Des idées pour assurer un transfert intergénérationnel du savoir LGBT? 5


Depuis 2008, nous organisons les Retraites des AlterHéros, un programme de formation continu destiné tant aux bénévoles, membres, qu’à la population générale intéressée aux questions LGBT. Nous en étions à notre 9e éditions, hier, le samedi 29 janvier 2011, où nous avons eu le bonheur, une fois de plus, d’inviter des conférenciers de prestige qui ont su nous léguer leur savoir sur les différents thèmes qu’ils ont abordés.

Si au fil des Retraites des AlterHéros nos invités spéciaux ont abordé des thèmes aussi divers que le journalisme LGBT, la religion et la question homosexuelle, ou encore les défis de la transsexualité,  tous partageaient un point commun. Comme la plupart d’entre eux sont de la génération du baby-boum, ou encore de la génération X vieillissante ayant connu les combats pour l’émancipation des personnes LGBT au cours des années 1970, 80 et 90, elles sont inquiètes de voir que beaucoup d’adolescents et de jeunes adultes d’aujourd’hui, lesquels sont nés dans les années 1990 et qui ont vécu ou vivent leur adolescence à une époque beaucoup plus clémente pour exprimer sereinement son homosexualité ou son identité de genre, ne pas être conscients que ça n’a pas toujours été ainsi et que les générations qui les ont précédés ont trimé dur pour faire avancer les droits LGBT et leur offrir une qualité de vie impensable à l’époque.

Déjà, lors de notre 2e Retraite, en novembre 2008, le chercheur et sociologue Michel Dorais, bien connu pour ses nombreux ouvrage dont “Éloge de la diversité sexuelle“, avait ouvert le bal à ce sujet de réflexion des plus intéressants et pertinents.

À l’époque, il nous démontrait à quel point le défi du transfert intergénérationnel serait beaucoup plus critique et difficile que dans n’importe quel autre combat social dans l’histoire de l’humanité. Contrairement aux combats des noirs, des juifs, des femmes pour leur égalité sociale et juridique, où le lien familial était central au transfert intergénérationnel, ce lien est quasiment absent au sein des communautés LGBT.

Si, en général, nous sommes noirs, c’est que nous sommes nés de parents noirs, idem pour les juifs où les femmes où tout être humain est né du ventre de sa mère, principal vecteur de transfert des connaissances culturelles. Mais pour ce qui est des personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles, transsexuelles ou transgenres, il est beaucoup plus rare d’être né de parents qui ont les mêmes défis reliés à une orientation sexuelle ou identité de genre minoritaire.

“Sans parents, ni grand-parents pour transmettre aux jeunes générations tout l’héritage et le savoir culturel développé par les communautés LGBT, comment pouvons nous pallier, en tant que communautés, à cette lacune?”

Alors que les noirs, juifs, femmes ou autres minorités peuvent se rabattre généralement sur le noyau familial pour leur servir de nid de sécurité face à la discrimination, voir l’ostracisation vécue dans la sphère publique, pour les personnes LGBT c’est au contraire le milieu familial qui est souvent le premier vecteur de rejet qu’il subiront alors qu’ils se lancent sur la voie de l’acceptation de leur différence au niveau de leur orientation sexuelle ou identité de genre.

Et si des jeunes LGBT ont la chance de grandir dans une famille qui est tout de même ouverte sur ces différences, c’est quand même généralement à l’extérieure de cette dernière qu’ils devront aller chercher le savoir et les outils nécessaires pour faire face aux défis qu’ils rencontreront dans leur vie en ce qui à trait à leur orientation sexuelle ou identité de genre.

“Sans parents, ni grand-parents pour transmettre aux jeunes générations tout l’héritage et le savoir culturel développé par les communautés LGBT, comment pouvons nous pallier, en tant que communautés, à cette lacune?”, demandait l’un de nos conférenciers, militant de longue date et chroniqueur au magazine Fugues.

C’est donc ici que vous pouvez intervenir, chers lecteurs et lectrices d’AlterCité. Sur ce blogue de l’équipe éditoriale, dans la section commentaires ici-bas, nous vous invitons chaleureusement à partager vos idées et suggestions. Nous compilerons les meilleurs idées, ou les plus originales, et les diffuserons dans un prochain article et lors de notre prochaine Retraite des AlterHéros!


About Julie-Maude Beauchesne

Julie-Maude détient un diplôme d’études collégiales en communications, option journalisme, et termine actuellement ses études au baccalauréat en Études internationales à l’Université de Montréal. Après avoir travaillé six ans comme journaliste pour un quotidien des Cantons-de-l'Est, La Voix de l'Est, elle est aujourd’hui directrice des communications au Réseau québécois de l'action communautaire autonome (RQ-ACA). Impliquée au sein d'AlterHéros depuis 2004, elle a occupé multiples fonctions telles que la présidence de 2007 à mai 2010 et au cours de l'année 2011-2012. Elle occupe actuellement la fonction de trésorière au sein de l'organisme. Par le passé, elle a été coprésidente de la Table de concertation des gais et des lesbiennes du Québec (devenue le CQ-LGBT). En 2010, au Gala Arc-en-Ciel, elle a remporté le prix Bénévole par excellence.


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5 thoughts on “Des idées pour assurer un transfert intergénérationnel du savoir LGBT?

  • Navi

    Je suis tout à fait d’accord avec tout ça, je pense qu’il faudrait d’abord créer des occasions – comme la retraite – où les deux générations pourraient se rencontrer et discuter. Je ne peux évidement pas parler pour toute ma génération, mais personnellement, je suis très intéressée à entendre ce que les plus vieux ont à nous raconter et à nous apprendre, mais comme tu le dis à si juste titre, Julie-Maude, étant donné que ce n’est pas nos parents ou nos proches qui pourront nous transmettre ce savoir, il n’est pas simple pour nous d’établir le contact avec nos aînés. Je trouve le principe de retraite intéressant en ce point que cela nous offre la possibilité d’avoir accès à cet héritage. On pourrait, dans ce contexte, inviter les conférenciers à participer plus à la journée que par simplement donner des conférences et discuter de ce fait plus familièrement avec eux pour entendre ce qu’ils ont à nous dire dans un contexte peut-être moins formel? En tout cas, je trouve la cause très importante, et je crois que la première étape serait de donner plus d’occasions aux deux générations pour se rencontrer.

  • Véronique

    Je suis totalement d’accord avec Julie-Maude et Navi. Peut-être serait-il intéressant de créer des évènements où les générations pourraient discuter et échanger? Des sortes de grosses fêtes de familles, mais LGBT?
    J’ai déjà échangé avec mon cher Steve Foster (PDG du CQGL), avec le si passionnant professeur Michel Dorais, ainsi qu’avec le captivant journaliste Denis-Martin Chabot et bien d’autres dans les retraites de AH. J’ai bien hâte de les revoir, mais à part ces grands orateurs ( que j’aime beaucoup) il y a plein d’autres personnes LGBT tout aussi passionnés et connaissants avec qui il serait intéressant de créer des liens.

    Michel Dorais nous parlait justement, dans l’une des retraites de AH, qu’il serait intéressant de créer un regroupement, de type Grand-frère et Grande-soeur) pour créer ces échanges. Comme plusieurs d’entre nous sont délaissés par nos parents en raison de nos différence, on pourrait se faire adopter et avoir de nouveaux papis ou mamies!

    Qu’en pensez-vous?

  • tiago

    Sujet fort intéressant, mais je me demande ce que les plus vieux de la communauté en pense. J’étais là pour écouter Denis-Daniel Boullé du Fugues et je comprend l’enjeux. Toutefois, qu’est-ce que la génération propose comme solution avant tout?

  • Gabrielle

    Ca demanderais de l’élaboration mais bon:

    -Notre histoire devrait être dites plusque écrite
    -Nous devrions donc avoir une tradition orale
    -Certaines nations autochtones de la régions de Montréal on une grande expérience de cette tradition
    -Nous pourrions apprendre d’eux comment “raconter” notre histoire
    -Ensuite avoir des “conteurs et conteuses” de l’histoire LGBT

    Genre des témoignages…mais en plus cool 🙂

    J’dit ca d’même.

  • Navi

    en effet, il faudrait avoir l’avis des plus vieux… mais à entendre Denis-Daniel Boullé, j’avais l’impression qu’au moins lui avait envie de partager ces connaissances et expériences là! et je pense (j’espère) qu’il n’est pas le seul!
    Et oui, tradition orale ça semble bien, mais il faut d’abord créer les opportunités pour ouvrir la communication. Je pense que c’est ça le défi majeur là-dedans, vu que la jeune génération semble pas vraiment intéressée – ne comprend pas nécessairement l’enjeu – à venir discuter, écouter ce que les gens ont à dire… je veux dire, on est tous impliqué, dans alterhéros, donc nous, on serait partant à 100 miles à l’heure pour participer à ce partage de connaissances, mais si on est juste une petite vingtaine, on va pas aller loin… faudrait trouver un truc pour impliquer et les jeunes et les vieux dans une optique plus large… mais j’ai pas vraiment d’idée pour comment faire, je vais réfléchir à ça!