À l’université de l’homophobie


Tout récemment, je lisais un article qui est paru dans le Soleil le 9 janvier dernier portant sur la nouvelle Politique nationale de lutte à l’homophobie sous la plume de 4 anciens professeurs de philosophie à la retraite nommés John White, Gérard Lévesque, Charles Cauchy et Maurice Cormier.

En tant qu’ancien universitaire ayant fait 8 ans d’université et détenteur de 4 diplômes, je m’attendais à quelque chose de plutôt bien écrit, de rigoureusement fouillé et recherché. J’ai été passablement déçu et très choqué du manque de contenu et de substance de ce texte. Les auteurs ont visiblement voulu se servir de leur réputation d’anciens professeurs universitaires pour faire passer un message, un message de mépris et d’intolérance envers la communauté allosexuelle. Ceci ne pouvait être laissé sans réponses. Plusieurs autres personnes ont déjà dénoncé ce texte, c’est maintenant à mon tour de dénoncer ce vulgaire torchon vide de sens et de contenu.

Ce serait très facile de tomber dans les insultes et les attaques personnelles. Ce serait très vendeur mais dans le fond, ça n’en vaut pas vraiment la peine. Je me suis dit que si nos « éminents » auteurs sont si fiers d’être des anciens universitaires, ils n’y verraient aucuns inconvénients à ce que je décortique leurs propos et les analysent à ma façon avec des citations à l’appui (comme tout bon universitaire) afin de rétablir les faits.

Homosexualité : contre nature?

Nos distingués auteurs affirment que « partout sur la planète et à toutes les époques de l’Histoire les humains ont été en désaccord avec la nature de l’homosexualité. En vertu de l’exercice de leur capacité de penser, ils arrivent majoritairement à cette conclusion ». Intéressant, pour affirmer quelque chose comme ceci, on doit avoir des preuves ou au moins des sources. Sur quoi se basent-ils pour affirmer que la majorité des humains arrivent à la conclusion que l’homosexualité est contre nature? Bien sûr, si nous nous basons sur des institutions empreintes de « sagesse » telles que l’Église catholique ou d’autres groupes religieux organisés qui prêche quotidiennement la norme hétérosexuelle, il ne faut pas se surprendre que l’on prenne ceci comme une vérité absolue. Or, il n’y a aucune preuve académique, factuelle ou physique prouvant que la majorité de la population est contre l’homosexualité. Ce sont des grandes institutions ou des systèmes de pensées véhiculés par des individus qui exercent un contrôle dans une population qui propagent ce message d’intolérance.

Une minorité dominant la majorité

Source: Le SoleilPar la suite, on mentionne qu’« a aucun endroit le document gouvernemental ne laisse entendre que la majorité qui a des réserves face à l’homosexualité puisse arriver à cela par un discours rationnel, par bon sens. Cette façon d’analyser méprise la capacité de juger de la majorité de la population. Cette minorité serait capable d’avoir un discours rationnel, mais non la majorité qui a un avis différent du sien ». C’est justement parce que le fait d’être homophobe est un comportement irrationnel. Il n’y aucune rationalité dans le fait de dire que le mode de vie hétérosexuel est supérieur à l’homosexualité. Encore une fois, nos auteurs échouent dans leur incapacité à nous fournir des sources fiables pour appuyer leurs dires. Aucune étude scientifique sérieuse n’existe sur ce sujet.

Libertés fondamentales en danger!

« L’application rigoureuse de cette façon de voir supprime rien de moins que la liberté de conscience, la liberté d’expression et la liberté religieuse. Pour défendre l’homosexualité certains seraient prêts à mettre de côté ces libertés fondamentales. C’est le propre des idéologies de devenir intolérantes ». Qui a dit que le fait de reconnaître et respecter l’homosexualité brimait ces libertés fondamentales? Être gai et aimer quelqu’un du même sexe n’empêche pas de respecter le droit d’un hétérosexuel d’aimer quelqu’un de l’autre sexe. Une personne gaie peut aussi être croyante tout comme une personne hétérosexuelle. Il est vrai que le propre des idéologies est de devenir intolérantes, surtout quand elles sont portées par des idéologues se couvrant d’une auréole de savoir.

Sous-estimer le jugement d’une population

Les auteurs accusent ensuite la ministre « Veil » (notez bien la faute d’orthographe du nom dans le texte original…) de cautionner des « propos discriminatoires » parce qu’ils remettent en cause la « capacité de la majorité de la population de former un jugement sain ». En quoi est-ce discriminatoire de favoriser l’égalité des chances pour tous? Qu’est-ce que porter un jugement sain? Discriminer serait de nier le fait que notre communauté ait été traitée injustement dans le passé en tant que citoyen de seconde zone. Nos chers philosophes devraient pourtant savoir que nos sociétés sont en constante évolution et que parfois, des personnes courageuses, des groupes ou des institutions doivent agir différemment et montrer la voie à des changements nécessaires pour rendre nos sociétés meilleures. La population est assez mature et intelligente pour s’adapter au changement. L’immobilisme est le pire ennemi de nos sociétés.

Le respect dans l’homophobie

Dans le document de la Politique, on y définit ainsi l’homophobie: «Toutes les attitudes négatives pouvant mener au rejet et à la discrimination, directe ou indirecte envers les gais et lesbiennes…». Les auteurs jugent que « cette façon de définir l’homophobie présuppose qu’on ne peut avoir du respect envers les homosexuels tout en étant en désaccord avec l’homosexualité ». Forcément, si déjà au départ, on est contre l’homosexualité et que l’on trouve que c’est un « mode de vie » malsain et dégradant, c’est difficile de respecter quelqu’un qui est homosexuel. On aura déjà des idées préconçues négatives sur cette personne et ce sera difficile d’avoir de bons contacts avec elle.

Discrimination envers les couples hétérosexuels

Kathleen Weil (Source: Cyberpresse)À ceci s’ajoute : « Votre expérience de la vie, votre bon sens vous amène à donner votre respect à l’union de l’homme et de la femme, vous êtes dans l’erreur, vous exercez une discrimination envers les homosexuels qui eux savent mieux que vous ce qu’il faut penser. » Ah bon! Je n’ai jamais pensé être plus intelligent ou je n’ai jamais voulu imposer rien que ce soit à une personne parce qu’elle avait une orientation sexuelle différente de la mienne. Les personnes allosexuelles ne manquent aucunement de respect envers les unions hétérosexuelles, elles veulent seulement qu’on leurs reconnaissent les mêmes droits, tout simplement. Par ailleurs, nos parlements respectifs (provincial et fédéral) ont déjà reconnu la validité de ces unions. Si la majorité des élus du peuple jugent que c’est bon, alors il ne peut y avoir quelconque manque de respect envers qui que ce soit.

Notre gouvernement : hétérophobe?

En guise de conclusion, on affirme : « Le Québec qui se disait le leader mondial en matière de lutte contre l’homophobie, risque d’être le leader mondial du dénigrement de l’orientation homme-femme. Refuser d’attribuer à l’orientation homme-femme les titres d’orientation normale et d’orientation la meilleure, c’est la priver injustement de la dignité qui lui revient de droit. C’est donc de l’hétérophobie ». Donc selon nos auteurs, l’hétérosexualité serait supérieure à l’homosexualité. Sur quelles preuves encore une fois se basent-ils pour affirmer ceci? Aucune! À force de se complaire dans le rejet, le mépris et l’intolérence, on en vient à ne plus réconcilier sa pensée et confondre les termes pour essayer de leur donner un autre sens surtout en confondant homophobie avec hétérophobie… Notre communauté n’aurait rien à gagner à pratiquer l’hétérophobie. C’est sûrement parce que nous sommes hétérophobes que nos gouvernements décident finalement de nous reconnaître des droits essentiels pour corriger des injustices du passé.

Un dicton bien connu se lit comme suit : « Mieux vaut se taire et risquer de paraître stupide que de parler et de le prouver ». Je peux comprendre que ce n’est pas tout le monde qui comprend la réalité allosexuelle. Certaines personnes peuvent avoir des craintes et des inquiétudes et c’est normal. Par contre, dénigrer de la sorte une avancée sociale importante sans aucuns arguments valables, aucunes sources et un raisonnement digne de Benoit 16 durant ses meilleures journées, c’est inacceptable, surtout venant d’anciens universitaires (et philosophes par surcroît). Dans mes cours d’histoire à l’université, on m’a souvent dit d’être rigoureux dans mes travaux, de bien lire et de vérifier mes sources et surtout les citer avant de présenter des textes. Si j’avais à évaluer ces auteurs en tant que professeur, je n’aurais qu’une seule note à leur donner, c’est un gros E-!
 

Pour voir le texte original paru dans Le Soleil, vous pouvez cliquer sur ce lien.


About Sébastien St-Onge

Titulaire de 4 diplômes universitaires, notamment un baccalauréat en histoire de l’UQTR, Sébastien est bénévole avec AlterHéros depuis 2003. Il a été membre du CA en 2005‐2006 et 2009-2010 en plus d'être bénévole de l’équipe de rédaction de 2003 à 2006 et de 2008 à aujourd’hui. Il a aussi été impliqué dans l’organisme Jeunesse Lambda entre 2002 et 2005.

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