Des papiers d’identités sans mention de sexe: une utopie? 3


Le 5 mai dernier, le Centre contre l’oppression des genres de l’université Concordia déposait une poursuite à la cour supérieure contre cinq articles du code civil en rapport à la mention de sexe à l’état civil. On a parlé beaucoup dans les médias dans les jours qui ont suivi. Les espaces de commentaires, tant dans les médias traditionnels que les médias sociaux ont été envahis. La question fait jaser, car elle touche un aspect souvent vu comme fondamental dans nos sociétés : la détermination du sexe d’une personne. Nous vous proposons donc ici quelques pistes de réflexions.

D’abord, il est important de réaliser que cette mention de sexe est le F ou le M qui se trouve sur tous vos papiers d’identité, du certificat qui a été produit à votre naissance jusqu’au permis de conduire que vous avez reçu à 16 ans. La mention de sexe ne se trouve pas seulement sur vos papiers, mais dans tous les dossiers qui vous concernent au gouvernement du Québec. Peu importe quel fonctionnaire traite votre dossier au bout du fil, soyez assurés qu’il y a un M ou un F sur son écran d’ordinateur.

Ce F ou ce M vous a été attribué à la naissance par un acte du personnel hospitalier qui a constaté la forme de vos organes génitaux. Et que cela vous plaise ou non, vous êtes pris avec cette lettre pour le restant de votre vie, à moins de surmonter un énorme labyrinthe administratif rempli d’obstacles et de frais divers. Et si vous êtes une personne trans ou intersexuée d’âge mineur, immigrante, en cours de transition ou qui refuse simplement de subir une chirurgie génitale, les portes vous seront actuellement fermées. Vous aurez à continuer à subir regards de jugement et discriminations à chaque fois que vous aurez à présenter vos papiers d’identité qui ne correspondent pas à ce que vous êtes vraiment.

Des commentaires disgracieux
Les commentaires assez disgracieux envers si ceux qui avaient déposé cette plainte ont été fort nombreux, comme s’ils étaient des illuminés qui s’attaquaient à un fondement de notre société ou même de notre espèce.

Mais avant de juger, posez vous la question suivante: y a-t-il une seule bonne raison pourquoi une mention de sexe F ou M devrait être présente sur le permis de conduire? Sur un certificat de naissance? Sur n’importe quel document relié à un son dossier dans une institution publique ou privée?

En quoi la dame qui fait chick-a-chick avec votre carte soleil à la clinique a-t-elle besoin de savoir le sexe de la personne devant elle?

En quoi le policier qui donne un ticket a-t-il besoin de savoir la configuration génitale de la personne devant lui?

Le seul endroit où il est pertinent d’avoir une mention de sexe, c’est dans la confidentialité du dossier médical, et encore…

Symbole d’un système
À chaque endroit où cette mention se trouve, elle marque de façon inutile une personne d’une étiquette qui, plus souvent que vous le pensez, fera en sorte qu’elle sera traitée différemment par la société. C’est le symbole d’un système qui fait en sorte qu’on soulève le bébé, on regarde ses organes génitaux, et on décide à ce moment-là comment il vivra, comment il s’habillera, quels seront ces intérêts, avec qui il couchera, etc.. Et gare à lui s’il ose dévier du chemin, même légèrement: il fera face à de l’intimidation, de la violence et n’aura pas les même droits sociaux que les autres.

Allez, donnez une seule raison pour avoir une mention de sexe sur les documents d’identité, autre que « on a toujours fait ça comme ça, alors ça doit être la bonne chose à faire ». « On a toujours fait comme ça », c’est la phrase qui aveugle, qui empêche de sérieusement réfléchir sur les impacts d’une tradition, tant sur nos mentalités que sur la vie quotidienne de milliers de personnes. Et puis, si c’est une tradition si importante, pourquoi le gouvernement fédéral canadien n’inclut aucune mention de sexe dans le dossier d’assurance sociale?

Alors, en quoi la mention de sexe sur les documents publics, dans une société où homme et femmes sont supposés être égaux juridiquement, aide quiconque?

La question est posée.


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3 thoughts on “Des papiers d’identités sans mention de sexe: une utopie?

  • Sarah

    Bonjour à tous,

    Personnellement, je crois qu’il n’y a aucune raison à maintenir cette information que nous considérons bien trop importante pour rien, sur les papiers légaux.

    C’est un organe génital bon sang. Rien de plus. C’est aussi niaiseux que si l’on inscrivait la forme du lobe d’oreille (lobe décollé ou collé) sur la carte pour définir l’individu (et encore là, c’est visible donc ça aiderait bien plus à l’identification de la personne).

    Ainsi, un individu ne se définie pas par son sexe. Dans une société où l’on souhaite abolir les stéréotypes féminins et masculins (une fille joue à la poupée et un garçon au camion), je crois qu’on devra passer par le retrait du sexe F ou M des informations PRIMORDIALES à l’identification d’un individu. Les êtres humaines sont des individus très diversifiés sur plusieurs plans et c’est ce qui fait la beauté de la nature. La binarité selon le sexe est une illusion qui crée bien plus de mal que de bien.

    Par ailleurs, une meilleure information qui pourrait être indiquée, c’est l’identité de genre (Femme/Homme/les deux). Et je crois aussi que c’est une identification qui pourrait être changée selon le besoin et sans de délai, de diagnostique ou de médication particulier (comme on change d’adresse bref: on complète quelques formulaires et c’est terminé).

    Voilà. C’est ce que je pense.
    Au plaisir d’entendre des commentaires des autres.

  • Rachelle

    En autant qu’il n’y ait pas une autre étiquette cachée ou informatique, en dehors des mentions sur pièces d’identité (permis de conduire, etc.) qui limiterait les droits en fonction d’un genre déterminé par l’état. Exemple: hormonothérapie x conditionnelle à un genre x. Autrement dit, il faut qu’il y ait davantage qu’apparence, mais une volonté d’arrêter toute forme de discrimination et d’accorder aux personnes le loisir de disposer de leur vie en tant qu’homme, femme ou les deux.

  • Rachelle

    L’ordinateur d’un service gouvernemental contient presque toujours un bout de code qui validera le numéro d’assurance sociale différaient selon que c’est un homme ou une femme… de sorte que le genre est déduit par le NAS. Exemple: Vous vous appelez Carol, vous êtes un homme, vous oubliez de cocher M ou F, alors si le préposé corrige l’absence du genre en ‘F’, vous recevrez par la poste un avis comme quoi votre NAS est invalide.