La sexualité en couple : une affaire de négociation


L’image de l’homme toujours disposé à avoir une relation sexuelle devra être revue. Même si le rôle masculin dans la reproduction prédispose les hommes à plus de rapports sexuels que les femmes, au moins 30 % d’entre eux déclarent avoir vécu une forme de coercition sexuelle dans leur vie de couple, c’est-à-dire s’être livrés à des activités sexuelles contre leur gré.

C’est l’une des données qui ressort d’une recherche doctorale réalisée par Mélanie Brousseau au Département de psychologie de l’Université de Montréal. L’étudiante était codirigée par Sophie Bergeron, professeure à ce même département, et Martine Hébert, professeure à l’UQAM. Les deux enseignantes sont membres du Centre de recherche interdisciplinaire sur les problèmes conjugaux et les agressions sexuelles.

Négociation
L’étude a été menée auprès de 222 couples hétérosexuels recrutés en milieu universitaire et dont la moyenne d’âge est de 24 ans. Les partenaires avaient une relation exclusive depuis trois ans en moyenne.

Les données montrent que la coercition sexuelle est présente chez 55 % des couples. «La définition de la coercition sexuelle est très large et va des pressions verbales pour inciter à des relations sexuelles non consenties jusqu’au viol», indique Sophie Bergeron.

Ce premier chiffre n’étonne pas la chercheuse outre mesure. «Dans un couple, la négociation est omniprésente et la sexualité est le point le plus névralgique du couple, souligne-t-elle. Il y a toujours un partenaire qui a pensé à la relation sexuelle avant l’autre ou qui entreprend l’approche en premier. La négociation implique le consentement, mais tout le monde n’est pas habile dans ce domaine et un refus peut être mal vécu. C’est ce qui explique ce résultat apparemment élevé.»

Toutefois, la professeure estime que ceux et celles qui ont rapporté des cas de coercition ont un profil psychologique marqué en ce sens. «Habituellement, cela n’arrive pas seulement une fois en passant. Les comportements de coercition et de victimisation ont tendance à se reproduire.»

Il arrive par ailleurs qu’une relation sexuelle ne réponde pas à un besoin sexuel immédiat de l’un ou l’autre partenaire. «La relation qui vise à satisfaire le désir de l’autre ou à entretenir la santé du couple est une relation consentie et ne relève pas de la coercition», tient à préciser la chercheuse.

Les hommes aussi
De façon plus détaillée, 25 % des couples ont relaté qu’il y avait dans leur ménage une coercition de la part de l’homme sur la femme, 10 % ont mentionné que c’était la situation inverse et 20 % ont affirmé que les deux partenaires étaient à la fois coupables et victimes de coercition. Ce qui donne des taux de victimisation de 45 % pour les femmes et de 30 % pour les hommes.

«À la lumière des études qui révèlent que la violence physique dans un couple est très souvent le lot des deux partenaires, nous nous attendions à ce que la coercition réciproque soit plus élevée que ces 20 %, dit Sophie Bergeron. Cette étude montre donc que le tableau de la coercition sexuelle est différent de celui de la violence physique.»

Près de 20 % des motifs invoqués relativement à des activités sexuelles non consenties ont trait aux pressions verbales du partenaire. «Il s’agit la plupart du temps d’insultes, de dénigrement et de rabaissement de l’autre», observe la professeure.

La sexualité est le point le plus névralgique du couple, rappelle la chercheuse Sophie Bergeron.

Dans 16 % des cas, la relation sexuelle a eu lieu parce que l’un des partenaires se disait trop excité pour cesser ses initiatives en dépit du refus de l’autre. Cinq cas de pénétration forcée liés à la consommation d’alcool ou à la force physique et classés comme un viol ont été rapportés, ce qui correspond à 2,5 % des cas de coercition.

Le fait que des hommes sont victimes de ce genre d’abus est bien connu des intervenants psychosociaux. Sophie Bergeron est même portée à penser que la réalité va au-delà des 30 % déclarés. «Les femmes rapportent plus de cas de coercition parce que cela correspond au stéréotype social de l’homme qui veut tout le temps avoir des relations sexuelles. Mais lorsque c’est la femme qui en a envie et pas l’homme, celui-ci ne sera pas porté à juger le contexte en termes de coercition parce que cela irait à l’encontre de ce même stéréotype et qu’il se sentirait moins homme.»

Ce type de coercition ne doit pas être pris à la légère, puisque ses conséquences peuvent être dévastatrices pour la personne ou pour le couple. Les études mentionnent que ces abus peuvent entrainer de l’anxiété, une mauvaise estime de soi, une perception négative de la sexualité et la dépression.


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