dit : peu importe comment on devient homosexuel, puisque les recherches les plus actuelles et les plus objectives, qui étudient l’homosexualité comme une réalité à reconnaître et non comme un ensemble de comportements dont il revient de juger la valeur morale à l’aune de critères partiaux, hérités culturellement et historiquement, concordent pour montrer qu’il est impossible de distinguer une racine scientifiquement assignable de l’homosexualité, et même qu’il est impossible de trancher sur la question de l’inné ou de l’acquis
 
Bill Ryan, professeur à l’Université Mc Gill, du centre d’études appliquées sur la famille, a distingué étapes dans le processus d’affirmation de son orientation sexuelle.
 

  1. S’interroger sur ses sentiments
  2. Reconnaître ses sentiments
  3. Etudier à fond ses sentiments
  4. Admettre ses sentiments
  5. Se sentir bien par rapport à ses sentiments
  6. Assimiler ses sentiments

 
Je terminerais en citant encore une fois Michel Dorais : « Apprendre de la différence est le défi des sociétés pluralistes modernes. Pour ce faire, il importe de reconnaître et d’écouter ces différences, et surtout de percevoir combien la diversité, qu’elle soit sexuelle, ethnique, sociale ou autre, nous augmente plutôt que nous menace. La vraie menace qui nous guette est l’ignorance et l’intolérance, face à ce qui nous semble différent, étrange ou étranger. Bien que l’homosexualité ne soit plus considérée par la médecine comme une maladie à combattre, il reste beaucoup à faire pour développer une compréhension accrue de ses manifestations. »
 
Merci d’avoir visité le site AlterHéros,
 
En espérant avoir répondu à ta question,
 

David Bertet avec la participation de Maude A
Jeunesse Lambda / AlterHéros


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