Droits LGBT en Égypte: Dehors Moubarak et sa clique! 1


L’Égypte traverse présentement une période trouble et difficile de son histoire. À l’image des événements survenus en Tunisie, la population semble s’être finalement réveillée pour dénoncer 30 ans d’un régime politique autoritaire contrôlant l’ensemble de leur vie. Le processus de changement semble irréversible, malgré des répliques et violences de milice pro-gouvernementales, le peuple persiste dans son appétit de changements. Le président sortant Hosni Moubarak et son gouvernement subissent de nombreuses pressions de toute part. De un, la population qui prend la rue et réclame des changements. De deux, la 1ère puissance mondiale demande au gouvernement égyptien de commencer le processus de transition immédiatement vers un nouveau régime politique plus représentatif. De trois, il existe une forte vague de sympathie au sein des autres populations et la communauté internationale.

Hosni Moubarak a déjà mentionné qu’il allait quitter le pouvoir. La question est maintenant à savoir quand? Il ne fait aucun doute qu’avec la vitesse de déroulement des évenéments à l’interne mais aussi, dû à la pression externe, rester au pouvoir deviendra intenable pour M. Moubarak. Faut-il s’en réjouir? Absolument! Par contre, son départ ne pourra pas effacer un bilan sombre en terme de droits démocratiques et de droits humains (surtout chez les personnes LGBT).

Gouverner par loi martiale

L’Égypte compte un système semi-présidentiel et depuis 1967, presque sans interruption, les gouvernements ont imposés la loi de l’État d’urgence (qui fut renouvellée à chaque 3 ans). Sous ce type de régime, les pouvoirs policiers sont étendus, les droits constitutionnels suspendus et la censure devient monnaie courante. La loi couvre les activités gouvernementales mais aussi les activités non-gouvernementales comme les manifestations publiques. On peut arrêter et détenir sans raisons, sans motifs valables et sans avoir le droit de se défendre et avoir un procès équitable.

Manifestants en Égypte (Source: GayEgypt.com)

Devant ce contrôle constant de l’État, un système de parti unique finit par s’imposer et le président se fait élire par référendums.  En 2005, le gouvernement égyptien permet une élection multipartite mais la plupart des institutions électorales restent alors sous le contrôle du président. Sans surprise donc, l’opposition s’écrase par peur de représailles gouvernementales et Moubarak se fait réélire pratiquement sans opposition. Par contre, ces dernières années, une opposition plus grande au régime Moubarak commença se construire surtout par la voix de nombreux journeaux d’oppositions indépendants. Finalement, les événements de Tunisie n’ont été que l’élément déclencheur pour une vague d’opposition et de contestation plus large.

Censure, corruption et fortune

C’est depuis 1981 que Hosni Moubarak dirige l’Égypte et 30 ans de régime autoritaire finit par laisser des cicatrices difficiles à réparer. La liberté sous toutes ses formes en a pris pour son rhume. Dans un rapport récent, Reporteurs sans frontières classait l’Égypte à la 133e position sur 168 pays au niveau de la liberté de presse. Au niveau de la corruption, elle fut encouragée par le régime sur la base de la répression politique. En 2010, Transparency International, organisme indépendant mesurant le niveau de corruption d’une société donnée, donnait une note de 3.1 à l’Égypte (0=très corrompu, 10=non corrompu). En février de cette année, le journal britannique Guardian estimait la fortune familiale des Moubarak à 70 millards de dollars. Cette fortune aurait été accumulée en grande partie par des contrats militaires alors qu’Hosni Moubarak était officier des Forces armées égyptiennes. L’argent serait réparti dans de nombreux comptes bancaires un peu partout dans le monde, surtout en Suisse et aussi investi dans l’immobilier.

Bilan des droits LGBT

Il va sans dire que si l’ensemble des droits humains en général sont bafoués, il en va de même avec les droits des personnes LGBT. La loi égyptienne ne mentionne pas clairement que l’homosexualité est illégale. Par contre, elle ne la protège pas non plus alors ceci laisse un vide dangereux et de nombreux opposants ont dénoncé l’homosexualité sur la base qu’elle nuisait à “l’ordre et la moralité publique” en lien avec le code pénal. Ces différentes interprétations ont graduellement fait force de loi et ont contribué à justifier les persécutions. L’Égypte a une histoire bien documentée de répressions et persécutions LGBT survenus sous le régime de M. Moubarak. Voici un bref rappel de ces événéments:

2000: Deux hommes sont arrêtés pour outrage public après que les autorités aient appris qu’ils avaient conclus un contrat de mariage homosexuel.

Hosni Moubarak (Source: Cyberpresse)

mai 2001: 52 hommes furent arrêtés sur un bateau (Queen Boat) où avait lieu une fête. Ceux-ci furent accusés notamment de “violation des enseignements de la religion”, “diffusion d’idées dépravées”, “mépris de la religion” et “dépravation morale”. Cette affaire fit le tour du monde, des membres du parlement allemand, le président français et des groupes comme Human Rights Watch et Amnistie internationale soutenèrent les accusés. 23 furent condamnés à des travaux forcés alors que les autres furent finalement acquités.

juin 2003: Un touriste israélien passa 15 jours en prison pour homosexualité pour avoir rencontré ou tenté de rencontrer d’autres hommes à travers Internet.

septembre 2003: 62 hommes sont arrêtés pour s’être trouvé sur un présumé lieu de drague populaire chez les hommes gais (pont Qasr el-Nil reliant au Caire).

2004: Un étudiant de 17 ans écope de 17 ans de prison pour avoir osé poster un profil personnel sur un site de rencontre gai.

Ces exemples sont probablement parmi les plus documentés et on pourrait sûrement continuer la liste. À chaque fois que la communauté internationale a critiqué ces interventions de l’Égypte, le gouvernement a soit nié qu’il y ait eu des persécutions ou il a tout simplement rappellé le caractère “immoral” de l’homosexualité selon son interprétation de la loi. Même certains médias égyptiens ont contribué à entretenir la persécution et les préjugés, l’Egypt Today écrivait en 1999 que l’épidémie du VIH était due aux étrangers, aux homosexuels et aux drogués. En 1996, le ministère de la santé se décide finalement à lancer une ligne directe nationale sur le SIDA et en 2005, les tests confidentiels de dépistage du VIH sont finalement permis!

Changer les mentalités

Changer un dirigeant politique ou un gouvernement entier ne veut nécessairement dire que les persécutions et vieux préjugés vont s’évaporiser comme par enchantement. Il va sans dire que Moubarak et sa clique ont fait énormément de torts au pays et les écarter complètement ne sera qu’un bon débarras! Mais, même avec de nouveux dirigeants, il reste quand même que les citoyens sont inquiets face à l’avenir. La constitution égyptienne ne protège toujours pas les personnes LGBT. Les personnes sur le terrain ont de la difficulté à s’organiser et se faire entendre vu le manque d’ouverture et la peur des persécutions du gouvernement. Ce n’est pas qu’un régime politique qui doit être remplacé ici mais toute une façon de penser et de vivre ensemble en société. Puisse cette vague de révoltes et de changements faire réaliser aux Égyptiens et tout le monde arabe que tous doivent être libres et égaux sans exceptions. Oui aux libertés démocratiques mais oui encore davantage à l’égalité des droits pour tous!

Courage au peuple égyptien, le temps des changements et des réformes ne fait que commencer!

Sources complémentaires

“Droits des personnes LGBT en Égypte” (Wikipédia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Droits_des_personnes_LGBT_en_%C3%89gypte#cite_note-Gay_Marriage_Results_in_Prosecution-0)

“Hosni Mubarak” (Wikipedia, http://en.wikipedia.org/wiki/Hosni_Mubarak)

Gay Egypt, http://www.gayegypt.com/

Middle East Gay Journal, http://www.gaymiddleeast.blogspot.com/


About Sébastien St-Onge

Titulaire de 4 diplômes universitaires, notamment un baccalauréat en histoire de l’UQTR, Sébastien est bénévole avec AlterHéros depuis 2003. Il a été membre du CA en 2005‐2006 et 2009-2010 en plus d'être bénévole de l’équipe de rédaction de 2003 à 2006 et de 2008 à aujourd’hui. Il a aussi été impliqué dans l’organisme Jeunesse Lambda entre 2002 et 2005.


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