Au cœur de la gay pride de Moscou: Plus au cœur, tu meurs!


16h30 (heure locale). Je suis rentrée à l’appartement depuis une petite heure, je commence à reprendre mes esprits. Je vais essayer de raconter ce qui s’est passé depuis l’épisode précédent (ce matin), mais ça risque d’être un peu décousu, les choses ne sont pas très claires dans ma tête.

Gros débat ce matin sur «on y va / on n’y va pas». Chad est parti en éclaireur, et à son retour nous a expliqué que la place de la mairie était bouclée, qu’il y avait une cinquantaine de néo-nazis près du Jardin d’Alexandre (le 1er lieu de rendez-vous, vers le Kremlin) et que l’armée et la police étaient à distance: en gros, le temps que les participants à la gay pride approchent des médias, ils/elles seraient tabassé-es par les néo-nazis, et la police interviendrait après. Dans ces conditions, la question s’est posée de savoir s’il était raisonnable ou suicidaire de s’y rendre.

Je suis dans le groupe des «étrangers», il n’y a que 2 militants russes avec nous, Anna Komarova et Yury Gavrikov. Par une journaliste, Louis-Georges apprend que d’autres militant-e-s russes sont déjà sur place et en train d’être arrêté-e-s par la police. Pour Anna Komarova, Dan Choi et Louis-Georges Tin, il n’est plus temps de s’interroger, il faut y aller, aller les soutenir. Chad, Logan et moi les suivons. À partir de là, je ne sais pas très bien ce qu’ont fait les autres, mais tout est sur UK Gay News (merci Andy!!!!).

Nous avions établi un plan, devions passer par des petites rues pour nous rendre au Kremlin mais les plans sont faits pour être changés, et finalement nous faisons exactement le contraire de ce qui est prévu: nous fonçons (personne ne va nous prendre pour des touristes) dans la rue Tverskaya, nous empruntons les passages souterrains…

Nous arrivons devant la place Rouge et là, tout est allé très très vite: Anna a sorti sa pancarte et immédiatement la police s’est jeté sur lui (pour rappel, Anna est a-genre, d’où le prénom féminin et la grammaire masculine), l’a poussé à terre. Un néo-nazi lui a donné des coups de pied puis s’est enfui, poursuivi par un policier. Je crois qu’il a été arrêté, je ne suis pas sûre. Pendant ce temps apparemment, Dan Choi a été arrêté également. Je n’ai pas vu son arrestation, j’étais concentrée sur Anna et sur le fait de ne pas me casser la figure, ça bousculait dans tous les sens.

J’ai été un peu bousculée par la police, mais rien de grave, c’était plus pour passer (et me déconcentrer) que pour me faire mal.

D’un seul coup j’ai réalisé que j’avais perdu mon groupe, j’étais toute seule au milieu des touristes, des néo-nazis et des policiers. Panique et plus de sang-froid que je croyais avoir. J’ai continué à filmer, je suis journaliste, j’ai le droit d’être là. Je n’ai pas sorti mon brassard, pas eu besoin.

J’ai avancé vers les fourgons, j’ai aperçu Logan, qui est très grand, c’est très pratique pour le repérer. Il m’a dit que Louis-Georges essayait de faire libérer Anna et Dan. J’ai filmé Louis-Georges, nous avons rejoint des journalistes françaises, notamment de l’AFP (ravie d’avoir fait ta connaissance, Elise!) et de RFI. Pendant qu’il répondait à leurs questions, de néo-nazis nous ont encerclé-e-s. L’un d’eux, très jeune, a demandé à Logan si Louis-Georges était gay. Logan a répondu non. Quelques instants plus tard, la police (ou une milice privée) a attrapé Louis-Georges et l’a conduit dans un fourgon (lire Dernière minute: Louis-Georges Tin et plusieurs autres activistes arrêtés à la Gay Pride de Moscou). J’ai été un peu bousculée par la police, mais rien de grave, c’était plus pour passer (et me déconcentrer) que pour me faire mal.

Si vous ne pouvez pas voir la vidéo ci-dessus, cliquez sur Moscow Pride 2011

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