Petit cours d’autodéfense sexuelle avec Sophie Fontanel


Cela n’en prenait pas plus pour choquer une société qui se réclame sans cesse du libertinage. Pour Sophie Fontanel, ce n’est pas une question d’absence de désir sexuel, mais un refus de la consommation sexuelle.

«Parce que le désir, on l’a, mais c’est tabou de l’avoir si on ne consomme pas, dit-elle. Notre société s’est battue pour avoir une permissivité et une liberté sexuelles, et c’est important qu’il y ait eu ce combat, mais déjà, des sociologues l’avaient dit: le droit de jouir aujourd’hui et demain, ce sera le devoir de jouir. On en est arrivé là. Aujourd’hui, la pression sociale, c’est que vous devez justifier votre vie sexuelle. Vous devez en avoir une et elle ne doit pas être pitoyable.»

Un jour, Sophie Fontanel a estimé que, justement, sa vie sexuelle était pitoyable. Elle voulait «arrêter les dégâts».

Sophie Fontanel

Source: Bernard Brault, La Presse

«Ce dont j’avais pourtant expérimenté la valeur, à savoir ce rinçage inégalé apporté par le sexe, eh bien ne m’intéressait plus, écrit-elle. Je n’en pouvais plus qu’on me prenne et qu’on me secoue. Je n’en pouvais plus de me laisser faire. J’avais trop dit oui.»

Elle aura donc vécu une dizaine d’années sans rapports sexuels. Mais le dire et l’écrire comme elle l’a fait, dans notre époque hypersexuelle, aura été vu d’abord comme une indécence. Ce qui est peut-être difficile à entendre est que l’absence de sexe n’est pas forcément vécue par les femmes comme une défaite, contrairement aux hommes.

Qu’on ne se trompe pas: Sophie Fontanel n’est pas une misandre qui veut régler ses comptes avec les hommes. Bien qu’il y ait dans son roman une allusion rapide à sa première expérience sexuelle, forcée, à 13 ans. «À cet âge, on a très envie de découvrir la sexualité, mais je me suis retrouvée dans une situation qui est un abus, un viol. À 49 ans, je peux dire aujourd’hui que c’était un gros salaud qui s’est dit «celle-là, elle n’y connaît rien, je vais faire ce que je veux». C’est pourquoi la réaction des gens par rapport à l’affaire Polanski m’a scandalisée.» Comme les commentaires sur «l’amour des femmes» de DSK…

«On ne rouille pas»

Sophie Fontanel a bien sûr reçu quelques attaques à la suite de la publication de L’envie. Mais, en général, le succès du livre a surtout prouvé qu’elle avait mis le doigt sur quelque chose d’important. «C’est très étrange, d’écrire un livre littéraire qui rencontre l’inconscient collectif. J’ai pris la parole abritée derrière mes mots et il a fallu montrer ma tête. Ça m’a un peu épuisée, et je dois me reposer de cela.»

Ces années sans sexe n’ont pas été un «désert d’amour», précise Sophie Fontanel.

«Une chose qu’on ne dit jamais, c’est que lorsqu’on vit avec moins de sexualité, on rencontre plus facilement des hommes qui vivent avec moins de sexualité. Il y a plus d’êtres humains qui se sont aimés sans faire l’amour qu’en faisant l’amour. Ce que ça m’a appris, c’est qu’on ne rouille pas parce qu’on cesse de faire l’amour. Le désir, c’est quelque chose qui est en nous, peu importe qu’on le matérialise ou pas. Le manque qu’on finit par avoir de la présence de l’autre, c’est finalement quelque chose d’important à vivre. C’est ça qui fait qu’un jour, quand vous voyez quelqu’un qui vous plaît, eh bien, vous y allez, et vous y allez très simplement. C’est ce que ça vous donne comme audace. En fait, arrêter le sexe pendant longtemps, ça vous désarme.»

Sophie Fontanel sera au Salon du livre de Montréal demain, de 14h30 à 15h30, et de 18h à 19h30, et samedi de 14h à 15h.


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