L’Amour à combien ?


Par Daphné Gohier

Le Centre de solidarité lesbienne est reconnu dans la communauté LGBT montréalaise pour sa gamme de services. Il organise, entre autres, un atelier sexologique une fois par mois.

Le 17 septembre dernier, l’atelier que dispensait la sexologue et intervenante Marjolaine Landry portait le titre  «Relation complice ou de passage».

Cette soirée visait à explorer les relations de couple et les multiples formes qu’elles peuvent prendre. Moi qui me suis longtemps posé des questions et fait des recherches à ce sujet, je ne pouvais pas manquer l’occasion d’entendre les points de vue d’autres femmes sur le sujet, mais, surtout, le point de vue d’une autre sexologue!

Être en amour

Tout commence avec l’amour, ce concept qui comporte d’innombrables définitions. Même si nous savons tous ce qu’est l’amour, il est difficile de l’expliquer.

L’amour, c’est un sentiment d’attachement et d’affection profond envers un être vivant ou… une chose. À ce sujet, Marjolaine rapporte l’histoire d’un homme qui vivait une véritable relation amoureuse avec sa voiture! Mais restons ici entre êtres humains consentants…

Le couple «parfait»

C’est à la suite d’un sentiment d’amour réciproque que survient la formation d’une relation.

Le psychologue réputé du nom de Sternberg a développé la théorie triangulaire de l’amour. Cette théorie stipule que pour avoir une relation amoureuse parfaitement équilibrée, nous aurions besoin d’intimité, d’engagement et de passion.

L’intimité réfère au sentiment de proximité et de connexion avec une personne. L’engagement, à court terme, implique la décision de rester en relation. Alors qu’à long terme, être engagé signifie de faire des plans communs. Finalement, la passion traduit l’attraction physique et le désir sexuel.

Bien-sûr, ce ne sont pas tous les couples qui développent les trois composantes et celles-ci ne sont pas fixes dans le temps. Bien souvent, les couples ont deux des trois éléments et certains n’en ont même qu’un seul. Alors que la passion est habituellement très forte en début de relation, il n’est pas rare que celle-ci s’estompe après un certain temps. Bref, les dynamiques à deux ou une seule composantes peuvent être fonctionnelles, mais, malheureusement, elles sont habituellement source de problèmes.

La Monogamie

La suite de l’atelier portait sur les différents arrangements possibles au sujet de l’exclusivité sexuelle.

Le phénomène observable des dernières décennies est la monogamie en série. Depuis la légalisation du divorce, on peut s’apercevoir que la durée moyenne des relations a grandement diminuée.

Alors qu’autrefois on se mariait pour la vie, les gens d’aujourd’hui ont plus souvent une série de relations monogames, une après l’autre. Pour certains, c’est une façon de vivre un nombre d’expériences amoureuses et sexuelles sans contrevenir à l’exclusivité du couple.

Le Polyamour

Le polyamour est, quant à lui, une forme de relation qui permet d’avoir plusieurs partenaires amoureux, et ce, avec le consentement de toutes les personnes impliquées.

Le polyamour peut être vécu de différentes manières.

Il y a des triades fermées où trois partenaires sont en relation les uns avec les autres, mais demeurent tout de même exclusifs. Deux couples qui s’unissent peuvent avoir le même fonctionnement, mais à quatre dans ce cas. Puis, d’autres personnes ont plusieurs partenaires qui ne sont pas nécessairement en relation ensemble.

Le Couple Ouvert

Le couple ouvert n’entretient pas nécessairement des relations amoureuses avec d’autres partenaires. Toutefois, il établit des règles à l’intérieur de la relation qui permettent d’avoir des relations sexuelles avec d’autres personnes. On parle souvent dans ce cas de libertinage. Mais, encore une fois, cela peut prendre plusieurs formes, dépendamment des limites du couple.

D’autres décident d’ouvrir leur couple parce qu’ils n’ont tout simplement pas les mêmes besoins sexuels que leur partenaire et ne croient pas aux bénéfices d’imposer de limites contraignantes à la sexualité.

Et la fidélité dans tout ça?

Être fidèle n’est pas synonyme de monogamie. Il s’agit plutôt d’un certain respect de l’accord convenu entre les partenaires.

Comme il a été avancé pendant la discussion, il est important, au moment d’établir des règles dans le couple, de non seulement respecter les valeurs de sa (ou son) partenaire, mais, aussi, de bien se respecter soi-même.

Regarde, mais ne touche pas!

L’atelier s’est terminé sur un sujet qui ne peut être négligé lorsqu’on traite d’amour et de relations, la jalousie!

La question a été soulevée afin de savoir si la jalousie est innée ou si elle est apprise. Puisque l’on semble ressentir de la possessivité et de la jalousie dès notre plus jeune âge, lorsqu’il s’agit, par exemple, de partager nos jouets ou nos amis, la question se pose.

Les théories évolutionnistes expliquent la jalousie par les comportements de reproduction de nos ancêtres. Elle assurait au père que sa progéniture était belle et bien la sienne, puis assurait à la mère que le père allait s’investir auprès d’elle et du nouveau-né.

Selon les études, la jalousie a aussi été prouvée comme étant une émotion universelle. On cherche alors à comprendre comment certaines personnes peuvent être en relation ouverte ou polyamoureuse si la jalousie est un sentiment naturel.

Il faut savoir que les personnes qui entretiennent des relations non-monogames peuvent vivre de la jalousie comme tout le monde. Dans tout les cas, ce qui permet de vivre ce type de relation n’est pas le fait de ressentir ou non la jalousie, mais plutôt la façon moins impulsive et plus rationnelle de réagir à cette émotion, en plus d’un bon niveau de communication.

Conclusion sexologique

Ce que je retiens de tout ça? Je retiens non seulement qu’il n’existe pas de relations parfaites malgré des sentiments d’amour profond ou une dynamique combinant passion, intimité et engagement, mais aussi qu’il n’y a pas une configuration d’exclusivité sexuelle ou amoureuse meilleure qu’une autre. Il a seulement une configuration qui nous convient mieux et qu’elle peut changer à travers le temps.

Il ne faut pas avoir peur d’essayer car ces expériences peuvent être enrichissantes et révélatrices de notre personnalité.

Le type de relation que l’on applique est un choix à faire pour soi et pour son couple qui requiert une forte dose d’authenticité et de communication. Peu importe si l’on choisit d’être monogame ou non et si l’on éprouve de la jalousie, notre satisfaction dépend de notre habileté à être honnête envers nous-même et notre (ou nos) partenaire(s).

Pour connaître les prochains ateliers sexologiques du CSL : www.solidaritelesbienne.qc.ca/