Homophobie en milieu sportif : une plaie à guérir 1


CLAUDE MAILHOT : «J’aime beaucoup le patinage artistique, mais Johnny Weir crée une situation que tout le monde accroche en disant: oui, oui, oui, ceux qui patinent, moi, j’aime pas ça…»
ALAIN GOLDBERG : «Il se fait remarquer, il se fait décrier. Et on n’a pas tort de le décrier. Il a du rouge à lèvres. Il s’habille de façon féminine…» «C’est ennuyeux parce qu’on pense que tous les garçons qui patinent vont devenir comme lui. Alors, c’est un très mauvais exemple.»
CLAUDE MAILHOT : «Vous vous souvenez qu’on a fait grand état […] de cette coureuse d’Afrique du Sud en disant : mmm, peut-être que c’est un homme, peut-être que c’est pas une femme, etc. Moi, j’aimerais ça qu’il passe ces tests-là, lui.»
GOLDBERG : «Tout à fait, on devrait lui faire passer un test de féminité…»
MAILHOT : «Je sais que c’est pas politically correct…»
GOLDBERG : «Pas du tout, c’est ce que tout le monde pense. On le dit à voix basse. Maintenant, on le dit à voix haute.»

Ceci est l’extrait d’une conversation que les animateurs de RDS eurent le 17 février dernier dans le cadre de l’émission « Réveil olympique » en parlant du patineur artistique Johnny Weir. Il va sans dire que ces propos empreints de mépris et d’ignorance ont fait beaucoup jaser depuis une semaine. Claude Mailhot s’est excusé de façon assez timide sans cibler la source du problème par la déclaration suivante : «Il semblerait que, quand nous avons parlé des vêtements hier, cela a choqué certaines personnes, ce n’était certainement pas le but. Si vous vous êtes sentis critiqués, on s’en excuse». Alain Goldberg de son côté ne s’est pas vraiment excusé directement pour ses propos. Déçu de cette déclaration, le Conseil québécois des gais et lesbiennes (CQGL) a déposé récemment une plainte contre les 2 animateurs au Conseil canadien des normes de la radiotélévision (CCNR).

Mauvais exemple?

Source: Journal de MontréalM. Alain Goldberg parle d’un mauvais exemple pour tous les garçons en parlant de Johnny Weir. Qui est le plus mauvais exemple? Un athlète olympique de haut niveau qui nous diverti, donne l’exemple par ses performances en nous poussant à se défoncer ou des « gérants d’estrades » qui se contentent de porter des jugements arbitraires blessants qui visent à salir des réputations? Il est vrai que certains sportifs sont là pour leurs intérêts personnels sans nécessairement se voir comment étant des modèles ou des exemples pour les autres. Par contre, d’autres prendront leur rôle plus au sérieux et voudront redonner à leur sport ou leur communauté. Johnny Weir n’a pas nécessairement la prétention d’être le modèle à suivre pour tous, mais néanmoins il constitue un modèle positif de part sa volonté de persévérance et de dépassement peu importe l’opinion du public.

Test d’ignorance

Nos « distingués » animateurs affirment qu’on devrait faire passer des « tests de féminité » à Johnny Weir. En quoi est-ce que le fait d’être plus féminin ou de s’habiller différemment empêche d’être un bon athlète et un bon exemple pour la société? Bien sûr, si on a grandi dans un milieu « hétéro-normé » où l’on a une certaine image de la façon dont devrait agir un homme, on aura de la difficulté à voir positivement quelqu’un qui est à l’extérieur de notre cadre normatif. Je crois que de faire passer un « test d’ignorance » à nos animateurs serait fort approprié car on pourrait s’apercevoir c’est souvent l’ignorance et la manque d’éducation qui contribuent à entretenir les préjugés de nos sociétés.

RDS devrait sanctionner

Dans le passé, j’ai souvent écouté RDS. Quand j’étais ados, j’aimais bien le sport en général et je suivais régulièrement cette chaîne comme beaucoup d’autres milliers de Québécois. En tant que chaîne crédible d’envergure, je crois que RDS devrait non seulement s’excuser et réprimander la conduite de leurs animateurs (par la biais d’une suspension ou d’un congédiement) mais aussi prendre une part du blâme pour avoir permis la diffusion de tels propos sur les ondes. Taper sur les doigts est une chose mais des sanctions directes et sévères en sont une autre. De tels propos sont inacceptables et doivent être dénoncés. Le but d’un animateur sportif est d’analyser des performances sportives et non les comportements ou la vie personnelle des athlètes. La chaîne télévisée doit envoyer un message clair que dorénavant, de tels propos ne seront plus acceptés au sein de leur réseau.

Encore du chemin à faire

Source: LCNCet épisode malheureux ne fait que nous rappeler que le milieu sportif reste encore un milieu touché par des préjugés machistes et homophobes. Être gai et sportif ne devrait pas rimer avec homophobie. Un athlète devrait être jugé et redevable de ses propres performances sportives et non sa vie personnelle ou des détails superficiels tels que son habillement ou son apparence physique. L’exemple de Johnny Weir est une belle occasion d’approfondir cette réflexion de l’homophobie dans le monde du sport. Dans tout ceci, l’attitude du patineur américain est restée digne et inébranlable. Même s’il a avoué que les animateurs « manquaient d’éducation », il n’a pas demandé d’excuses formelles de la part de ceux-ci et il a dit que s’il avait à les rencontrer, il n’hésiterait pas à aller « manger une poutine » avec eux. J’ose espérer que ce récent malaise poussera le CIO et d’autres acteurs concernés à amorcer une réflexion plus approfondie sur l’homophobie dans le sport en général.

Le sport n’a pas d’orientation sexuelle, il n’a que des participants provenant de milieux différents qui veulent réussir individuellement ou collectivement à atteindre des objectifs communs. L’homophobie n’a pas sa place dans le monde du sport.

Sources externes :
« Johnny Weir « Je suis un homme » », LCN, 24 février 2010 (http://www.canoe.com/cgi-bin/imprimer.cgi?id=617642)
« Mailhot s’excuse du bout des lèvres », Journal de Montréal, 20 février 2010 (http://fr.canoe.ca/cgi-bin/imprimer.cgi?id=615006)
« Le CQGL porte plainte contre 2 animateurs de RDS », La Presse Canadienne, 22 février 2010 (http://sport.ca.msn.com/olympiques/article.aspx?cp-documentid=23507143)
« Des propos déplacés. Mailhot et Goldberg vont s’excuser », Journal de Montréal, 19 février 2010 (http://fr.canoe.ca/sports/vancouver2010/nouvelles/archives/2010/02/20100219-020628.html)


About Sébastien St-Onge

Titulaire de 4 diplômes universitaires, notamment un baccalauréat en histoire de l’UQTR, Sébastien est bénévole avec AlterHéros depuis 2003. Il a été membre du CA en 2005‐2006 et 2009-2010 en plus d'être bénévole de l’équipe de rédaction de 2003 à 2006 et de 2008 à aujourd’hui. Il a aussi été impliqué dans l’organisme Jeunesse Lambda entre 2002 et 2005.


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One thought on “Homophobie en milieu sportif : une plaie à guérir

  • jacques

    et dire que ca change…. ??? j’aime la réplique de ce patineur artistique. et oui nous sommes en 2010 !!!