La lutte contre l’homophobie au Québec: beaucoup de chemin reste à faire! 2


Malgré les efforts de sensibilisation contre l’homophobie, les jeunes gais et lesbiennes vivent deux fois plus de violence à l’école que les hétérosexuels, selon une vaste étude dont Rue Frontenac a obtenu copie. De plus, le langage homophobe serait plus populaire que jamais chez les jeunes.

«Ben voyons donc! C’pas grave de traiter quelqu’un de “fif”… Je l’ pense pas et je suis pas homophobe. Alors c’est quoi, le problème ? » Ce prétexte pour justifier l’utilisation d’expressions homophobes, la sociologue Lyne Chamberland l’a souvent entendu, autant de la bouche des jeunes que de celle des adultes.

« Le problème, c’est justement la banalisation », tranche la chercheuse principale d’une vaste étude menée depuis trois ans sur la violence homophobe auprès de 4 591 jeunes des écoles secondaires et collégiales du Québec.

« Même si l’intention n’est pas toujours mauvaise, le langage homophobe et les moqueries sont plus présents qu’avant dans les écoles et les conséquences sont graves », affirme Lyne Chamberland.

Selon l’étude, neuf élèves sur dix entendent souvent ou à l’occasion des propos homophobes à l’école. Puisque 8 % des jeunes interrogés se disent gais, lesbiennes ou bisexuels, on peut donc supposer que plus de deux jeunes par classe de trente élèves sont homosexuels et donc potentiellement heurtés par ce langage.

À la longue, révèle une étude, l’homophobie peut entraîner le décrochage scolaire, puisque 52 % des jeunes homosexuels victimes d’intimidation affirment rater des journées d’école et ce, deux fois plus souvent que les hétérosexuels.

« Ces jeunes nous ont confié qu’ils entretenaient un faible sentiment d’appartenance à l’école, qu’ils ont des humeurs dépressives et des pensées suicidaires », note la chercheuse.

« Il y a des matins, je me levais et je me disais : « Ah aujourd’hui, je ne vais pas à l’école. Ça ne me tente pas de me faire écœurer», raconte Michaël, un gai de 17 ans qui a participé à l’étude.

Pour David 16 ans, l’homosexualité est un enfer. Il subit de l’homophobie autant à l’école qu’à la maison. « l m’est arrivé de penser que je devrais mettre tout ça à off. De là les idées suicidaires. La dépression, ça ne m’a pas aidé, j’étais tout le temps down », a-t-il confié aux chercheurs.

Bannir certaines expressions
Des expressions comme « Maudite moumoune », « Criss de tapette », «C’est don’ ben gai ! », « Osti d’fif » ne devraient carrément plus être tolérées dans nos écoles, affirme Lyne Chamberland.

« Les adolescents ne se lèvent pas un matin en décidant d’adopter des comportements homophobes. Même si le problème est plus criant au secondaire, il faut sensibiliser les jeunes dès le primaire », croit la chercheuse, qui vient de déposer un projet d’intervention contre l’homophobie destiné aux enfants du primaire.

La popularité du langage homophobe dans les écoles est un phénomène qu’observe également l’organisme Gai Écoute : « Les jeunes sortent de plus en plus du placard, ce qui était impensable il y a vingt ans. Comme ils sont plus visibles, ça fait plus de monde à attaquer, c’est mathématique », observe Laurent McCutcheon, président de l’organisme.

Plus de violence contre les jeunes gais
Mais toujours selon l’étude, la parole homophobe mène souvent aux actes. Les jeunes gais, lesbiennes ou bisexuels interrogés ont rapporté avoir été deux ou trois fois plus exposés à l’intimidation et à la violence que leurs pairs hétérosexuels (voir tableau 2).

Onze pour cent des jeunes gais interrogés ont affirmé avoir même été sexuellement agressés ou forcés à poser des gestes sexuels. En comparaison, 3 % des hétérosexuels ont rapporté ce genre d’incident.

Un jeune homosexuel sur deux rapporte avoir été victime d’intimidation, d’humiliation et d’insultes, et 18 % ont subi des gestes violents.

« Des jeunes gais affirment avoir été tabassés. L’un d’eux nous a raconté s’être fait enfermer dans une case. Un autre nous a confié qu’un jeune lui a exhibé son sexe en plein visage en le défiant de ne pas le toucher. C’est histoires sont bien tristes », conclut Lyne Chamberland.

Des tableaux éloquents

L’homosexualité chez les jeunes [1]

8 % des jeunes se disent homosexuels ou en questionnement, soit un peu plus de 2 adolescents par classe de 30 élèves.

9 élèves sur 10 entendent souvent ou à l’occasion leurs pairs dire : « C’est tapette », « c’est fif », « c’est gai » pour exprimer que quelque chose ou une situation a peu d’attrait.

7 élèves sur 10 ont entendu souvent ou à l’occasion un élève traiter de manière négative ou péjorative un autre élève de « fif », de « tapette », de « lesbienne », de « gai » ou d’« homo ».

52 % des victimes sèchent des cours et ratent deux fois plus de journées d’école que les autres

78 % des victimes d’homophobie ne dénoncent pas ces gestes

Parmi les jeunes gais, lesbiennes ou bisexuels interrogés…

69 % ont vécu au moins un incident homophobe

43 % des agresseurs sont des garçons et 28 % sont des filles (surtout par cyberintimidation)

76 % ont changé d’école ou ont voulu le faire

[1] L’Homophobie à l’école secondaire et au CÉGEP, qu’en savons-nous ? Lyne Chamberland UQAM, Gilbert Émond Université Concordia, Danielle Julien UQAM, Bill Ryan, Université McGill, Joanne Otis, UQAM.

Hétéros (%) LGBQ1[2] (%)
Se faire insulter, taquiner méchamment, subir des moqueries, se faire humilier
21 50
Être l’objet de rumeurs dans le but de nuire à la réputation
21 49
Se faire exclure, rejeter ou être mis à l’écart
15 35
Être victime de rumeurs, d’intimidation, de menaces ou de harcèlement par voie électronique 10 24

Hétéros (%) LGBQ (%)
Se faire bousculer, frapper, donner des coups de pied ou lancer des objets
7 18
Se faire suivre, subir des avances sexuelles insistantes, se faire toucher contre son gré
6 17
Se faire menacer ou forcer à faire quelque chose contre son gré
6 14
Se faire vandaliser, voler ou détruire des objets personnels
5 10
Se voir forcé à poser des gestes sexuels, être victime d’agression sexuelle, etc.
3 11


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2 thoughts on “La lutte contre l’homophobie au Québec: beaucoup de chemin reste à faire!

  • Élisabeth G

    Absolument! Je ne peux rien faire d’autre que de confirmer tout ce qui a été dit. Je manque en moyenne de deux à trois jours d’école par semaine. Il faut aussi souligner l’insensibilité totale des professeurs. Chaque fois que je me plains du langage homophobe que j’entend en classe je me suis TOUJOURS fait répondre ”Tu exagère”, ”Prend le pas comme ça.”, ”T’es donc bien suceptible…c’est pas comme si ça te concernait!?”, ” Mon Dieu ma fille, si tu te met dans un état comme ça à chaque fois que t’entend ces mots-là, t’as pas finit de souffrir!”, ”C’est dans leurs jargons, on peux pas les empecher…mon chum aussi le dit.”, ”C’est pas méchant!”. Au point où j’en suis, j’ai finit par admettre que tout le monde s’en fout au fond.

  • Carine

    De mon côté, j’ai été et je suis agréablement surprise de la façon dont mes ami/es sont sensibles à la portée de leurs paroles. Et ça fait du bien d’être entourée de gens compréhensifs ! Je te souhaite la même chose et j’espère sincèrement que ta scolarité ne sera pas écourtée à cause du manque de sensibilité des autres.