Gai et conservateur aux États-Unis: la difficile cohabitation 2


La société américaine est une société d’extrêmes. Pays de la liberté et de l’opportunité certes mais aussi pays des inégalités de toutes sortes (religieuses, sociales, ethniques, sexuelles, etc.). Nous avons pu le voir ces récents mois avec tout le débat entourant l’abolition du la politique du Don’t Ask, Don’t Tell dans l’armée américaine. Parler de la diversité sexuelle reste encore un très fort tabou dans certaines sphères de la société surtout chez les conservateurs les plus radicaux. La renaissance des républicains surtout due à l’attention médiatique accordée au Tea Party, ce groupuscle ultra-conservateur qui tente d’infiltrer ce parti, a de quoi faire peur et nous laisser perplexe alors qu’il y a à peine 2 ans, l’ensemble du peuple américain se laissait conquérir par la vague de changements proposée par les démocrates de Barack Obama. Décidément, le peuple a la mémoire courte.

L’effet Obama

M. Obama n’est certainement pas un saint ni un sauveur mais il a certainement contribué à limiter les dégâts et freiner une des pires crises économiques depuis les années 1930. Il a aussi eu le courage politique de proposer une réforme du système de santé visant à donner une plus grande couverture médicale à des milliers d’Américains qui peinaient à en avoir une. Aussi, au niveau international, la reprise du dialogue avec la communauté internationale et la signature d’un nouveau traité international pour la réduction et la limitation de l’armement nucléaire dans le monde (traité START) ont contribué à redonner une image plus positive des États-Unis dans le monde. Tout-ci en à peine 2 ans, c’est déjà beaucoup, j’aimerais bien que nos propres politiciens puissent en dire autant! Bien sûr, la situation économique américaine reste fragile et le chômage reste encore assez élevé mais est-ce que le peuple croyait sincèrement que leur président allait renconstruire en 2 ans ce qui avait été détruit en 8 ans?

Le meilleur est à venir

Pour les personnes LGBT, l’arrivée de Barack Obama a été une bouffée d’air frais. Depuis longtemps, celui-ci prêche l’abolition de la politique Don’t Ask, Don’t Tell et il en a fait un point central de ses engagements électoraux. Il a finalement tenu parole et signé le texte de loi reconnaissant son abolition. Il faut s’en réjouir, ceci ne peut qu’être un élément déclencheur pour un avenir plus prometteur pour la communauté LGBT américaine, à moins que les Républicains reviennent aux affaires dans 2 ans…

Le retour des républicains

Il ne faut pas sous-estimer les républicains, forts de leurs succès électoraux d’octobre dernier (Tea Party en tête), ils veulent continuer à marteler leurs messages simplistes du moins d’État possible, de la guerre au terrorisme, du chacun pour soi et d’un retour aux valeurs dites traditionnelles (surtout religieuses et hostiles aux LGBT). Malgré toute cette rhétorique, je suis stupéfait de voir que certaines personnes du milieu LGBT s’associent aux républicains ou à d’autres groupes qui restent très majoritairement hostiles à ce qu’ils sont.

Des groupes conservateurs boudent les gais au CPAC

Le CPAC en 2010 (discours de Glenn Beck) Source: Wikipedia

Très prochainement, à la mi-février, se tiendra à Washington le Conservative Political Action Conference (CPAC). Cette grande conférence réunissant des personnes ou organismes ayant des vues conservatrices constitue le plus grand événement de ce genre aux États-Unis. Plusieurs personnalités importantes prendront la parole pour l’occasion notamment Sarah Palin, Mitt Romney, Liz Cheney (fille de Dick) ou Mike Huckabee. Pour la 2e année consécutive, le groupe GOProud composé de gais conservateurs a été invité à cette conférence. Cette invitation a suscité beaucoup de controverse à un point tel que 2 des plus importants groupes de lobby conservateurs, le Family Research Council et Concerned Women for America ont décidé de boycotter la conférence. Suite au retrait de ces deux groupes, les autres groupes suivants les ont imités: American Principles Project, American Values, Capital Research Center, Center for Military Readiness, Liberty Counsel et la National Organization for Marriage. Tous ces groupes ont un point en commun, en plus d’être de droite et conservateurs au niveau politique et économique, ils prônent un fort conservatisme social hostile à tout progrès pour les personnes LGBT dans la société américaine.

Christopher Barron: républicain et fier de l’être

Clairement, le conservatisme social a la côte aux États-Unis. Être un conservateur modéré ouvert à une société plus ouverte et inclusive socialement semble être une espèce rare chez nos amis de droite américains. Malgré ça, certains personnes de GOProud persistent et signent, notamment leur président, Christopher R. Barron. J’ai pu le voir dans une entrevue à MSNBC où il continuait à se définir comme un conservateur républicain tout en se disant à droite au niveau économique en insistant que le mouvement conservateur est ouvert aux gais et offre les meilleurs choix de politiques pour les personnes LGBT.

Aimer ceux qui ne t’aiment pas

Source: www.goproud.org

Quelle contradiction! Pourquoi insister tellement à investir un parti politique ou des institutions qui en très grande majorité ne veulent même pas reconnaître ton existance en tant que citoyen normal? Est-ce par messianisme ou pur opportunisme? Quoiqu’il en soit, le but visé semble être noble mais dans les faits, je crois que tant que les républicains ou les institutions conservatrices américaines seront enfermés dans leur dogmatisme et conservatisme social, des groupes comme GOProud auront beaucoup de difficulté à se faire respecter ou prendre au sérieux. C’est une triste réalité mais c’est à l’image de la société américaine qui reste très divisée sur de multiples aspects.

Quand le dogmatisme guette nos sociétés

En ce sens, le parallèle entre la politique et la religion est intéressant. Est-ce plus important de protéger une institution (le parti ou la religion concernée) à tout pris au point de nier son droit d’exister en tant qu’être humain unique? Depuis des siècles, nos sociétés ont été dominées par les grandes religions qui visaient à dicter une conduite, une façon de vivre unique. À trop vouloir croire au contraire ou à l’impossible, on finit par s’aveugler volontairement et perdre contact avec la réalité. Heureusement, nos sociétés ont pu évoluer et se distancer du dogmatisme religieux mais certains types de dogmatismes persistent et se manifestent autrement dans des groupes organisés ou même des partis politiques. Le cas américain est éloquant en ce sens mais le Canada, malgré une plus grande ouverture, n’est pas complètement exempt à ça. L’idée d’un gouvernement conservateur majoritaire hante encore beaucoup de personnes, surtout au Québec. Mais bon, changer de parti ou d’allégeance politique est quand même plus facile que changer de religion!

Défendez vos droits!

En terminant, je dirais ceci à nos amis LGBT du sud (toute allégeance politique confondue), il faut continuer à défendre vos droits quotidiennement. Votre allégeance politique ne devrait pas vous guider dans votre lutte. Il reste encore de nombreux combats à mener et gagner pour vous faire reconnaître en tant que citoyens à part entière. Restez des citoyens engagés socialement mais ne laissez pas la politique vous diviser et vous distraire de vos objectifs!

Sources complémentaires

“Conservative Political Action Conference” (Wikipédia, http://en.wikipedia.org/wiki/Conservative_Political_Action_Conference#CPAC_2011)

Doug Mataconis, “Social Conservatives Boycott CPAC 2011 Over Invite to GOProud”, Outside the Beltway, December 28th 2010, http://www.outsidethebeltway.com/social-conservatives-boycott-cpac-2011-over-invite-to-goproud/

“GOProud” (Wikipedia, http://en.wikipedia.org/wiki/GOProud)


About Sébastien St-Onge

Titulaire de 4 diplômes universitaires, notamment un baccalauréat en histoire de l’UQTR, Sébastien est bénévole avec AlterHéros depuis 2003. Il a été membre du CA en 2005‐2006 et 2009-2010 en plus d'être bénévole de l’équipe de rédaction de 2003 à 2006 et de 2008 à aujourd’hui. Il a aussi été impliqué dans l’organisme Jeunesse Lambda entre 2002 et 2005.


Leave a comment

2 thoughts on “Gai et conservateur aux États-Unis: la difficile cohabitation

  • Julie-Maude Beauchesne

    Bon texte Sébastien! Heureuse de te lire!

    Pour bien comprendre pourquoi il y a des gais chez les Républicains, je te suggère et suggère à tous ceux et celles qui veulent comprendre le phénomène de la droite et de l’extrême-droite aux USA, l’excellent livre: “Pourquoi les pauvres votent à droite” du journaliste Thomas Frank. http://www.marianne2.fr/Pourquoi-les-pauvres-votent-a-droite_a83201.html

    Je viens d’en finir la lecture et ce qu’il faut comprendre dans le cas des questions gaies, c’est qu’il y a chez les Républicains, des conservateurs économiques, mais centriste au niveau des valeurs morales, mais aussi la droite ultra conservatrice et moraliste qui a infiltré le parti depuis les années 1980 et même une lutte fratricide à ces conservateurs centristes et libéraux. Mais comme ces Républicains de centre-droit ne partageront jamais les valeurs économiques des Démocrates, ils demeurent au sein du parti Républicain malgré tout, car c’est ce parti qui les avantage le plus économiquement parlant…

    Mais bon, c’est bien mieux expliqué dans ce livre dont la lecture est passionnante!

  • Sébastien St-Onge Post author

    Merci Julie-Maude pour le commentaire et la suggestion de lecture!

    Effectivement, il faut distinguer les conservateurs sociaux des conservateurs plus économiques. Le problème aux États-Unis (un peu au Canada aussi, surtout dans l’Ouest), c’est que les conservateurs sociaux semblent dominer en majorité toute la mouvence conservatrice. Ceci laisse donc moins de place aux conservateurs plus modérés qui souhaiteraient faire des réformes au niveau social.

    Je voulais écrire cet article parce que ça m’a toujours frappé de voir des gais ou des personnes LGBT encourager un parti qui est présentement dominé par des conservateurs sociaux qui nient leurs propres droits en tant que citoyen normaux.

    Comme je disais dans mon article, investir l’appareil politique de l’intérieur pour essayer de le réformer peut sembler noble mais encore faut-il qu’il y ait de l’ouverture du côté de ceux qui tiennent les leviers de contrôle. D’autres pourront peut-être le faire par opportunisme parce qu’ils voient une opportunité d’avancement de carrière ou comme tu disais, parce qu’il ne veulent pas s’associer aux démocrates.

    Bref, c’est un sujet intéressant et complexe à la fois!